Critique : Correspondant 17

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Correspondant 17

États-Unis, 1940
Titre original : Foreign Correspondent
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Scénario : Charles Benett, Ben Hecht, Joan Harrison
Acteurs : Joel McCrea, Laraine Day, George Sanders
Distribution :Les Acacias
Durée : 1h59
Genre : Thriller
Date de sortie : 17 octobre 1948 (en France)

3,5/5

Le Festival du Film de la Rochelle, qui se tiendra du 30 juin au 9 juillet, proposera, en plus d’une programmation déjà très riche, deux rétrospectives de poids : l’une sur Andreï Tarkovski, l’autre sur Alfred Hitchcock. Ce seront en effet 33 films – sur plus de 50 – de Sir Hitch qui seront projetés. Retrouvez toute la programmation ici.

Synopsis officiel : Johnny Jones, journaliste américain au New York Globe, est envoyé en Europe en 1939 pour évaluer l’éventualité d’une Seconde Guerre mondiale. A Londres, il fait la rencontre de Van Meer, un vieil homme politique hollandais, seul à connaître la clause secrète d’un traité d’alliance. Après un attentat simulé, Van Meer est enlevé par des espions nazis, et Jones se lance à sa recherche en Hollande, aidé en cela par Carol, une jeune fille dont le père préside une société pacifiste…

Jeune et Innocent ?

1940 : Alfred Hitchcock, cinéaste anglais qui a déjà une vingtaine de films à son actif, vient de sortir son premier film américain, et c’est un succès : cette année-là, Rebecca remporte l’Oscar du meilleur film. Pourtant, il retourne sur le vieux continent pour son long-métrage suivant, Correspondant 17.

Il est en effet question d’un journaliste américain, choisi par son rédacteur en chef pour son côté « bagarreur », qui se rend en Europe pour donner des nouvelles d’un continent au bord de la guerre ; dans les faits, en conflit depuis plus de six mois lors du début du tournage. Si il ne cite jamais directement les causes de cette guerre imminente, le film est pourtant surtout connu pour ses dernières minutes : un discours radiodiffusé pendant que les bombes pleuvent sur Londres, appelant les américains à « garder les lumières [de la liberté] allumées ». Il serait cependant erroné de considérer le film comme une simple œuvre de propagande ; ces deux dernières minutes n’étaient d’ailleurs pas présentes dans le script original. On retrouve une obsession d’Hitchcock alors présente depuis Les cheveux d’or (en 1926!) le faux coupable. S’il n’est pas littéralement « faux coupable », le héros de Correspondant 17 n’en est pas moins seul contre tous, personne ne prenant au sérieux les événements dont il a été témoin. Véritable film d’espionnage, genre qu’il a plusieurs fois exploré dans les années trente, Hitchcock nous offre ici quelques scènes d’actions mémorables, parmi lesquelles une scène d’infiltration dans un moulin. Dans ce segment, qui semble être le cœur du film, le réalisateur semble d’ailleurs énormément s’amuser : une photographie toute en zones d’ombre vient pimenter des plongées / contre-plongées extrêmes. Le film est d’ailleurs esthétiquement superbe, grâce au chef-opérateur Rudolph Maté, qui a déjà signé le Jeanne d’arc de Dreyer et quelques années plus tard signera La dame de Shangai de Welles, excusez du peu !

77 ans et toutes ses dents

A posteriori, Correspondant 17 possède, au-delà même du thème de « faux coupable », des éléments qu’on retrouvera d’innombrables fois par la suite dans les films d’Hitchcock. Notre protagoniste se retrouvera ainsi plus d’une fois en équilibre (sur des corniches, sur le toit d’un moulin …), annonçant Cary Grant sur le mont Rushmore ou James Stewart en ouverture de Sueurs froides. Pour la première fois peut être « le maître du suspense » – surnom réducteur s’il en est ! – utilise un Mcguffin, élément indispensable à l’intrigue et pourtant sans importance pour le spectateur : ici, une obscure clause secrète recherchée par une non moins obscure organisation secrète contre laquelle notre héros lutte malgré lui. Seule déception à mon goût, surtout venant d’un cinéaste qui s’est autant intéressé au couple tout au long de sa filmographie, on ne croit guère à l’histoire d’amour qui nous est présentée, et ce malgré son importance dans le récit. Enfin, et pour en revenir au contexte dans lequel se déroule justement ce récit, la guerre explose à l’occasion d’un final impressionnant. On assiste à une chute littérale des principaux personnages, présents dans un avion bombardé qui s’écrase en pleine mer. Toute trace d’humour, pourtant latent pendant plus d’une heure et demie, a disparue, et on n’entend plus que le bruit assourdissant d’un moteur défaillant …

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