Critique : La place d’une autre

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La place d’une autre

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Aurelia Georges
Scénario : Aurelia Georges, Maud Ameline
Interprètes : Lyna Khoudri, Sabine Azéma, Maud Wyler, Laurent Poitrenaux
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 1h52
Genre : Drame
Date de sortie : 19 janvier 2022

3.5/5

Diplômée de la Fémis en section réalisation, Aurelia Georges avait déjà réalisé deux longs métrages avant La place d’un autre : L’homme qui marche en 2008 et La fille et le fleuve en 2014. Alors que ces deux films avaient été présentés à Cannes dans le cadre de la sélection ACID, La place d’une autre était en compétition officielle au Festival de Locarno en août dernier. La place d’une autre est librement adapté de « The New Magdalen »,  un roman de Wilkie Collins paru en 1873.

Synopsis : Nélie a échappé à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Un jour, elle prend l’identité de Rose, une jeune femme qu’elle a vue mourir sous ses yeux, et promise à un meilleur avenir. Nélie se présente à sa place chez une riche veuve, Eléonore, dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionne au-delà de ses espérances.

Une opportunité qui se présente

Lorsque, à la condition très modeste de votre naissance, s’ajoutent toutes les difficultés engendrées par un état de guerre, les principes moraux peuvent vaciller lorsque se présente une opportunité vous permettant d’accéder via un mensonge à un statut plus enviable, d’autant plus si, ce faisant, vous avez, du moins dans un premier temps, la certitude de ne nuire à personne. Certes, Nélie a la chance de savoir lire, ayant été élevée au sein d’une famille éduquée à partir de ses 12 ans mais, placée comme bonne dans une autre famille, elle a été renvoyée lorsqu’elle s’est défendue face au maitre de maison qui lui faisait des avances pressantes. Sur le front de la Première guerre mondiale, elle ne peut qu’accepter la proposition de devenir brancardière, puis aide infirmière. Une affectation qui va lui permettre de faire recueillir Rose, une voyageuse suisse, dans le poste dans lequel elle travaille. Rose, en route vers Nancy avec une lettre de recommandation de son père pour devenir lectrice d’Éléonore, une femme fortunée, amie protestante de ce dernier, également protestant. Rose, qu’un bombardement allemand du poste français dans lequel elle se trouve va laisser comme morte sous les yeux de Nélie. Mettez vous 2 minutes à la place de Nélie : pourquoi ne pas profiter de l’opportunité qui vient de se présenter ?

Trois femmes et un homme

Tout à la fois film d’époque, film social et thriller, La place d’une autre s’intéresse à 4 personnages, 3 femmes et un homme : Nélie, Rose, Éléonore et Julien, un neveu d’Éléonore, pasteur de son état et socialiste par ses idées. Des idées que ne partage pas vraiment Éléonore, même si, tout au long du film, on la voit évoluer dans ses rapports humains grâce à son contact avec Nélie. Certes, Nélie est beaucoup plus jeune qu’elle, mais, comme on dit, elle a beaucoup plus « vécu » que cette femme dont elle est devenue la lectrice et plus ou moins la confidente. Au point qu’on se demande à la fin du film si Éléonore prendrait toujours la même décision que celle qu’elle vient de prendre lorsque Nélie arrive chez elle : mettre sa bonne à la porte parce que cette jeune fille s’est retrouvée enceinte, ce qui, pour l’Éléonore du début, était une forme de trahison. Bien entendu, tout au long du film, on ne peut que redouter la découverte de la supercherie par  Éléonore, d’autant plus que vous aurez bien sûr deviné que Rose n’est pas morte et qu’elle cherche à récupérer cette place qui lui était destinée auprès de l’amie de son père. A noter que, dans son adaptation du roman de Wilkie Collins, Aurelia Georges a préféré situer l’action durant la Première guerre mondiale plutôt que dans la guerre de 70 et elle a surtout fait de Rose un personnage beaucoup moins antipathique que dans le roman. On est donc face à une Nélie pour qui, bien sûr, tout comme Éléonore, on a beaucoup de sympathie, et une Rose pour qui, contrairement à Éléonore, on n’a aucune antipathie car nous, on connait la vérité, et qu’on a même tendance à plaindre de ne pas pouvoir arriver à faire entendre cette vérité.

Un excellent quatuor

C’est sa prestation dans le rôle de Nedjma sans Papicha qui a vraiment lancé la carrière de Lyna Khoudri, même si on l’avait déjà vue et appréciée dans Luna et Les bienheureux. Depuis Papicha, il y a eu Hors normes, Haute couture et Gagarine pour confirmer son talent. Le rôle de Nélie qu’elle interprète dans La place d’une autre est aux antipodes de celui qu’elle tenait dans Papicha, mais elle prouve ainsi que son registre est très vaste. Tout comme celui de Maud Wyler, d’ailleurs ! Trop souvent confinée à des seconds rôles, elle était extraordinaire dans le rôle de Juliette Webb dans l’excellent Perdrix de Erwan Le Duc. Elle est excellente dans le rôle de Rose dans La place d’une autre. On ne présente plus Sabine Azéma, l’interprète d’Éléonore, un rôle qui lui convient parfaitement par son mélange de classe naturelle et d’une certaine fragilité. Quant à Laurent Poitrenaux, l’interprète de Julien, peut-être qu’un jour le cinéma lui offrira le rôle principal que son talent mérite.

Conclusion

Trois femmes occupant le haut de l’affiche dans un film réalisé par une femme : les choses seraient-elles en train d’évoluer dans le bon sens en matière de parité dans le cinéma ? En tout cas, ce mélange de film d’époque, de film social et de thriller, interprété par un très bon quatuor de comédien.ne.s, arrive jusqu’au bout à nous intéresser et à nous surprendre.

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