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Français : 2011
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : , François D’Epenoux, et
Acteurs : , , ,
Distribution : StudioCanal
Durée : 1 h 30
Genre : Drame
Date de sortie : 13 juin 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

rejoint ici d’autres grands comédiens : Adjani, Depardieu, Villeret, Serrault, Gamblin, Dussolier, Balasko, Lhermitte, Auteuil, Darroussin, Dupontel, Gisèle Casadesus… Tous ont assuré (et certains plusieurs fois) des rôles principaux dans les réalisations de (en se limitant à la période 1983 et après), et l’on s’épuiserait à « lister » les interprètes des « seconds rôles », tous talentueux, et souvent très connus (Galabru, Cluzet, Magimel, Suzanne Flon…. et ). est d’abord un metteur en scène d’acteurs, qu’il aime et qui le lui rendent bien (pour le plus grand plaisir des spectateurs).

Synopsis :

Il a la bonne soixantaine, une conjugalité sans histoires, deux grands enfants charmants (et déjà deux petites filles adorables et éveillées), une maison agréable et une vie matérielle sans soucis (artiste réputé, il vit sur ses acquis, ne peignant plus depuis des lunes). Mais (Paul) « Taillandier » n’a plus de goût à rien, ce qui justement a tari son inspiration. Un matin n’y tenant plus, il part en pèlerinage dans le Marais poitevin, avec l’idée d’en finir en vue de la pension de famille où il a appris à dessiner avec sa grand-mère. N’y réussissant pas, il poursuit sa route vers l’île d’Oléron, et rencontre  Marylou, 15 ans, qui vient d’être chassée de chez elle par sa mère sous influence et un beau-père peloteur. Le dépressif et la gamine sans toit vont passer ensemble quelques jours décisifs pour l’un et l’autre, avant qu’un sinistre fait divers ne fasse rentrer le peintre au bercail, transformé en lieu d’accueil temporaire pour la jeune fille.

Une histoire simple.

porte ici à l’écran un roman (comme toujours, sauf pour « Elisa ») – un livre homonyme d’Eric Holder (écrivain déjà adapté au cinéma, par exemple en 2009 : «  Mademoiselle Chambon », le 4ème « long » de Stéphane Brizé) et en (co)assure comme souvent l’adaptation (et même le dialogue) – avec les romanciers François d’Epenoux (dont c’était l’œuvre qui était adaptée avec « Deux jours à tuer », alors par Eric Assous et Jérôme Beaujour) et (l’auteur du livre « La Tête en friche » !). Le cinéaste s’est trouvé en connivence avec l’univers de Holder, dont son fils lui conseillait la découverte avec «  », l’écrivain s’attachant avec délicatesse et poésie aux histoires modestes, aux sentiments « ordinaires » qui ont aussi sa faveur  (même si voulant réaliser une histoire « optimiste et lumineuse », il a dû pour ce faire réorienter la trame scénaristique vers un exposé minutieux, au jour le jour, de l’évolution vers plus de légèreté des deux personnages principaux, au départ l’un comme l’autre très « chargés », très « noirs » : un suicidaire et une ado abandonnée à elle-même).

Dans «  » selon , on ne peut aussi s’empêcher de noter au passage des familiarités avec ses films précédents : encore un peintre (comme le « Dupinceau » de « Dialogue avec mon jardinier »), mal dans sa peau (voir « Deux Jours à tuer »), en position de  « Pygmalion » (comme « Margeritte » – et oui, avec deux « t », elle y tenait – ouvrant un « Germain » illettré à la magie de la lecture dans « La Tête en friche »), avec une « Galatée » ado déboussolée (comme « Elisa »). On peut même tenter un parallèle avec les pêcheurs des « Enfants du Marais » (« Taillandier » est pêcheur, transite par le Marais..) sans oublier le moment où Marylou (un titre de chanson comme « Elisa ») regarde à la télévision « L’Eté meurtrier » (un douloureux passage où « Elle » tente de communiquer avec sa mère battue et ne peut que l’étreindre) – prémonitoire du drame qui va bientôt concerner la jeune fille……

Marylou, « comme dans la chanson », et Taillandier, « comme dans l’annuaire », sont sur la route.

 La « pauvre » et le « riche ». La jeune fille et le vieux monsieur. Opposés (ou complémentaires ?).  Où d’aucuns auraient espéré une amourette coquine façon « Galettes de Pont-Aven » entre le vieux portraitiste et la lolita, c’est d’amour filial qu’il est ici question : Marylou n’a pas de père (seulement des « beaux-pères », dont le dernier en date bat sa mère et essaie de l’abuser), et Taillandier des grands enfants (et deux petites-filles encore enfants). Pas de « Femme et le Pantin », mais une chaste version plutôt du « Pygmalion » de Shaw (et où l’artiste a finalement autant à gagner que son modèle).

