Critique : Neige

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Neige

France : 1981
Réalisation : Jean-Henri Roger, Juliet Berto
Scénario : Marc Villard
Interprètes : Jean-François Stévenin, Juliet Berto, Robert Liensol
Distribution : JHR Films
Durée : 1h31
Genre : Drame
Date de re-sortie : 5 janvier 2022

4/5

Synopsis : Anita, elle est barmaid à « La Vielleuse », elle a un grand cœur. Willy lui, Anita il l’aime et c’est pas tous les jours facile. Jocko est antillais, pour vivre son exil, son « truc » c’est l’église de la Sainte-Trinité dont il est le Pasteur. Tous les trois, ils vivent sur les 800 mètres de boulevard entre Barbès et Pigalle. Bobby c’est le môme du quartier, il fait profession de « dealer ». Anita l’a presque élevé et elle ferait tout pour le protéger. Anita et ses deux copains, ils vont vite apprendre le prix du gramme d’héroine.

Un beau film qui n’a pas vieilli

Lorsque vous êtes sur le point de regarder un film que vous avez beaucoup aimé il y a 40 ans, vous n’échappez pas à cette interrogation : comment a-t-il vieilli ? Ou plutôt : avez vous, oui ou non, bien vieilli ensemble ? En effet, en 40 ans, le monde a changé, le cinéma a changé, vous avez changé. Avec Neige, on est vite rassuré : oui, beaucoup de choses ont changé depuis le 17 mai 1981, date à laquelle il a été projeté en compétition officielle au Festival de Cannes avant de sortir en salles 3 jours plus tard, mais l’émotion est toujours présente à la vision de ce film, une émotion à laquelle vient s’ajouter aujourd’hui une bonne dose de nostalgie. Neige, c’est une représentation ne cherchant absolument pas à porter un quelconque jugement d’un certain quartier à une certaine époque : Pigalle, Barbès, la Place Blanche, un quartier cosmopolite, certains diront mal famé, avec ses bars, ses boites de nuit, ses cabarets, ses maisons de jeu clandestines, ses cinémas où le porno voisine avec les films venant du Moyen-Orient ou du Maghreb, un quartier où se croisaient, où se croisent peut-être encore, des prostituées, des macs, des drogués, des dealers, des joueurs, des travestis, des strip-teaseuses, des flics. Une époque où, pour 10 ans encore, il y avait des wagons de première classe dans le métro parisien.

Neige, c’est à la fois un thriller et un documentaire. Son personnage principal est une barmaid, elle s’appelle Anita. Cette femme au grand cœur est depuis longtemps la protectrice de Bobby, un jeune dealer insouciant qu’elle met en garde contre les risques qu’il prend, et, prête à tout, elle part à la recherche, dans tout le quartier, d’héroïne ou de n’importe quel produit de substitution pour sauver Betty, un travesti accro à l’héro au rythme de 1 gramme par jour et qui se retrouve en crise de manque. Dans l’environnement d’Anita, à part Bobby et Betty, il y a aussi Willy, dit Le Hongrois, un homme qui fréquente une salle où l’on pratique le karaté et qui est très amoureux d’Anita, Jocko, qu’on appelle curé ou révérend, un antillais pasteur au temple de la Ste-Trinité qui va aider Anita dans sa recherche d’héro, Bruno Vallès, un chauffeur de taxi dont Wanda, sa femme, est en prison et qui est prêt à dénoncer la terre entière à la police pour la sortir de là et redonner ainsi la joie de vivre à leur fille, Pierrot, le projectionniste d’un cinéma du quartier et, last but not least, deux flics des stups à la gâchette facile qui trainent en permanence dans le quartier et qui voient en Bruno le maillon faible qui pourrait leur permettre de faire de belles arrestations.

En 1981, Neige a commencé par être sélectionné à la Semaine de la Critique cannoise en tant que premier film avant d’être finalement retenu pour la compétition officielle. Sa sortie dans la foulée de Cannes s’est traduite par un succès public plutôt inattendu : 600 000 entrées France. La personnalité de Juliet Berto y était sans doute pour quelque chose : une actrice qui a illuminé la Nouvelle Vague, tournant en particulier plusieurs fois pour Jean-Luc Godard et pour Jacques Rivette, une actrice à qui le chanteur Yves Simon a dédié un album entier en 1973, « Au pays des merveilles de Juliet ». C’est avec Jean-Henri Roger, son compagnon, également collaborateur de Jean-Luc Godard, que Juliet Berto a réalisé ce qui était son premier film. Ce film, elle le portait en elle, c’est elle qui a eu l’idée de départ, même si l’écriture du scénario a été confiée à Marc Villard, un auteur qui débutait dans le roman noir. Tourné bien évidemment en argentique, Neige a pu bénéficier de l’arrivée toute récente de la nouvelle pellicule Fuji 400 ASA et du grand savoir-faire de William Lubtchansky, le Directeur de la photographie. JHR Films a fait appel au laboratoire « L’image retrouvée » pour procéder à la restauration 4K et à Renato Berta, aidé par Irina Lubtchansky, la fille de William, pour cette étape capitale qu’est l’étalonnage. Le résultat final est une merveille du genre !

Interprète du rôle principal de Neige, celui d’Anita, Juliet Berto  y fait preuve d’un talent extraordinaire et il n’est pas interdit de lui trouver une grande ressemblance avec Jeanne Moreau. Le reste de la distribution n’est pas en reste, avec la présence de plusieurs générations de comédiens et de comédiennes : des vieux de la vieille comme Robert Liensol, l’interprète de Jocko, Raymond Bussières dans le rôle de Pierrot le projectionniste et Eddie Constantine faisant une participation amicale, des moins vieux mais plus tout jeunes comme Paul Le Person jouant Bruno et Anna Prucnal interprétant Wanda, l’épouse de Bruno, et des comédiens de la génération de Juliet Berto, voire plus jeunes, Jean-François Stévenin incarnant Willy, Nini Crépon, Betty, Patrick Chesnais et Jean-François Balmer, les deux flics. Par ailleurs, on entend beaucoup de musique dans Neige, avec une prédominance reggae et la participation de Bernard Lavilliers.

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