Critique : Funambules

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France : 2020
Titre original : –
Réalisation :
Distribution :
Durée : 1h15
Genre : Documentaire
Date de sortie : inconnue

3.5/5

Âgé de 42 ans, est un réalisateur discret que les paillettes du show-business et le tapis rouge cannois laissent totalement indifférent. Bien qu’ayant réalisé 2 films de fiction, un court-métrage et un long métrage, c’est avant tout un documentariste dont la filmographie montre l’intérêt particulier qu’il porte à la police et à la folie. Chez Klipper, le documentaire se conçoit sans interview, sans voix off. Par contre, il ne s’interdit pas, bien au contraire, de préparer des scènes qu’il va tournées avec les protagonistes. Longtemps appelé Les fous dans la ville a été retenu dans la sélection ACID du Festival de Cannes 2020. Début février, a terminé le tournage de son deuxième long métrage de fiction, Le processus de paix, un film dont il a écrit le scénario avec et dans lequel on retrouvera Damien Bonnard, Jeanne Balibar, Ariane Ascaride et … .

Synopsis : Personne ne sait de quoi est faite la frontière qui nous sépare de la folie. Personne ne sait jusqu’à quel point elle résiste. Aube, Yoan, Marcus, eux, ont franchi le seuil. Ils vivent de l’autre côté du miroir.

Des protagonistes choisis, des scènes préparées

Lorsqu’on rencontre Aube qui, dans une sorte d’inventaire à la Prévert, face caméra, liste tout ce qu’elle aime, depuis les pierres précieuses aux punks en passant par l’actrice de Star Wars, il est possible de ressentir un certain malaise : ne serait-on pas en position de voyeur, derrière une glace sans tain, en train d’observer le comportement et le discours d’une personne extérieure à ce qu’on considère comme étant la normalité ? Toutefois, si ce sentiment de malaise existe, il ne dure pas longtemps dans la mesure où il devient vite évident que n’a pas cherché à faire un film « sur » des hommes ou des femmes éloigné.e.s de la normalité, mais un film « avec » des hommes et des femmes en marge, éloigné.e.s de la normalité. Tout au long du film, on va aller de Aube à Yoan, de Yoan à Marcus, de Marcus à Aube, etc ., et rencontrer de façon différente un homme racontant sa grande solitude et son appétit de dignité à une visiteuse, ainsi que Jean-François, un danseur à qui Patrick Chaltiel, son psy, vient rendre visite. Les personnages récurrents, Aube, Yoan et Marcus, le réalisateur les a choisis parmi les patients et les patientes du service psychiatrie de l’hôpital de Bondy et il les a payé.e.s pour leur prestation, des personnages dont il avait le sentiment qu’ils avaient un monde intérieur pouvant donner naissance à des scènes poétiques ou étranges. a ensuite préparé certaines des scènes qu’il allait tourner avec ces différents protagonistes et bâti son film de façon à le plonger de plus en plus dans un mélange de poésie, d’onirisme et de fantastique, en en faisant, au bout du compte, un mélange de documentaire et de fiction.

La vie à l’extérieur des murs de l’hôpital psychiatrique

C’est suite à une rencontre avec Patrick Chaltiel, qui était alors le chef du service psychiatrie à l’hôpital de Bondy et qui, toute sa vie, s’était battu pour sortir les patients d’HP, que d’est décidé de concrétiser sous la forme d’un film une question qui le hantait depuis longtemps : quelle est la vie des patients des hôpitaux psychiatriques lorsqu’ils sont à l’extérieur de leurs murs. Cette vie, il est donc allé la chercher chez Aube, une jeune femme chez qui les mots « belle », « jolie » et « séduisante » reviennent en  boucle, qui aime jouer à la présentatrice d’une émission de radio, qui aime danser, qui souhaite rencontrer un prince charmant et quitter le giron familial et qu’on trouve très vite très attachante et très émouvante à cause (ou grâce !) à sa propension à être en boucle sur certains sujets. Ses parents, par contre, sa mère en particulier, ont de plus en plus de mal à supporter cette particularité. Il est allé chercher cette vie chez Yoan, un slameur noir de 27 ans, qui a passé beaucoup d’années en psychiatrie, qui a tendance à déambuler en soliloquant ou en s’adressant à un père qui n’est pas présent. Il est allé cherché cette vie chez Marcus, rencontré grâce à la comédienne , la meilleure amie de sa fille qu’elle a d’ailleurs remplacé dans une scène avec Marcus, un homme qui vit en solitaire dans un incroyable capharnaüm, qui se bourre de médicaments, un homme dont l’évidente misanthropie provient à coup sûr de ce que les autres lui ont fait subir dans le passé, un homme dont la vie s’est achevée deux semaines après la fin du tournage.

Ni véritable documentaire, ni véritable fiction

Pour respecter son choix de réaliser un film qui ne soit ni un véritable documentaire ni une fiction, a décidé de commencer par présenter Aube, Yoan et Marcus de façon réaliste et de glisser progressivement vers une approche plus subjective consistant à la fois à « scénariser » les scènes tout en entrant dans la tête des protagonistes. Cette approche est accompagnée d’un remarquable travail de , le Directeur de la photographie, qui, en jouant sur des dominantes rouges, vertes ou bleues, nous entraine dans un univers à la limite du psychédélisme. Chemin faisant on s’attache à ces trois personnages et ce qui, au début, pouvait sembler être une glace sans tain, arrive parfois à s’apparenter à un miroir dans lequel on verrait, certes en plus prononcés, des reflets de notre propre personnalité. En réalisant , poursuivait le but d’éveiller la curiosité des spectateurs « envers le type que les gens croisent dans la rue en train de parler tout seul et dont ils peuvent avoir spontanément peur ». Certes, cette recherche est faussée par l’invasion des téléphones portables qui fait qu’on croise dans la rue de plus en plus de gens dont on a l’impression qu’ils parlent tout seul, il n’empêche, éveille bien notre curiosité, et notre empathie, envers des gens (Un peu ? Beaucoup ?) « différents », des gens (Un peu ? beaucoup ?) à la marge. 

se termine par un clin d’œil musical : la chanson des Fun Boy Three, « The lunatics (have taken over the asylum) », « les fous ont pris l’asile en charge », une chanson de 1981 dans laquelle les fous sont Ronald Reagan et Margaret Thatcher, des personnes que beaucoup ont considérées et continuent de considérer comme étant tout à fait normales.

 

Conclusion

Film hybride, ni véritable documentaire, ni véritable fiction, est un voyage souvent poétique, entre réalisme et fantastique, dans le monde de la folie, un film qui éveille notre curiosité, et notre empathie, envers des gens « différents », des gens à la marge.

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