Critiques de films Drame — 03 juillet 2019
Critique : Joel, une enfance en Patagonie

Joel, une enfance en Patagonie

: 2018
Titre original : Joel
Réalisation :
Scénario : Carlos Sorin
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie : 10 juillet 2019

3.5/5

C’est en 1986, avec Le film du roi, que la carrière cinématographique du réalisateur argentin Carlos Sorin a débuté. Ce n’est toutefois que 16 ans plus tard, en 2002, avec Historias minimas, son 3ème long métrage, que sa renommée s’est réellement internationalisée. Depuis, des films comme Bombon el perro, Le Chemin de San Diego, La fenêtre et Jours de pêche en Patagonie ont confirmé le talent de Carlos Sorin qui, à bientôt 75 ans, est aujourd’hui une figure majeure du cinéma sud-américain. Avec Joel, une enfance en Patagonie, c’est une fois de plus en Patagonie qu’il nous amène pour un film consacré à l’adoption.

Synopsis : Ne pouvant pas avoir d’enfant, Cecilia et Diego, qui viennent d’emménager dans une petite ville de la Terre de Feu, attendent depuis longtemps de pouvoir adopter. Alors qu’ils n’y croyaient plus, l’arrivée soudaine de Joel, un garçon de 9 ans au passé tourmenté, va bouleverser leur vie et l’équilibre de toute la petite communauté provinciale.

Une décision à prendre rapidement

Dans un couple, il y a des nouvelles qu’on se doit de partager le plus vite possible avec son conjoint. C’est le cas pour Cecilia lorsqu’elle reçoit un appel lui annonçant que la demande d’adoption qu’elle et Diego, son mari, avaient faite a été acceptée et qu’ils vont pouvoir très vite accueillir l’enfant qu’on leur destine, à condition, toutefois, de donner une réponse positive dans la journée. Diego est au travail, sur une coup de bois, la neige est abondante dans ce coin perdu de la Terre de Feu, mais qu’importe, Cecilia vient le retrouver afin qu’ils puissent, ensemble, rappeler l’organisme afin d’obtenir les renseignements qui leur permettront de prendre sereinement une décision. Entre autre, l’âge du gamin, son milieu d’origine, un certain nombre de détails sur son passé.

En fait, Joel n’est pas vraiment le gamin dont ils avaient rêvé : il a 9 ans et non 4 ou 5, il est en retard scolaire et il a eu un passé difficile, ayant été partiellement élevé par un oncle qui vient d’être mis en prison pour 5 ans. Mais, si Cecilia et Diego refusent d’accepter Joel, auront-ils droit à une seconde chance ? Rien n’est moins sûr !

Un enfant rejeté par son entourage

On en apprend beaucoup sur un pays au travers des thèmes abordés par ses réalisateurs de cinéma, surtout lorsqu’un même thème tient une place prépondérante dans deux films différents sortis à un an d’intervalle. Avec la sortie de Notre enfant l’année dernière, suivi cette année de Joel, une enfance en Patagonie, il n’est donc pas interdit de penser qu’en Argentine, l’adoption est un sujet qui pose problème. Certes, les deux films sont très différents, le premier s’attachant à une femme qui veut devenir mère à tout prix et qui se retrouve face à des gens sans scrupule et à un système judiciaire défaillant alors que, dans le second, un couple vivant la période de 6 mois de préadoption se retrouve face à un voisinage qui rejette l’enfant que l’administration leur a destiné. Il n’empêche : dans les deux films, des problèmes, à des moments différents du processus, pour celles et ceux qui veulent adopter !

Dans Joel, une enfance en Patagonie, on s’attend à ce que les problèmes rencontrés par Cecilia et Diego viennent en priorité de Joel. En effet, cet enfant est  d’un abord difficile, il ne fait rien pour se faire aimer et le couple n’a aucune certitude quant au comportement à adopter : se montrer coulants face à ses caprices afin que Joel les « adopte » ou, au contraire, faire preuve d’une certaine sévérité face à certains comportements difficilement acceptables. Mais ces problèmes liés directement à Joel devraient trouver une solution avec le temps et ils ne sont rien à côté des problèmes rencontrés auprès des parents des condisciples de Joel. En effet, Joel a 2 ans de plus que les autres enfants de sa classe et le passé qu’il a connu auprès de l’oncle qui l’a élevé, proche des milieux de la drogue et des attaques au couteau, ressort dans ce qu’il raconte à ces derniers, ce que les parents refusent d’accepter. Certes, on peut les comprendre, mais serait-ce se montrer trop généreux que de faire preuve d’un peu de compréhension et de patience avec Joel ?

Les choix de Carlos Sorin

Pour tourner son film, Carlos Sorin souhaitait faire le choix d’une communauté réduite en nombre, avec des gens qui se connaissent tous plus ou moins, une communauté dont Cecilia et Diego ne feraient partie que depuis peu de temps. Lui qui a souvent tourné en Patagonie a finalement choisi un village récent de la Terre de feu, Tolhuin, situé à 100 kilomètre d’Ushuaia. Face à cette communauté qui ne les a pas encore complètement intégrés, avec des parents compréhensifs et d’autres qui ne le sont pas, la professeure de piano Cecilia se montre plus combative que Diego, ingénieur dans une entreprise de coupe de bois, qui craint par dessus tout de se mettre le village à dos.

Pour interpréter le rôle de Cecilia, Carlos Sorin a fait appel à Victoria Almeida, qu’il avait déjà fait tourner dans Jour de pêche en Patagonie. Diego Gentile, l’interprète de Diego, on l’avait rencontré il y a 4 ans dans Les nouveaux sauvages. Quant à Joel Noguera, l’interprète de Joel, il s’agit (bien sûr !) de son premier film et c’est alors qu’il était en train de mendier que la production l’a découvert. A noter par ailleurs que ce sont de véritables parents d’élèves de Tolhuin qui interprètent les parents d’élèves lors de la réunion qui doit décider du sort de Joel.

Conclusion

Une fois de plus, Carlos Sorin ne déçoit pas avec Joel, une enfance en Patagonie. C’est avec beaucoup de subtilité qu’il nous montre la réaction d’une communauté de taille réduite face à l’arrivée d’un élément qui vient troubler sa tranquillité et la différence de comportement qu’un homme et une femme peuvent avoir au sein d’un couple.

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles