Comédie Critiques de films — 06 avril 2015
Critique : Cerise


France, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Jérôme Enrico et Irina Gontchar
Acteurs : , Jonathan Zaccaï, Tania Vuchkova,
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 1h31
Genre : Comédie
Date de sortie : 1er avril 2015

Note : 2,5/5

Oui, c’est bon, nous avons compris que Zoé Adjani est la nièce d’Isabelle et qu’elle ne souhaite pas transformer ce lien de parenté en avantage de népotisme. Que la campagne médiatique autour de la sortie du troisième long-métrage de Jérôme Enrico revient néanmoins sans cesse sur cette anecdote familiale en dit long sur la difficulté de vendre un film, dont le contexte historique est déjà caduc avant même que le public n’ait pu le découvrir. Car l’Ukraine telle qu’elle est décrite dans Cerise n’existe plus. L’Histoire a une fois de plus été plus rapide que les calendriers de production. Elle a réduit quasiment à néant l’opportunisme forcé de ce conte de la découverte d’une culture différente, dont ne subsiste dès lors qu’une peau de chagrin passablement charmante, à l’arrière-goût folklorique. Les clichés nostalgiques y vont en effet bon train, sans méchanceté, mais empreints du même vestige de condescendance occidentale qui avait déjà rendu Je vous trouve très beau de Isabelle Mergault un peu suspect.

Synopsis : Cerise n’a que quatorze ans, mais elle est déjà entrée de plein pied dans la crise de l’adolescence. Elle ne respecte plus rien, ni la loi puisque elle n’hésite pas à voler dans les magasins, ni sa mère Pascale qui désespère à force de devoir élever seule sa fille ingrate. La seule solution lui paraît alors d’envoyer Cerise chez son père Fred, qu’elle n’a pas vu depuis très longtemps. Celui-ci vit en Ukraine, où son poste de patron d’une boucherie lui confère un statut social assez prestigieux pour pouvoir séduire les plus belles femmes du pays. Autant dire que son style de vie ne l’a nullement préparé à assumer enfin son rôle de père. Heureusement pour Cerise, Nina, la vieille femme de ménage de Fred, lui fait découvrir les aspects plus plaisants d’un pays en pleine révolution.

Il n’y a pas de guerre en Ukraine

Quand le personnage principal de cette comédie gentillette débarque dans son pays d’exil, celui-ci a tout d’une république bananière, laissée à l’abandon par une modernité qui a élu domicile ailleurs. La plupart des décors urbains qui servent de toile de fond à l’intrigue colportent une image des pays de l’Est exclusivement valorisante aux yeux de ceux, qui considèrent que le temps doit se figer pour mieux attaquer par le délabrement et enrober par la poussière une nation au croisement d’intérêts européens divergents. Cette vétusté de l’âme et des édifices ukrainiens est tant soit peu relativisée par l’arrivée des événements sur la place Maïdan. Initialement conçu en dehors de toute considération historique, le projet du film a par conséquent dû s’adapter hâtivement à la nouvelle donne : en déplaçant le tournage en Bulgarie et en incluant l’éveil collectif de la conscience politique dans le cheminement personnel de Cerise vers une maturité relative. Hélas pour Jérôme Enrico et compagnie, l’élan démocratique a depuis été doublé par un sérieux conflit guerrier. Un assombrissement du tableau ukrainien dont le scénario pouvait difficilement tenir compte à une échéance si rapprochée. La question qui se pose par contre d’un point de vue filmique est alors la suivante : la prise de conscience de l’adolescente impossible manque-t-elle de conviction à cause des choses et des causes en suspension jusqu’à présent du côté de l’Ukraine ? Ou bien, son aspect superficiel et convenu est-il imputable à une volonté plus générale de créer simplement un divertissement consensuel ?

Je kiffe grave les films de Godard

L’emploi des poncifs les plus éculés se poursuit malheureusement lorsqu’il s’agit d’évoquer notre chère culture française, ainsi que sa perception à l’étranger. Le décalage indéniable qui existe entre la vieille France, celle de Napoléon, Zola et Robespierre, voire de Godard, Truffaut et Depardieu et l’état d’esprit de la jeune génération, qui considère les Galeries Lafayette et Marionnaud comme des monuments parisiens incontournables, n’est jamais exprimé d’une façon convaincante. Seule pendant la séquence onirique récurrente, au cours de laquelle Cerise s’imagine au centre d’un clip vidéo de Matt Dyser, le fantasme pour midinettes aussi fictif que caricatural, interprété par le séduisant Pierre Derenne, la narration ose goûter timidement à l’excès, soit-il de l’ordre du kitsch. Mais cette insolence n’est bien sûr que de courte durée, puisque le sosie ukrainien de l’homme rêvé est décrit comme un héros sans défaut et donc potentiellement ennuyeux. C’est de surcroît par sa faute que les velléités de rebelle de la part de Cerise se transforment en une forme de conformisme encore moins amusante que la précédente : à la gamine effrontée et inculte succède ainsi sans surprise la future intello engagée et valeureuse.

Conclusion

Il y a certes quelques bonnes intentions louables et de rares moments hilarants ou charmants dans cette comédie qui se veut populaire, mais qui reste en fin de compte tristement élitiste. Et ce n’est vraiment pas de chance d’avoir choisi au mauvais moment le pays européen soumis aux plus importantes secousses politiques et militaires de cette décennie-ci comme toile de fond pour une histoire à caractère a priori inoffensif. Cependant, le résultat final reste trop fade et prévisible pour nous séduire réellement.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles