Cannes 2014 : Maps to the stars

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États-Unis, Canada, France, Allemagne : 2014
Titre original : Maps to the stars
Réalisateur :
Scénario : Bruce Wagner
Acteurs : , ,
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h51
Genre : Drame
Date de sortie : 21 mai 2014

Note : 4/5

Drame burlesque iconoclaste sur les rêves illusoires des aspirants vedettes qui peuplent Hollywood de leurs carcasses ravagées, Maps to the stars est une charge magnifiquement drôle et cruelle contre les fausses gloires qui peuplent un monde où l’ubris est dans l’ADN de tous ses habitants.

Synopsis : A Hollywood, la ville des rêves où se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star, son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités, sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

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Havana Segrand (Julianne Moore) est une comédienne en perte de vitesse qui espère reprendre le rôle de sa mère Clarisse Taggart (Sarah Gadon) dans un remake d’un film tourné trente ans plus tôt. Prise dans un duel à travers les âges, Havana est désespérément en quête de sa gloire perdue et de celle de sa mère disparue atrocement. Double de Gloria Swanson/Norma Swanson qui se complaisait dans la sienne dans Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder. Maps to the stars pourrait être ainsi vu comme le troisième volet d’une trilogie (après Fedora, toujours de Wilder) où le rapport à la célébrité et au cinéma ne cesserait de glisser vers une représentation de la figure pathétique de l’Acteur encore plus marquée. Julianne Moore est atrocement brillante en éternelle fille de sa mère, malhonnête, inhumaine et ambitieuse. Malgré le sentiment d’horreur qu’elle dégage, elle est belle, admirable et trouve l’un de ses rôles les plus marquants, à l’égal de ses plus grandes performances dans Safe et Loin du paradis.

David Cronenberg dessine une satire cruelle et magnifiquement outrancière de l’usine à rêves qu’est Hollywood où les dents rayent un parquet meurtri jusqu’à l’os. Avec un humour au vitriol et des répliques cinglantes, il démonte les espoirs et les ambitions diffuses de personnalités ravagées par leurs fantômes. Les critiques touchent tout le monde, avec une belle collection de noms de célébrités moqués plus ou moins gentiment mais sans abus de caméos de vedettes dans leurs propres rôles. Celle de Carrie Fisher est savoureuse. Sans en révéler le contenu, rappelons que l’interprète de la princesse Leia est elle-même la fille d’une grande légende du 7ème art, Debbie Reynolds et l’auteur de Bons baisers de Hollywood, roman dans lequel elle raconte les relations conflictuelles entre une mère et une fille toutes deux actrices, même si elle dément tout lien avec sa propre histoire…

Le scénario multiplie les séquences hilarantes, pénibles, choquantes avec un art de la dérision salutaire. Bruce Wagner a écrit une partition d’une grande originalité dans son ensemble même si des éléments épars sembleront familiers aux cinéphiles et amateurs de potins.

Comme toujours, la sexualité des antihéros cronenbergiens est un élément majeur de caractérisation, sans limite d’âge et d’orientation. Les tabous sont brisés, l’inceste, la scatologie, les coucheries utiles pour la carrière, rien ne nous est épargné, sinon l’amour fleur bleue, à peine esquissé et détruit par la volonté d’une femme si cruelle qu’elle assume avec un sourire démoniaque de chanter Goodbye de Kristinia DeBarge lorsqu’elle apprend une bonne nouvelle pour elle, une moins bonne pour sa rivale dans un casting.

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Dans cette superbe galerie de freaks et autres monstres plus pervers les uns que les autres, la distribution est d’un très grand niveau. Olivia Williams est une mère à enfant vedette terrifiante, bien plus que ne l’était Anna Magnani dans Bellissima. John Cusack est son mari, un gourou et coach de vie, pas du tout à l’écoute de sa famille (avec de terribles répercussions) et incapable d’accepter la remise en cause de ses certitudes. Mia Wasikowska est doucement fragile avec ses séquelles physiques et morales insurmontables. Pour son plus grand bien, Robert Pattinson retrouve une nouvelle fois David Cronenberg, même s’il doit accepter de se retrouver dans une limousine de plus petit modèle que dans Cosmopolis. Le jeune Evan Bird, parfait, est atrocement crédible en hybride trop cynique, surtout pour son jeune âge, de Justin Bieber et Frankie Muniz (la série Malcolm).

Le récit glisse vers une mythologie d’aujourd’hui où les dieux vont punir ces atroces représentants d’un monde en perte de vitesse et pas de Noë miraculeux pour les racheter de leur ubris démesuré. Heureusement, Cronenberg n’est pas un moralisateur mais un caricaturiste avisé qui croque ses modèles en faisant ressortir l’horreur intérieure à l’air libre. Il joue avec les grandes références divines et fantasmagoriques, allant jusqu’à faire (avec ironie) de celle par qui le mal explose une fille tombée de Jupiter. Les esprits apparaissent soudain et entraînent les vivants en enfer, et l’on ne parle pas ici d’un monde sans narcotiques…

Résumé

Deuxième réalisateur canadien en compétition cette année après Atom Egoyan et avant Xavier Dolan, Cronenberg réalise une nouvelle grande œuvre qui devrait lui permettre d’obtenir bien plus que le modeste prix du jury récolté pour Crash en 1996. On ne peut que le souhaiter avec cette mosaïque féroce, mais une première certitude : Maps to the stars est l’un des moments forts de la compétition et gagnera à être revu pour en saisir les multiples strates, comme son lointain cousin, le Mulholland Drive de David Lynch…

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