Des leçons d’évidence, un peu oubliées aujourd’hui (voire méprisées) : transmettre est un devoir et un plaisir, comme être enseigné de l’expérience des aînés à l’autre bout – les générations différentes, même éloignées en termes d’années, ont grand agrément à tirer les unes des autres. Les 2 ici s’enrichissent mutuellement : l’ado se construit affectivement (et intellectuellement aussi), quand l’artiste sclérosé (dont le travail antérieur : peindre toujours la même femme, avec ou sans chapeau, accoudée face à la mer, avait atteint son terme depuis longtemps) renaît à son contact vivifiant en retrouvant envie et inspiration. Chacun fait un pas vers l’autre, déjà pour se comprendre (les codes et le langage sont différents), et puis pour apprendre (l’effet « courte échelle »). Chesnais/Lambert : un couple « père/fille » qui fonctionne (Chesnais joue avec jubilation sur ses trois registres de fond habituels : taciturne, bougon mais aussi léger, et la débutante a des faux airs d’Adjani au même âge, en plus poupin et sans yeux bleus). On ne saurait par ailleurs trop louer le soin apporté aux seconds rôles (le sculpteur confident Max/Weber et l’épouse/) et même aux rôles de complément  (boucher, armurier, réceptionniste, serveur etc.) « croqués » avec pertinence.

« Becker » : un nom et du talent.

Après Jacques, le réalisateur d’«Antoine et Antoinette » (récompensé en 1947 à Cannes, par l’équivalent de la Palme d’Or – le « Grand Prix du festival International du Film »), de « Casque d’Or », « Touchez pas au grisbi », « Le Trou », disparu prématurément à l’âge de 53 ans alors qu’il montait ce dernier, ses fils Jean (qui a aujourd’hui 79 ans) et Etienne, directeur de la photographie (qui aura collaboré avec son frère sur « L’Eté meurtrier » et « Elisa »). Louis, le fils de Jean, également acteur et réalisateur (« Les Papas du Dimanche »), est surtout producteur (et celui des films de son père depuis « Effroyables Jardins », en 2003). Le sang des Becker coule aussi dans les veines d’Aurélie et Thibault Vaneck, les « Ninon » et « Nathan » de « Plus Belle la Vie », via une de leurs grand-mères, Sophie, fille de Jacques et sœur de Jean et Etienne, veuve de Pierre Vaneck (lequel joua notamment dans le « Deux Jours à tuer » réalisé par son beau-frère en 2008 – son dernier rôle). On peut même rappeler que Françoise Fabian fut la deuxième épouse de Jacques Becker (et sa veuve, en 1960) – elle a le même âge que son ancien beau-fils. Une belle famille du cinéma français !

 «  » est le 9ème film de la « deuxième période » de , débutée avec « L’Eté meurtrier » (à ce jour son plus beau succès) en 1983, qui rompait avec  17 ans d’inactivité – il avait réalisé 4 premiers films de 1961 à 1966 (2 polars et 2 comédies, avec Belmondo en vedette dans 3 sur 4 d’ailleurs) et la série à succès « Les Saintes Chéries » pour la télévision en 1965.

Comme son père Jacques, , c’est la vérité, la simplicité et la clarté, la pudeur et l’élégance. Ni racolage, ni vulgarité. Volontiers « rural » et nostalgique. Un réalisateur « classique ». Le « boboland » déteste déjà «  » : « pépère », « désuet », « bien-pensant » etc. (pensez un peu : même pas un ou deux vrais « cassos » à se mettre sous la dent – Marylou, qui habite en HLM défraîchie, qu’on regrette de ne pas visiter, paraît elle bien proprette – pas le moindre handicapé ou alcoolique ou drogué à l’horizon..). Gageons que ce «  » saura quand même trouver son public, même « poussiéreux », celui pour qui se voir conter dans les règles une histoire et en éprouver de l’émotion semble être l’essentiel.  Aucun des films de n’a fait depuis 1983 moins de 1 million d’entrées (les meilleurs scores étant pour « Elisa », « Les Enfants du Marais » et « Un Crime au Paradis », tous trois au-dessus des 2 millions, sans oublier les 5 millions dépassés de « L’Eté meurtrier »).

Comme son père (dont il a été l’assistant sur plusieurs films, dont « Le Trou », avant d’être celui de Duvivier et Verneuil) le réalisateur met un point d’honneur à être un auteur complet, qui écrit (ou au moins contrôle) son scénario et ses dialogues, ainsi que son montage (il travaille toujours à cet égard depuis 1983 avec Jacques Witta, « césarisé » deux fois, et d’abord pour «L’Eté meurtrier »). Direction d’acteurs très fine : s’il ne joue pas sur l’improvisation, il part à la quête du moindre « tressaillement d’âme » chez ses acteurs, pour rendre au maximum justice aux caractères élaborés  sur le papier – à la recherche de l’appropriation des personnages, bien plus qu’à leur simple interprétation. Mise en scène au cordeau. De la « belle ouvrage ». Quelques qualités, semble-t-il….

Résumé

Un joli passage de témoin entre un « senior » qui y trouve matière à se reconstruire et une  « junior » qui y acquiert les armes pour se construire,  grâce à une rencontre « improbable » entre deux personnalités attachantes, bien servies par des interprètes idéaux (le chevronné Chesnais et le tendron Lambert) et une mise en scène ennemie du tape à l’œil, sans « message » pseudo « auteuriste », mais sachant « simplement » (mais n’est-ce pas essentiel ?) traiter l’humain à son meilleur.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=n-iA4GJQBgQ[/youtube]

 

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