Critique : American Nightmare 3 Elections

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American Nightmare 3 Elections

Etats-Unis, 2016
Titre original : The Purge Election Year
Réalisateur : James DeMonaco
Scénario : James DeMonaco
Acteurs : Frank Grillo, Elizabeth Mitchell, Mykelti Williamson
Distribution : Universal Pictures International
Durée : 1h49
Genre : Anticipation / Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie : 20 juillet 2016

Note : 3/5

Les Américains ne s’intéressent pas vraiment à la politique. Tout ce qui leur importe, c’est le cirque médiatique qui se déchaîne tous les quatre ans, pendant quelques mois, voire plus d’un an, et à l’issue duquel ils élisent leur président selon un mode de scrutin vaguement démocratique. Pendant cette période d’attention accrue et au moins partiellement tachée d’hypocrisie, les deux camps à travers lesquels se polarise la société américaine s’affrontent dans une sorte de guerre verbale, qui ne fait preuve d’aucune courtoisie et dont le débat de fond est entièrement absent. En somme, la saison des élections présidentielles – comme par hasard en cours actuellement – s’apparente à une guerre civile larvée sur une scène médiatique qui a trouvé des formes d’affrontement moins barbares que dans le passé, mais pas forcément moins impitoyables. Pour son troisième film, l’univers de American Nightmare, basé justement sur une violence exacerbée, quoique réduite à un laps de temps restreint, profite de ce contexte chargé en antagonismes exagérés avec un certain pragmatisme. Il en résulte un conte de survie tout à fait efficace, qui exprime les incohérences graves de la civilisation américaine, sans pour autant les dénoncer avec véhémence.

Synopsis : Deux mois avant les prochaines élections présidentielles a lieu la traditionnelle nuit de purge aux Etats-Unis, douze heures pendant lesquelles tous les crimes seront permis. La candidate indépendante, la sénatrice Charlie Roan, donnée gagnante d’une courte tête dans les sondages, est fermement opposée à cette pratique, dont toute sa famille était tombée victime un quart de siècle plus tôt. Le pouvoir en place annonce que, contrairement aux années précédentes, aucun dignitaire ne bénéficiera cette fois-ci de droits de protection particuliers. Dès lors une cible idéale pour tous les défenseurs du système de la tuerie récréative annuelle, la politicienne refuse pourtant de se mettre à l’abri. Elle passera la nuit fatidique chez elle, entourée de l’équipe de son fidèle garde du corps Leo Barnes. En même temps, le gérant d’une épicerie Joe Dixon prend position à l’extérieur de son magasin, dont il ne peut plus payer les frais d’assurance exorbitants pour cette nuit cauchemardesque.

Purger les Etats-Unis

American Nightmare 3 Elections tangue avec une certaine désinvolture entre les deux extrêmes du chaos total d’un côté et du maintien d’un statu quo autoritaire de l’autre. Il en résulte une sorte de schizophrénie narrative, un élan de désirs mutuellement exclusifs de choquer le spectateur avec son consentement, tout en le faisant croire encore à l’idéal de l’alternance politique qui promet des lendemains meilleurs. Car le fond de commerce de cette série de films, pas plus ingénieuse ou dégoûtante qu’une autre, est d’abolir tous les repères rassurants de la société américaine, pour mieux les rétablir une fois que la vague de l’horreur est passée. Bien qu’elle fonctionne globalement dans le contexte restreint d’un film de genre, cette prémisse nous a toujours paru illusoire, à cause de ce retour à l’ordre hautement improbable. Si les irruptions de violence ont certes suivi des mouvements cycliques au fil de l’Histoire, le reflux ne devrait en effet pas être plus facile à programmer que leur avènement. Dans la vie réelle, c’est davantage le pouvoir usant des excès de violence ponctuels qui met l’état d’esprit collectif des Américains à genoux, plutôt qu’un pic de meurtres délimité dans le temps. Or, dans un cas comme dans l’autre, le résultat est essentiellement le même : le rêve américain, si beau et si valeureux à condition d’être compris d’une façon abstraite, se paye au prix fort d’une violence aveugle, qui crache les enfants illégitimes de la nation au profit de ceux qui possèdent déjà tout.

Les viscères du mythe américain

Ces considérations théoriques, le film de James DeMonaco les alimente au mieux indirectement. Il s’emploie avant tout à faire avancer l’intrigue selon le mode opératoire jadis mis au point par les films de George A. Romero et de John Carpenter dans les années 1970 et ’80. Tel un conte de survie qui se respecte, American Nightmare 3 Elections n’a guère tendance à s’arrêter, passant d’un guet-apens au suivant et n’aménageant aucune zone de répit, ni aux personnages à la charge héroïque caricaturale, ni au spectateur qui se laisse prendre au jeu, même s’il en connaît d’emblée l’issue. Par sa facture classique et efficace, cette ode à la solidarité, cruciale surtout dans les moments d’un désespoir profond, a presque quelque chose de rassurant, sous réserve de cette erreur de conception initiale mentionnée plus haut. Il s’agit en somme d’une bonne série B, portée comme dans le bon vieux temps par des acteurs qui n’ont jamais réussi de fréquenter des sphères filmiques plus prestigieuses : Frank Grillo, Elizabeth Mitchell et Mykelti Williamson. Au moins à ce niveau-là, le film séduit par une jolie cohérence, qui risque par contre d’être parfois plus ténue, comme par exemple lors de l’affrontement final aux poings parce que les deux adversaires ont volontairement jeté leurs armes. Il est tout de même difficile de prendre au sérieux pareil détail ridicule, lorsque le carnage qui a précédé à cette séquence n’était nullement tatillon.

Conclusion

Même sans avoir vu les deux premiers films de la série, vous pourriez apprécier à sa juste valeur American Nightmare 3 Elections, c’est-à-dire comme un film de genre qui croit en son histoire abracadabrante tout en sachant faire disparaître ses imperfections flagrantes derrière un écran de fumée de bonnes paroles, d’actes héroïques, voire d’une violence gratuite qui rend son univers si curieusement problématique d’un point de vue idéologique. Le grand écart entre la mise en garde contre la violence et sa célébration déchaînée ne lui réussit certes que partiellement. Mais au moins il ose mettre avec moult précautions le peuple américain face à son obsession en fin de compte fatale du crime dépourvu de conséquences.

3 Commentaires

  1. Ayant vu les précédents films, je trouve que celui est tout aussi haletant. L’action est au rendez-vous toujours dans un esprit démesuré comme les américains savent si bien le faire.

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