Critiques de films Drame — 20 juin 2019
Critique : Attaque à Mumbai


Australie, , Etats-Unis : 2018
Titre original : Hotel Mumbai
Réalisation :
Scénario : , Anthony Maras
Interprètes : , Armie Hammer, ,
Distribution : TF1 Vidéo
Durée : 2h05
Genre : Drame
Date de sortie : 4 juillet 2019 (e-cinéma)

4/5

Avant Attaque à Mumbai, l’australo-grec Anthony Maras s’était fait connaître par 3 court-métrages très bien accueillis dans de nombreux festivals. Pour son premier long métrage, il a choisi de s’inspirer de faits réels, les attaques terroristes qui ont ensanglanté la ville de Mumbai (anciennement Bombay, jusqu’en 1995) en novembre 2008. Un film qui va sortir directement en e-cinéma.

Synopsis : Novembre 2008, une série d’attaques terroristes a lieu dans la ville de Mumbai. Durant trois jours, des hommes armés prennent d’assaut le légendaire Taj Mahal Palace Hôtel en retenant les clients et les employés qui s’y trouvent. Au milieu de ce chaos, le Chef du restaurant et un serveur vont risquer leur vie pour protéger leurs clients. Parmi eux, un couple va tout faire pour protéger leur nouveau-né. Alors que le monde entier découvre ces évènements tragiques, ce qui se déroule à l’intérieur dépasse l’inimaginable. L’histoire vraie des attaques terroristes qui se sont déroulées à Bombay en novembre 2008.

Une focalisation sur l’hôtel Taj Mahal

Du 26 au 29 novembre 2008, une série d’attaques terroristes islamistes a été organisée à Mumbai dans 9 lieux différents, causant la mort de 188 personnes, dont 9 des 10 assaillants, et blessant 312 personnes. Plus de 10 ans après les événements, il n’y a toujours pas de certitude absolue concernant l’organisation responsable même si le nom du mouvement islamiste pakistanais armé Lashkar-e-Toiba est celui qui revient le plus souvent. Quant au seul survivant parmi les 10 militants islamistes qui ont perpétré ces attentats, Ajmal Kasab, il a été jugé en Inde, condamné à mort le 6 mai 2010 et exécuté par pendaison le 21 novembre 2012.

A la différence d’un documentaire qui, sur un tel sujet, s’efforcerait de couvrir de façon égale l’ensemble des faits, sans en privilégier un plutôt qu’un autre, nous sommes ici dans une fiction et il faut qu’on puisse s’attacher à quelques personnages. C’est pourquoi le réalisateur, après avoir démarré son film par l’arrivée à Mumbai des 10 terroriste puis par la présentation des personnages clé du film, nous conduit très rapidement dans l’hôtel  Taj Mahal après une évocation très rapide des attentats qui se se sont déroulés dans la gare CST et dans le café Leopold. L’hôtel Taj Mahal : plus de 500 chambres, plus de 40 suites, 1000 clients, 500 employés, un établissement de prestige, une cible privilégiée pour les terroristes.

Une galerie de personnages

Dans le captivant Taj Mahal, sorti en 2015, Nicolas Saada avait déjà choisi l’hôtel Taj Mahal pour évoquer les attentats de 2008, en se focalisant sur ce qu’avait vécu une jeune fille de 18 ans, restée seule à l’hôtel au moment où vont se dérouler les attentats et qui arrivait à communiquer par téléphone avec son père sorti diner en ville. Tout aussi captivant, Attaque à Mumbai nous met en contact avec un plus grand nombre de personnages. Pour représenter les clients, Anthony Maras a choisi une famille (un couple, Zahra, une héritière anglo-iranienne, David Duncan, son mari, architecte, Cameron, leur fils, un bébé, et Sally, la nounou) et Vasili Gordetski, un homme d’affaires russe, ancien membre des forces spéciales de son pays, amateur de femmes et d’alcools. Un homme lucide, également : à quelqu’un qui dit « je prierai pour vous », il a la lucidité de rétorquer « ça suffit les prières, on voit où ça nous a menés » ! Pour représenter le personnel de l’hôtel, deux personnages se détachent : Hemant Oberoi, le chef de l’hôtel, un homme qui rappelle à ses troupes que le client est dieu, et Arjun, un serveur particulièrement attentionné faisant partie de la communauté sikh. A la fin du film, il est précisé que les employés de l’hôtel, restés pour sauver des clients, comptent pour moitié dans les victimes des attentats.

Et puis, bien sûr, il y a les terroristes, en permanence guidés dans leurs actions par des communications téléphoniques avec un chef ayant « The Bull » comme sobriquet. Ces terroristes, le réalisateur montre qu’ils ne sont pas tous totalement semblables quant à leurs motivations et aux scrupules qu’ils peuvent avoir : certes, au départ, un accès assuré au paradis semble tous les guider, certes, ils sont tous mus par le désir de tuer le plus grand nombre possible de celles et ceux qu’ils considèrent comme étant des infidèles mais, par exemple, il y en a un pour qui l’argent que recevra sa famille grâce à son action apparait plus important que tout le reste et un autre qui a des scrupules, malgré l’ordre reçu, à exécuter une femme qui, à ses pieds, récite une prière musulmane.

Une distribution très internationale

Dans une fiction basée sur des faits réels dont on connait tous plus ou moins la façon dont ils se sont déroulés ainsi que leur issue, il est difficile de ne pas être souvent prévisible. Et pourtant, Attaque à Mumbai arrive à tenir les spectateurs en haleine du début à la fin. Il faut dire que les forces spéciales indiennes, les seules capables de vraiment reprendre la situation en main, étant basées à Delhi, cela laisse le temps, avant qu’elles arrivent à Mumbai, pour que de nombreux événements, ayant réellement eu lieu ou pas, se déroulent dans l’hôtel Taj Mahal. La caméra de se montre d’une grande agilité, le montage donne beaucoup de rythme et Anthony Maras a choisi de ne pas transformer son film en film gore, sachant ne pas insister lourdement sur les massacres perpétrés : beaucoup sont montrés hors champ, ceux qui sont montrés l’étant avec une certaine retenue. De temps à autre, des images d’archive viennent intelligemment enrichir le propos.

C’est une distribution très internationale qu’a retenue Athony Maras. Inde, bien sûr, avec Dev Patel (Slumdog Millionaire, les deux Indian Palace, Lion) dans le rôle de Arjun et Anupam Kher, un pilier du cinéma de Bollywood, dans celui de Hemant Oberoi. Etats-Unis avec Armie Hammer (Call me by your name, The birth of a nation, …). Grande-Bretagne avec Jason Isaacs (Green Zone, …), Iran avec , Zahra dans le film, Australie avec , Sally, la nounou.

Conclusion

Pour son premier long métrage, le réalisateur australo-grec Anthony Maras a su très bien mener sa barque : un film plein de suspense, très bien monté, très bien interprété, un film qui a su éviter de sombrer dans le racolage alors que le sujet pouvait laisser craindre le pire. En fait, on n’a qu’un seul regret : que ce film, qui sera donc visible en e-cinéma, ne soit pas sorti en salles.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles