Critique : La (très) grande évasion

1
562

La (très) grande évasion

France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Yannick Kergoat
Auteurs : Yannick Kergoat, Denis Robert
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h54
Genre : Documentaire
Date de sortie : 7 décembre 2022

4/5

Synopsis : Le capitalisme est-il devenu incontrôlable ? De révélations en scandales successifs, l’évasion fiscale est devenue un marronnier médiatique et l’objet d’un concours de déclarations vertueuses pour les politiques. Alors que les multinationales et les plus riches ont de moins en moins de scrupules et de plus en plus de moyens à leur disposition pour échapper à l’impôt, pour nous, simple citoyen, les politiques d’austérité s’intensifient et les inégalités explosent. On voudrait nous faire croire que les mécanismes de l’évasion fiscale sont incompréhensibles et qu’elle est impossible à endiguer… Il ne nous reste alors que nos bulletins de vote, notre déclinant pouvoir d’achat et nos yeux pour pleurer. À moins que l’on puisse en rire malgré tout.

 

Et si vous regardiez ce film, Madame Borne !

Actuellement, beaucoup de français suivent le feuilleton du budget, avec son lot de 49-3 et de motions de censure. C’est ainsi que, très récemment, le parlement a voté un amendement concernant l’ajout de près de 12 milliards d’euros de crédits en faveur de la rénovation thermique des logements. Amendement qui, malgré son caractère d’investissement sur le long terme, n’a bien sûr pas été retenu dans le cadre du 49-3. Trop coûteux pour Élisabeth Borne ! Pardon, Madame la première Ministre, mais vous n’êtes pas sans avoir une petite idée de ce que coute l’évasion fiscale au budget de notre pays ?! 80 milliards ? 100 milliards ? En fait, à peu près 1/3 des recettes fiscales de la France, une somme à comparer aux 55 milliards du budget de l’éducation nationale qui viennent d’être votés ou aux 9 milliards alloués au Ministère de la justice. Ce phénomène de l’évasion fiscale qui touche l’ensemble de la planète avait déjà fait l’objet d’articles de journaux et d’émissions de télévision mais jamais un film de cinéma ne lui avait été consacré.

Ce vide, Bertrand Faivre, producteur, Yannick Kergoat, réalisateur, et Denis Robert, journaliste et romancier, ont décidé de le combler en réalisant un film dans le même esprit, c’est-à-dire percutant, très bien informé, avec beaucoup d’humour, que Les nouveaux chiens de garde, le film inspiré par l’essai de Serge Halimi  que Yannick Kergoat et Gilles Balbastre avaient consacré en 2011 aux liens que la plupart des médias, journaux, stations de radio, chaînes de télévision, entretiennent avec des groupes industriels ou financiers souvent très liés au pouvoir, tout en se revendiquant, bien sûr, indépendants, objectifs et pluralistes. De fait, les deux films ne peuvent que se croiser, les groupes industriels et financiers qui possèdent une grande partie des médias étant le plus souvent en première ligne en matière d’évasion fiscale !

En se lançant dans la réalisation de La (très) grande évasion, le trio était conscient des difficultés de la tâche qui les attendaient : en particulier, arriver à traiter de façon fouillée un sujet aussi vaste en moins de 2 heures et arriver à intéresser les spectateurs ayant peu de connaissance du sujet tout en n’ennuyant pas celles et ceux qui sont déjà bien informé.e.s. Ces deux obstacles potentiels ont été habilement surmontés et le film est passionnant à regarder tout en fournissant un grand nombre d’informations. Pas question bien sûr, de donner ici toutes ces informations, pour cela c’est le film qu’il faut aller voir, cet article n’étant là que pour en relater la genèse et l’esprit qui y règne, tout cela aboutissant éventuellement à vous donner envie d’aller le voir ! Mais sachez que vous allez entendre parler des paradis fiscaux qui sont loin de disparaitre aussi vite qu’il serait souhaitable et qui se cachent parfois là où on s’attendrait pas à les voir. Sachez que des organisations, l’Union européenne par exemple, ou des individus, Balkany et  Trump, on pouvait s’y attendre, Obama, on s’y attendait moins, y sont montrés du doigt, ainsi que d’autres encore. Toutefois, ce qui importait dans ce film, ce n’était pas de procéder à une « chasse aux sorcières », c’était de montrer de façon claire et compréhensible comment fonctionnent les mécanismes d’évasion fiscale, comment ils évoluent en fonction de l’évolution des législations et comment cela aboutit à faire payer aux citoyens lambda les impôts que les groupes industriels ou financiers ne paient pas et à laisser ces mêmes citoyens face à des services publics en état de décrépitude avancée. Objectif réalisé, tout cela étant présenté de façon très vivante avec moult graphiques très faciles à lire et à interpréter.


1 COMMENTAIRE

  1. Je suppose que c’est ironiquement que vous conseillez à Mme Borne de regarder ce film. Bien évidemment, elle n’y apprendra rien puisqu’elle est la Première ministre choisie par Macron, le président des riches et de l’évasion fiscale réunis.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici