Critique : Eureka

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Eureka

Argentine, Allemagne, France, Mexique, Portugal : 2023
Titre original : –
Réalisation : Lisandro Alonso
Scénario : Lisandro Alonso, Fabian Casas, Martín Caamaño
Interprètes : Viggo Mortensen, Chiara Mastroianni, Alaina Clifford, Sadie Lapointe
Distribution : Le Pacte
Durée : 2h27
Genre : Drame
Date de sortie : 28 février 2024

3.5/5

Synopsis : Alaina est accablée par son travail d’officier de police dans la Réserve de Pine Ridge. Elle décide de ne plus répondre à sa radio. Sa nièce, Sadie, attend son retour pendant une longue nuit, en vain. Sadie, triste, décide d’entamer son voyage avec l’aide de son grand-père. Elle s’envole dans le temps et l’espace vers l’Amérique du Sud. Elle ne regardera plus de western en noir et blanc, qui ne la représentent pas. Tout lui semble différent quand elle commence à percevoir les rêves d’autres indiens qui habitent dans la forêt. Ses conclusions sont incertaine. Les oiseaux ne parlent pas aux humains, mais si seulement nous pouvions les comprendre, ils auraient sans doute quelques vérités à nous transmettre.

 

Près de 10 ans s’étaient écoulés depuis Jauja, le dernier film du réalisateur argentin Lisandro Alonso et puis, en mai dernier, voilà que son nom apparaît dans la sélection Cannes Première du Festival de CannesJauja, bien que tourné dans la Patagonie argentine, faisait plus que s’apparenter au genre western. La première partie de Eureka, film en 3 parties très distinctes, est un western en noir et blanc, tourné en format 4/3, véritable parodie d’un western à l’ancienne : il montre un ouest nord-américain dans lequel les protagonistes sont presque tous dans un état d’ébriété avancée, amérindiens compris, un monde dans lequel c’est celui qui tire le premier qui emporte la mise. On y rencontre Murphy, interprété par Viggo Mortensen, un homme à la recherche de sa fille et qui cherche à rencontrer Randall, interprété par le réalisateur et comédien iranien Rafi Pitts. Qui se propose pour l’aider ? Une femme se faisant appeler El Coronel et qui est interprétée par Chiara Mastroianni.

Pour terminer de façon abrupte cette première partie, on s’aperçoit que ce western est en train de passer sur un poste de  télévision installé dans le bureau d’un policier de Pine Ridge et que c’est le bulletin météo qui va suivre. Fin du Noir et Blanc, fin du format 4/3. Cette réserve indienne américaine de Pine Ridge, la réserve de la tribu des Oglalas, située au Dakota du Sud, le cinéma nous y a emmenés plusieurs fois ces dernières années : Les chansons que mes frères m’ont apprises et The rider de Chloé Zhao, War Pony de Gina Gammell et Riley Keough y ont été tournés. Cette fois ci, nous sommes en plein hiver, tout laisse penser que l’époque est contemporaine, le territoire est couvert de neige et la policière Alaina, très bien interprétée par Alaina Clifford, partie prendre son quart de nuit, a beaucoup de travail : querelles intrafamiliales, voiture conduite par un ivrogne et qui zigzague sur la route, hôtel dans lequel une bagarre a eu lieu mais les protagonistes ont tous disparu. L’image d’un monde d’un monde délaissé par les autorités, d’un monde où la réalité sociale est affligeante, d’un monde que certains de ses habitants aimeraient abandonner. C’est, d’une certaine façon, le cas d’Alaina qui va cesser de répondre aux appels du poste de vigie. C’est le cas de Sadie, la nièce d’Alaina, remarquablement interprétée par Sadie Lapointe. entraîneuse de basket pour les gamins de la réserve et qui demande à son grand-père une métamorphose irréversible : être transformée en grue cendrée afin d’aller rejoindre d’autres amérindiens, beaucoup plus au sud, au cœur de l’Amazonie.

Ces amérindiens, on les retrouve en 1974, ils sont orpailleurs et leur vie est très différente de celle des habitants de Pine Ridge: là aussi, une vie très difficile mais dont on sent qu’elle est beaucoup plus libre, beaucoup plus éloignée des canons de la société occidentale. Qui sont les plus heureux ? Ceux qui semblent vivre dans un certain confort matériel mais qui ont perdu et leur autonomie et leurs racines ? Ceux qui n’ont pas tout ce confort mais qui ont su résister face aux envahisseurs et interprètent leurs rêves pour imaginer leur futur ? Le cinéma de Lisandro Alonso est toujours aussi « chamanique », toujours aussi poétique, toujours aussi onirique, toujours aussi près de la nature, toujours fait d’une succession de plans séquence parfois très longs, mais, d’une certaine façon, il devient de plus en plus politique, montrant et déplorant la disparition de cultures ancestrales sous le poids de la société de consommation. Tout au long du film, c’est à peine si on entend quelques bribes de musique et on s’en passe très bien. Filmé dans 4 lieux différents, sur une durée assez longue, le film a requis deux directeurs de la photographie différents, l’espagnol Mauro HerceMira et le finlandais Timo Salminen, LE directeur de la photographie de Aki Kaurismäki, déjà présent sur Jauja. Comme d’habitude le concernant, ce film de Lisandro Alonso divisera les spectateurs, chacun l’interprétera à sa façon, mais il parait évident que ce film exigeant est une belle proposition de cinéma.

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