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Critiques de films — 15 avril 2019
Critique : Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)


Japon : 1946
Titre original : Waga seishun ni kuinashi
Réalisation :
Scénario : Eijirô Hisaita, Akira Kurosawa, Keiji Matsuzaki
Acteurs : Setsuko Hara, Susumu Fujita, Denjirô Ôkôchi
Durée : 1h50
Genre : Drame
Date de sortie : 29 octobre 1946 (Japon)

Note : 4/5

Après le très théâtral Qui marche sur la queue du tigre, Kurosawa effectue un bon de quelques siècles pour se placer sur la scène historique contemporaine, à savoir les années 30. Allégorie politique pétrie de symboles anti-militaristes, Je ne regrette rien de ma jeunesse se présente comme un film de son temps et sur son temps empli de bonnes intentions. Hélas, il s’avère être néanmoins plombé par un excès d’abstraction laissant peu de place à l’attachement du spectateur pour des personnages politiquement forts mais humainement austères.

Synopsis : Dans une période politique orageuse marquée par un ultra-militarisme véhément, Kurosawa brosse le portrait d’une jeunesse intellectuelle japonaise résistante. Yukie, fille d’un universitaire libéral démit de ses fonctions, tombe amoureuse de Noge, un étudiant de plus en plus radical dans son idéologie contestataire…

Allégorie politique

Sur la base d’un scénario réécrit contre la volonté de ses auteurs, Je ne regrette rien de ma jeunesse est le premier film post Seconde Guerre Mondiale de Kurosawa qui s’inspirera librement de la vie du journaliste japonais Hotsumi Ozaki. Ce film ayant donné lieu à une expression populaire a paradoxalement provoqué une profonde amertume à son réalisateur qui préféra la première mouture du scénario écrit en collaboration avec l’auteur Eijiro Haseita. Véritable pamphlet contestataire, le film touche par sa franchise politique. Les personnages de Yukie, Noge et Itokawa (l’autre prétendant de la jeune femme) constituent ainsi de parfaites allégories de la nation japonaise. La première constitue l’alliance invariable entre la ville et la campagne, l’intellectualisme citadin et la ruralité travailleuse tandis que les deux autres sont des trajectoires politiques possibles de l’époque. D’une constance morale éclatante, ces personnages ne peuvent que forcer l’admiration des spectateurs (et notamment celle les japonais de l’époque). Ils représentent ainsi une génération pivot dans le tournant historique funeste du pays. Ils sont aussi les doubles d’un auteur marqué par une période de résistance somme toute relative. Seulement, à trop allégoriser, son auteur perd de vue le processus nécessaire d’humanisation de ses personnages auxquels il est difficile de s’attacher tant ils apparaissent comme fuyant. Lorgnant du côté du néoréalisme italien, il manque le caractère édifiant qui fit la force des films du mouvement qui nourrit incontestablement le film.

Cinéma de jeunesse, jeunesse de cinéma

A un sujet mouvementé, Kurosawa ne délaisse pas pour autant la fixité des plans dont il se servait déjà pour son film précédent Qui marche sur la queue du tigre. Cela s’explique notamment par la volonté de renouer avec une certaine enfance du cinéma passant par le statisme des plans mais aussi par le mouvement du montage. Par ailleurs, le réalisateur ne se refuse pas de belles séquences oniriques florales se présentant comme le théâtre des affrontements violents entre les étudiants et les militaires tout en étant encadrées par des chants enfantins. Ces comptines chantées par l’enfance constituent comme un appel d’espoir : malgré la dureté des épreuves traversées, la jeunesse japonaise pourra un jour reprendre son souffle.

Conclusion

Film sincère par son discours politique, Je ne regrette rien de ma jeunesse s’avère toutefois plus glacial dans la manière de construire ses personnages. Véritable allégorie d’un Japon dont les générations ont été meurtries par la guerre, le film de Kurosawa annonce toutefois une volonté farouche et constante de parler de son temps.

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Ines Hamdi