Critique Express : les repentis

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Les repentis

Espagne : 2021
Titre original : Maixabel
Réalisation : Icíar Bollaín
Scénario : Icíar Bollaín, Isa Campo
Interprètes : Blanca Portillo, Luis Tosar, Urko Olazabal
Distribution : Epicentre Films
Durée : 1h56
Genre : Drame, biopic
Date de sortie : 9 novembre 2022

4/5

Synopsis : L’histoire réelle de Maixabel Lasa, la veuve de Juan Maria Jauregui, un homme politique assassiné par l’organisation terroriste ETA en 2000. Onze ans plus tard, l’un des auteurs du crime qui purge sa peine en prison demande à la rencontrer, après avoir rompu ses liens avec le groupe terroriste.

Peut-on pardonner l’impardonnable ?

ETA, Pays Basque, Espagne, près de 60 ans d’existence, plus de 800 assassinats, plus de 400 morts dans ses rangs. C’est en s’inspirant d’un de ces assassinats et de qui s’est passé ensuite que la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín a réalisé Les repentis, son dernier film. Quiconque a vu Ne dis rien et Même la pluie sait que Icíar Bollaín fait partie du petit cercle des grands réalisateurs de notre époque, hommes et femmes confondus. Ce n’est surement pas Les repentis qui infirmera cette affirmation ! Le 29 juillet 2000, Juan María Jáuregui, ancien gouverneur de la province de Gipuzkoa a été assassiné à Tolosa par un commando de l’ETA formé de 3 hommes. Le film va nous amener auprès de sa veuve, Maixabel Lasa, et de deux des hommes du commando, Ibon Etxezarreta et Luis Carrasco. Une fois en prison, ces 2 hommes ont eu le temps de réfléchir, ils ont rencontré d’autres prisonniers qui étaient leurs supérieurs hiérarchiques dans l’organisation ETA, des hommes qui leur donnaient des ordres qu’ils exécutaient sans sourciller et ils se sont rendu compte que ces hommes ne valaient pas grand chose. On va donc voir Ibon et Luis passer de la joie, de la fierté ressenties le jour de l’assassinat, leur mission ayant été remplie, aux regrets, à la honte de s’être fourvoyés dans ce que l’un d’entre eux va qualifier de secte. De son côté, Maixabel Lasa est devenue une responsable de l’association des victimes du terrorisme et elle a fait en sorte d’ajouter les victimes du GAL ou de la police à celles de l’ETA. En 2010, le gouvernement espagnol de l’époque a offert aux anciens membres de l’ETA qui regrettaient leurs actes la possibilité d’être emprisonnés dans une prison plus proche du Pays Basque à condition de dire publiquement qu’ils quittaient l’ETA, qu’ils regrettaient leurs actions criminelles et qu’ils renonçaient définitivement à la violence comme moyen politique.

Sur les 600 membres emprisonnés, seulement une vingtaine ont accepté cet accord. Ibon Etxezarreta et Luis Carrasco en faisaient partie et lorsque la possibilité de procéder à une rencontre entre ex terroristes et membres des familles de victimes a été ouverte, Maixabel Lasa a fait la rencontre de Luis Carrasco, puis de Ibon Etxezarreta. Des rencontres d’une grande intensité, magnifiquement filmées, Icíar Bollaín étant particulièrement experte dans l’art d’aller fouiller le ressenti des gens au travers de gros plans sur les visages. On apprendra au cours de ces rencontres que Juan Maria Jáuregui et les deux terroristes n’étaient pas si éloignés que ça au niveau des idées, l’ex gouverneur ayant été membre de l’ETA quand il était étudiant, alors que l’Espagne vivait encore sous le joug de Franco. Une grande différence, toutefois : Juan María Jáuregui s’était toujours opposé à la violence. Par ailleurs, ce film montre que ces rencontres, avec ces actes de repentir d’un côté, et presque de pardon de l’autre, n’ont pas toujours été bien perçues, aussi bien chez l’ETA que chez ses victimes. Elles ont pourtant certainement contribué en 2011 à la fin de la lutte armée de la part de l’ETA. La fin du film est absolument stupéfiante. Je me garderai bien de la raconter, mais sachez que si vous n’avez pas, au minimum, la larme à l’œil, c’est que vous avez un cœur de pierre ! Dans la distribution, exceptionnelle de justesse, on remarque bien sûr Blanca Portillo (Maixabel), Luis Tosar (Ibon Etxezarreta), Urko Olazabal ( Luis Carrasco) mais il serait injuste de ne pas citer María Cerezuela (Maria, la fille de Juan María et de Maixabel, une des rares à comprendre et à approuver le comportement de sa mère) et, surtout, Tamara Canosa qui interprète avec une présence magnétique la personne ayant la lourde tâche d’organiser ces fameuses rencontres.

 

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