Critique Express : Tori et Lokita

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Tori et Lokita

Belgique, France : 2022
Titre original : –
Réalisation : Luc Dardenne, Jean-Pierre Dardenne
Scénario : Luc Dardenne, Jean-Pierre Dardenne
Interprètes : Pablo Schils, Joely Mbundu, Alban Ukaj
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h28
Genre : Drame
Date de sortie : 5 octobre 2022

4/5

Synopsis : Aujourd’hui en Belgique, un jeune garçon et une adolescente venus seuls d’Afrique opposent leur invincible amitié aux difficiles conditions de leur exil.

Le retour en force des frères Dardenne

Si, un jour, une Palme spéciale de la fidélité était créée à l’occasion d’un Festival de Cannes du futur, il est infiniment probable qu’elle serait décernée aux frères Dardenne : fidélité au Festival avec 9 de leurs films retenus en compétition officielle, sans compter La promesse à la Quinzaine des Réalisateurs, deux palmes d’or et, le plus souvent, d’autres prix lorsqu’ils passaient à côté de la Palme d’or ; fidélité aux thèmes abordés et, tout particulièrement, celui des difficultés d’intégration rencontrées par des enfants ou des adolescents. C’est ce thème qu’on retrouve dans Tori et Lokita. Tori est un jeune garçon d’une dizaine d’années, Lokita est une adolescente de 16 ans, tous les deux venus d’Afrique pour essayer de trouver une vie meilleure en Europe. Ils se sont rencontrés sur un bateau, ils se sont parlé et sont arrivés à la conclusion qu’ils avaient tout intérêt à se faire passer pour frère et sœur. En effet, Tori, considéré dans son pays comme étant un enfant sorcier et étant à ce titre rejeté par sa famille, bénéficie de ce fait du statut de réfugié et il dispose donc de  papiers lui permettant d’arriver légalement en Europe. Lokita, elle, n’a pas de tels papiers. S’ils arrivent à prouver qu’ils sont frère et sœur, Lokita aura également ses papiers, elle pourra rapidement devenir aide-ménagère et subvenir alors aux besoins de Tori.

Une combine comme cela, ça se prépare, Tori est particulièrement malin et c’est lui qui explique à Lokita ce qu’elle doit dire pour accréditer auprès des autorités le fait qu’elle est la sœur de Tori. Il va même jusqu’à lui apprendre des mots de sa langue car elle et lui ne parlent pas la même langue africaine. Toutefois, être plutôt bien accueilli lors de l’arrivée en Europe est une chose, avoir les papiers, même faux, permettant d’y rester, si possible définitivement, c’est une nouvelle épreuve. De plus, il faut trouver l’argent permettant de rembourser les passeurs, il faut tenir sa promesse d’envoyer de l’argent au pays. Tout cela, le plus souvent, signifie devoir se mettre entre les mains de réseaux mafieux, de personnes peu recommandables et dangereuses qui n’hésiteront pas à exploiter votre force de travail ou à abuser sexuellement de vous, voire à vous éliminer.

Reconnaissons le : même s’ils étaient d’une qualité et d’un intérêt à rendre jaloux une grande partie des films sortis au même moment,  les 3 films des frères Dardenne réalisés entre Le gamin au vélo et Tori et Lokita laissaient une impression d’essoufflement, une impression entamée avec Deux jours, une nuit et largement confirmée avec La fille inconnue. Même s’il n’avait pas la puissance de films comme La promesse, Rosetta ou Le fils, Le jeune Ahmed donnait par moment le sentiment que cette période d’essoufflement allait peut-être se terminer rapidement. Eh bien oui, Hallelujah, les frères Dardenne sont de nouveau en grande forme, et on retrouve dans Tori et Lokita tout ce qu’on a toujours aimé dans leur cinéma : ce côté nerveux, cette absence totale d’afféterie et de grandiloquence, la pugnacité dont font preuve leurs personnages pour s’en sortir dans des conditions difficiles.

Une autre qualité qu’on doit reconnaître aux Dardenne, c’est leur aptitude à découvrir de jeunes talents et à les mettre en lumière : rappelons nous de Jérémie Renier, d’Emilie Dequenne, de Déborah François ! Pour interpréter les rôles de Tori et de Lokita, il était impossible d’envisager un comédien et une comédienne de métier. Les séances de casting auxquelles ils ont procédé leur ont permis de trouver deux interprètes remarquables, Pablo Schils et Joely Mbundu. Ce thriller social, ce film de fiction qui plaide pour un accueil plus humain des migrants et, plus particulièrement, des mineurs non accompagnés, a été couronné du prix spécial du 75e anniversaire du Festival de Cannes, une récompense qui, finalement, ressemble beaucoup à la Palme spéciale de la fidélité évoquée plus haut !


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