Critiques de films Thriller — 19 septembre 2015
Critique : Knock Knock

knock knock affiche

Etats-Unis, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Eli Roth, Guillermo Amoedo, Nicolas Lopez
Acteurs : , ,
Distribution : Synergy Cinéma
Durée : 1h39
Genre : Thriller
Date de sortie : 23 septembre 2015

Note : 2/5

«Je suis venu vous faire chier». Tels étaient les premiers mots (écrits par Bertrand Blier) prononcés par Michel Bouquet dans lorsqu’il sonne à la porte d’un monsieur qui n’en demandait pas tant (Philippe Noiret). Eli Roth aurait pu reprendre à son compte ses paroles et les planter dans les bouches pulpeuses des deux jeunes femmes qui débarquent pour troubler Keanu Reeves ce soir-là. Car si elles ne prétendent que vouloir se protéger de la pluie en attendant de retrouver leur chemin vers une fête où elles affirment être attendues, leurs mauvaises intentions se soupçonnent très vite…

Synopsis : Un soir d’orage, un architecte, marié et bon père de famille, resté seul pour le weekend, ouvre sa porte à 2 superbes jeunes femmes mal intentionnées…

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Toc toc toc… qui est là ?

Premier long-métrage du protégé de Quentin Tarantino à trouver le chemin des salles depuis en 2007, Knock Knock a un concept de base propice à un divertissement sympathique à défaut d’être bien neuf. Eli Roth s’est librement (et officieusement) inspiré de () de Peter S. Traynor (1977) dont les deux interprètes principales sont créditées au générique comme productrices, qui fait une apparition en masseuse débarquant au mauvais moment et pour la première fois au générique d’un film depuis quinze ans.

L’ouverture se déroule dans un style académique inattendu pour Eli Roth, la caméra identifiant, le temps du générique, le quartier où vivent Evan et sa famille, une zone pavillonnaire bourgeoise, protégée et privilégiée, façon «picket fences» avec jolies clôtures en piquets de bois bien blanc, avec ses pointes défiant le ciel. L’architecte se lève, entouré de son épouse parfaite et de ses enfants qui ne le sont pas moins et l’empêchent, au passage, d’honorer les droits conjugaux en se jetant de bon matin dans le lit de leurs parents. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et lorsque madame quitte la maisonnée avec la progéniture et monsieur s’installe à son bureau pour préparer un dossier à régler d’urgence.

Hélas, patatrasse, quelques heures plus tard, on sonne à la porte alors que des trombes d’eau tombent du ciel. Une jolie blonde et une jolie brune en tee-shirts très très mouillés demandent l’asile au tout penaud quinquagénaire et qui ne se méfie pas de cette intrusion, «Vous n’avez pas l’air bien dangereuses» leur dit-elles insouciamment. La meilleure partie du film a lieu dans ce jeu de séduction pas très subtil, les donzelles ne l’étant pas, certaines de leur pouvoir, lorsqu’elles tentent d’attirer le provisoirement célibataire à profiter de leur jeunesse. Il les repousse gentiment, les touche à la pointe du doigt pour les éloigner de ses épaules alors qu’elles se collent à lui avec de plus en plus d’empressement, l’entourant comme des ventouses, des araignées. En attendant l’arrivée d’un Uber (on est dans l’actualité) qu’il a gentiment appelé pour elles, il passe le temps en leur posant des question sur leur vie, feignant d’ignorer qu’elles sont de moins en moins couvertes, changeant régulièrement de place pour éviter leurs avances. L’acteur est amusant, d’abord représentant parfait de la gent masculine de la classe moyenne supérieure avant de devenir leur marionnette.

knock knock 02 Ana de Armas Keanu Reeves Lorenza Izzo

L’adultère, c’est mal

Et là, et c’est le drame, pour Evan, puis pour le spectateur. Après l’avoir montré solide face à elles, pas vraiment dupe de leurs troubles intentions, il cède à leurs avances, ce qui ne semble pas du tout dans la logique du personnage jusqu’alors, méfiant face à un tel assaut. De thriller pervers potentiellement réjouissant, le récit glisse alors de plus en plus vers la morale (l’homme adultère soit être puni) alors que cela ne semblait pas être l’intention de Roth au départ. Papa pervers frustré, attiré par la chair fraîche offerte sans conséquences (qui peut y croire?) va subir le harcèlement sans limite des deux créatures, avec un brin de torture morale et physique. Le déjà-vu imprègne alors les rebondissements avec arrivées de témoin(s) gênant(s) vite expédié(s) comme d’hab’. Le scénario tourne alors en rond, les comédiens sont en roue libre, voir hurler Keanu Reeves attaché sur une chaise est embarrassant alors qu’il était plus juste lorsqu’il était dans le registre de la sympathie paternelle, pas assez ferme avec ses invitées, tortillant sur son canapé pour échapper aux griffes acérées de ces sorcières, ces goules, qui s’amusent de sa gêne. Le sujet était plus là, dans une forme de gratuité de l’agression, quasi anarchiste de leur geste et non pas dans le registre moral vers lequel glisse Eli Roth, plus par paresse que par idéologie, ce qui n’est pas moins gênant.

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Ce n’était qu’un rêve (?)

Sur l’un des tee-shirts mouillés, il est écrit «It was all a dream» (ce n’était qu’un rêve) comme un jeu avec le spectateur se remémorant alors ces nombreux films où le héros malmené, souvent un homme en quête de sensations fortes pour malmener son quotidien morne, se réveille rasséréné d’avoir vécu une expérience intense mais sans en avoir subi les risques, l’un des plus prestigieux exemples étant La Femme au portrait de Fritz Lang, suivi de bien d’autres moins réussis. Mais le contraire est affiché sur un miroir dans lequel se reflétera le calvaire de l’homme parfait où il est bien écrit que non, «It was not a dream» (ce n’était pas un rêve). Les jeunes femmes réalisent le happening parfait dans cet effet miroir (l’arrivée avec le tee-shirt, la conclusion avec ce message) mais hélas Eli Roth rate les rouages de son jeu de rôles, plus petit malin que grand cinéaste. L’interprétation des deux comédiennes, la brune Lorenza Izzo (l’épouse de Eli Roth, déjà tête d’affiche de tourné deux ans plus tôt) et la blonde Ana de Armas est de fait inégal, surjouant de façon parfois agaçante alors que cet excès de comportement devrait être plus clairement identifié à leurs personnages et non à la qualité de leur interprétation. Une autre maladresse du réalisateur. Quant à la dernière phrase prononcé par le fils, elle fait naître un sourire mais continue de souligner le grand défaut de l’oeuvre de Roth, ce cynisme qui vient de sa personne et non de ses personnages, qui perdent de leur caractérisation à cause de son manque de sincérité.

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Conclusion

Malgré une ouverture et un concept prometteur, et quelques bonnes idées, Eli Roth déçoit avec ce thriller qui n’est pas suffisamment supérieur à ces productions anonymes directement éditées en DVD. Une déception pour cette version gentiment bis de de Michael Haneke mais l’ambiguïté n’intéresse pas Roth ici et le projet reste à la limite des meilleures pistes qu’il aurait pu emprunter, se contentant des plus prévisibles et des plus morales. Trop sage, trop puritain, pas assez fou et maîtrisé, contrairement à The Green Inferno, où son penchant pour le cynisme est transposé avec efficacité chez ses personnages et non plus dans le regard qu’il porte sur eux.

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles