Critiques de films Drame — 15 mars 2018
Critique : Après la guerre


France, Italie : 2017
Titre original : Dopo la guerra
Réalisateur :
Scénario : Annarita Zambrano,
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 21 mars 2018


Note : 2/5

A 46 ans et après avoir tourné une dizaine de courts-métrages et un documentaire de 52 minutes, la réalisatrice Annarita Zambrano s’est attaquée, avec Après la guerre, à son premier long métrage, un film dans lequel elle souhaitait régler ses comptes avec l’Italie, le pays dont elle est originaire et qu’elle a quitté il y a plusieurs années pour venir s’établir à Paris. Après la guerre faisait partie de la sélection Un Certain regard lors du dernier Festival de Cannes.

 

Synopsis : Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France.
Marco, ex-militant d’extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande son extradition.
Obligé de prendre la fuite avec Viola, sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées


Inspiré par des faits réels

Pour entrer sans problème dans Après la guerre, il est bon d’avoir une certaine connaissance, fut elle minimale, de ce qu’on a appelé la « Doctrine Mitterrand » : la promesse verbale, prise en 1985 par le président de la République française François Mitterrand, de ne pas extrader les anciens terroristes italiens d’extrême gauche, même déjà condamnés dans leur pays d’origine, à condition, toutefois, qu’ils aient abandonné la lutte armée. En 2002, une recrudescence d’attentats perpétrés en Italie par un groupe revendiquant une continuité avec les Brigades Rouges ainsi que l’élection de Jacques Chirac ont entrainé l’abandon de cette promesse, la première extradition étant celle de Paolo Persichetti, Professeur de Sciences Politiques à Paris VIII, le 25 août 2002.

2002 : A Bologne, un professeur se fait abattre à la sortie du cours qu’il vient de donner. Nul besoin de chercher bien loin pour trouver quel fait réel a inspiré la réalisatrice : le 19 mars 2002, le juriste Marco Biagi a été assassiné devant chez lui à Bologne par un commando de terroristes appartenant aux nouvelles Brigades rouges. Conseiller économique auprès de Roberto Maroni, ministre du travail de Silvio Berlusconi, Marco Biagi était à l’origine d’une loi sur le travail qui portera son nom et qui visait à flexibiliser le marché de l’emploi. Dans le film, c’est un autre Marco qui va être soupçonné d’être à l’origine de l’attentat : accusé d’avoir commis un attentat contre un juge 20 ans auparavant, il vit en France avec Viola, sa fille de 16 ans, qui, elle, n’a jamais connu l’Italie. Sa mère, Marco ne l’a pas revue depuis 20 ans. Quant à Anna, sa sœur, elle est mariée à un juge de Bologne qui postule au poste de Procureur général. Si les soupçons se portent sur Marco, c’est parce que le groupe responsable de l’attentat a repris le nom de celui qu’il dirigeait 20 ans auparavant. 

Intéressant mais maladroit

Si le cinéma italien s’est souvent penché sur le terrorisme des années de plomb, plus rares sont les films qui ont pris le parti de s’intéresser à ce qui s’est passé ultérieurement pour des personnes directement impliquées dans cette période historique. Ayant été personnellement marquée par les conséquences de cette période troublée, Annarita Zambrano a fait ce choix et elle a opté, en se focalisant sur une famille, pour un traitement intime de ce sujet éminemment politique. En effet, les conséquences de l’attentat de Bologne ont un impact sur tous les membres de la famille de l’ex-terroriste : sur Marco bien sûr, obligé de prendre la fuite, avec des amis français qui cherchent à l’aider en le cachant dans une maison isolée en pleine forêt et une l’interview qu’une journaliste vient mener auprès de lui ; sur sa fille Viola, désespérée de voir sa vie basculer et qui se refuse à suivre son père au Nicaragua, le seul pays duquel son père ne serait pas extradé ; sur sa mère, menacée car considérée comme étant la mère d’un assassin ; sur sa sœur Anna et sur son mari, dont la carrière ne peut que pâtir de la situation.

Malheureusement, si son sujet est intéressant, Après la guerre se révèle très vite maladroit tant dans sa construction que dans sa mise en scène. On regrette surtout le côté artificiel de certaines scènes, telle celle de l’interview ou celle de la recherche par Marco des faux passeports jetés par Viola depuis la fenêtre de la voiture.

Refus de la figure romantique du terroriste italien

Ne comprenant pas le romantisme dont bénéficiait en France la figure du terroriste transalpin, beau ténébreux et sexuellement attirant,  Annarita Zambrano tenait à ce que l’interprète de Marco soit physiquement aux antipodes de ce cliché. Dans ce contexte, le choix de Giuseppe Battiston s’avère totalement judicieux, d’autant plus qu’il permet de donner un relief particulier à la relation père / fille qu’il entretient avec Viola, celle-ci, malgré son apparente fragilité, devant montrer d’autant plus de force pour s’opposer, malgré les risques encourus, à un homme aussi massif physiquement. Malgré sa très faible expérience en matière de jeu théâtral ou cinématographique, la jeune comédienne française Charlotte Cétaire se sort très bien de son premier rôle important au cinéma. Et c’est toujours avec plaisir qu’on retrouve qui interprète ici le rôle de la journaliste qui vient interviewer Marco.


Conclusion

Si le sujet traité par Annarita Zambrano est indubitablement intéressant, on peut regretter que la construction du film et sa mise en scène ne permettent pas à Après la guerre d’être à la hauteur de notre espérance : celle de retrouver la force du cinéma politique italien des années 60 et 70.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

(1) Reader Comment

  1. Avatar

    Un film librement inspiré…
    A la fin de la projection du film en avant-première à Seynod, nous avons eu la chance de rencontrer sa réalisatrice Annarita Zambrano et l’actrice du film interprétant Anna, où plutôt devrais je dire uniquement la réalisatrice, l’actrice ayant choisi la lutte clandestine contre…le sommeil ! Et sa ressemblance sur l’affiche du film nous embruma un peu…
    Le film aborde un sujet public, la fin de l’amnistie des terroristes italiens par la France (une décision pour beaucoup d’entre nous incompréhensible), dans la sphère du privé, et comprendre l’inverse provoquerait les foudres de la réalisatrice ! Le choix d’une fiction permet de pouvoir tout faire, et pourquoi pas même n’importe quoi, dans un cadre choisi préalablement. Pour faire bref c’est un film français qui parle de l’Italie : aucune référence à des évènements historiques, aucune idéologie ni même à un quelconque baratin et bien sûr aucune trace judiciaire.

    Le film est assez bien narré et filmé, en panoramique pour plus d’immersion dans la vie des personnages, mais à l’exception des gros plans du début sur l’adolescente que je juge déplacés et inutiles, avec quelques lenteurs dans le rythme, ponctué de quelques effets chocs non gores ! Les personnages ne sont pas trop superficiels, les acteurs s’investissent pleinement dans leur rôle, pour certains leur premier. La réalisatrice n’a pas choisi de prendre partie si bien que le juge, le beau-frère du terroriste (qui devient un art de créer des combles…) nous paraît aussi antipathique et terne que le criminel !
    Annarita Zambrano a fait un film, à défaut d’être surhumain, humain en laissant une empreinte féminine bon gré malgré elle. J’ai pu lui faire cette remarque à la sortie, elle m’a répondu : « Féminin ?!!…Allez il est tard nous devons partir… » Comme par exemple l’histoire d’amourette de adolescente était-elle nécessaire, ou n’étions nous pas déjà un peu pris par le temps ??!! En plus d’être à la fois humain, féminin, c’est un film intimiste. A travers le portrait qu’elle brosse de Viola, sûre d’elle, possédant un caractère bien trempé…fille de terroriste tout de même !, a un désir d’indépendance et surtout ne veut pas être écrasée par le père, tout comme la personnalité de la réalisatrice et scénariste : fille de juge qui n’a pas eu une personnalité écrasée en la voyant, est la première à faire un film sur cette période italienne post années de plomb, va donc à l’encontre des archétypes sur la famille italienne. Annarita est à l’image de son film.
    La réalisatrice a fait s’entrechoquer durant tout son film deux mondes antagonistes où leur substance est différente de ce que l’on pourrait penser au premier abord : un vaste espace libre en France où pourtant les protagonistes sont recherchés par la police, et un enferment moral en Italie dans un pays libre en apparence. Pour comprendre le choix de certaines scènes sous-jacentes du film, la lecture peut se faire à travers le prisme psychanalytique : lorsque la mère de la sœur du terroriste gronde sa fille fortement dans sa voiture, peut nous dire que l’épisode envers cette violence ou la violence est non bouclée, héréditaire et banale. Le complexe d’Œdipe mis progressivement en place serait le fil directeur du film aboutissant à son issu final et fatal : pour s’émanciper, avoir une nouvelle vie c’était le prix à payer pour Viola…

    En conclusion, nous restons sur notre faim car nous avons les mêmes interrogations qu’au départ : quelles peuvent être les solutions envisageables pour ces deux pays et les victimes, pourquoi dans le film le couperet de la justice ne peut tomber. A l’inverse on s’attarde sur des aspects de la vie de certains personnages nous éloignant du sujet traité, tout ceci traduisant en fait les faiblesses du scénario. Alors pour un film intimiste oui mais un rendez-vous manqué avec l’histoire.

    Dami

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