Critique : Blood father

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Etats-Unis, 2015
Titre original : Blood father
Réalisateur : Jean-François Richet
Scénario : Peter Craig et Andrea Berloff, d’après un roman de Peter Craig
Acteurs : , Erin Moriarty, , William H. Macy
Distribution : SND
Durée : 1h28
Genre : Thriller / Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie : 31 août 2016

Note : 3/5

Mel Gibson revient de loin. De très, très loin. Le tsunami d’attention médiatique toxique qu’il a dû traverser – essentiellement par sa propre faute – pendant les années 2000 a anéanti ce qu’était jusque là une carrière brillante, qui avait fait de lui une des vedettes les plus appréciées du public international. Il est quasiment impossible de se remettre d’une telle chute vertigineuse, surtout pour une célébrité qui sent désormais le soufre et sur laquelle l’objectif des médias est par conséquent braqué en permanence. Si Gibson, l’homme, aussi illuminé soit-il, a probablement pris la mesure de cette disgrâce sans appel, l’acteur ne semblait guère empressé de réellement faire acte de pénitence. Aucun des trois films dans lesquels il avait tenu un rôle principal ces dernières années ne mettait en fait en question l’image plutôt proprette de l’acteur, un héros à l’ancienne qui n’a essentiellement rien à se reprocher. Si, un jour, il y a réellement matière à parler de renaissance pour Mel Gibson, il faudra plus qu’un film de genre aussi modestement solide que Blood father pour achever cette phase d’introspection salutaire. Néanmoins, l’acteur paraît enfin sur la bonne voie pour faire amende honorable auprès de la communauté hollywoodienne, à travers cette production indépendante d’un réalisateur français, plus que jamais à l’aise dans le maniement des codes des films de genre.

Synopsis : Ancien taulard et alcoolique, John Link n’a plus que deux ambitions dans la vie : rester sobre et éventuellement retrouver sa fille Lydia, disparue depuis qu’elle a fugué de chez sa mère. Contre toute attente, il reçoit un appel de détresse de Lydia, pourchassée par les sbires de son amant Jonah, un petit caïd de la mafia mexicaine, qu’elle croit avoir assassiné par accident. Alors que Link accueille avec une certaine réticence sa fille dans sa caravane misérable, par peur qu’elle le fasse replonger dans ses vieilles dépendances, le temps leur manque pour faire plus ample connaissance. Avec de redoutables tueurs à gages à leurs trousses, Link et Lydia devront remettre à plus tard le projet d’une vie de famille paisible.

Requiem pour une âme perdue

Blood father n’est ni plus, ni moins qu’une opération efficace d’expiation des fautes de son acteur principal. Mel Gibson n’y joue certes pas un rôle autobiographique, mais son personnage fait preuve d’un goût assez prononcé pour la flagellation pour y voir quelques parallèles probants. C’est un individu brisé, arrivé au bout du rouleau … et de la roulotte, qui tient compte de ses manquements du passé avec une amertume non feinte. Cette lucidité désabusée transparaît également dans l’interprétation de Gibson, aux traits tirés, à la barbe grisonnante et au regard embué propre à l’ancien ivrogne, qui sait pertinemment qu’il est trop tard pour faire marche arrière. Link a ainsi beau devenir au fil du récit un justicier redoutable, à chaque étape du périple, son passé peu glorieux se rappelle douloureusement à lui. Ce personnage crépusculaire sied comme un gant à son acteur en quête d’une deuxième chance, jusqu’à la conclusion grandiloquente, où le martyre reste la seule solution pour se racheter d’une façon crédible.

La vertu de la concision

Le deuxième film américain de Jean-François Richet, onze ans après Assaut sur le Central 13 qui est cité pas sans narcissisme ici, est sensiblement plus solide que le premier. Il s’agit au fond d’un film de genre sans fioritures, qui se permet accessoirement un ou deux commentaires sur les aspects les plus absurdes de la culture américaine – telle la possibilité d’acheter de la munition en abondance au supermarché sans présenter de pièce d’identité, pourtant nécessaire pour acquérir des cigarettes – mais qui se contente sinon de conter avec une modération formelle appréciable son histoire classique d’une chasse à l’homme. Les ressorts habituels du manichéisme n’y sont guère de mise, puisque les bons sont sans exception des êtres aux parcours particulièrement accidentés et que le méchant, interprété par un Diego Luna toujours aussi séduisant, ferait presque pitié avec ses déclarations d’amour puériles. Il n’empêche que la tenue globale du récit est des plus satisfaisantes, aussi parce que la narration ne donne point dans l’exagération héroïque, privilégiant davantage un rythme bref et sec pour enchaîner des coups de théâtre prévisibles, mais efficaces.

Conclusion

Le premier chapitre de l’épopée sur le grand retour de Mel Gibson peut être considéré comme un succès d’estime. Blood father n’a pas vraiment déplacé les foules en France et son impact sur le marché américain est encore plus anecdotique, car il n’y est sorti qu’en vidéo à la demande. Or, l’enjeu principal de cette offensive de charme de la part de la vedette d’antan est de rétablir petit à petit sa réputation en tant que valeur respectable et finalement fiable. On attend donc avec impatience le prochain verdict, qui aura lieu lors de la sortie de son nouveau film comme réalisateur, Tu ne tueras point, dans un mois environ.

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