À voir en VOD : Toxic Cash

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Toxic Cash

États-Unis : 2021
Titre original : Body Brokers
Réalisation : John Swab
Scénario : John Swab
Acteurs : Jack Kilmer, Michael K. Williams, Frank Grillo
Distributeur : L’Atelier d’images
Durée : 1h52
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie VOD : 6 octobre 2021

Note : 3,5/5

Utah, jeune homme accro à l’héroïne, survit avec sa petite amie Opal en commettant des braquages pour survivre et se payer une nouvelle dose. Il fait la rencontre de l’énigmatique Wood, qui lui propose de l’aider, et le conduit dans un centre de désintoxication à Los Angeles. Alors qu’il débute sa cure, Utah découvre que le centre de désintoxication où il est traité n’a en réalité pas pour but d’aider les gens, mais de couvrir une fraude de plusieurs milliards de dollars. Il est alors entrainé dans cet engrenage criminel…

L’explosion de la VOD et l’effondrement du secteur de la vidéo physique n’ont pas forcément découragé les éditeurs français, qui semblent pour la plupart bien déterminés à ne pas renoncer à leur vocation première – celle de faire découvrir de nouveaux films aux cinéphiles. La principale difficulté de nos jours réside probablement dans le casse-tête du format de distribution : pour qu’un film ait droit à une sortie vidéo au format Blu-ray ou DVD, il faut qu’il puisse faire preuve d’un certain potentiel commercial, en appartenant par exemple à un genre bien déterminé (horreur, action, science-fiction…) ou en proposant en tête d’affiche des acteurs « bankables », ou des chouchous du public (Bruce Willis, Nicolas Cage, Milla Jovovich).

Le cinéma indépendant américain est-il ainsi dorénavant condamné à sortir en VOD uniquement ? La question peut en effet se poser, surtout dans le cas de films ne rentrant dans aucune « case » prédéterminée. Le cas de Toxic Cash nous le démontre clairement : la communication de L’Atelier d’Images autour du film évoque un « thriller choc », ce qu’il n’est pas du tout. Dans le même ordre d’idées, l’affiche choisie pour illustrer le long-métrage nous vend un polar en mode cool à la Guy Ritchie mettant en scène Frank Grillo ; il n’en est finalement rien – Frank Grillo doit avoir en tout et pour tout moins de dix minutes de présence à l’écran, même si son personnage est relativement important dans ce qui nous est raconté.

Pour autant, Toxic Cash est un film intéressant, et même assez réussi dans son genre : il parait juste difficilement « vendable » au grand public, ce qui implique une communication relativement biaisée pour réussir à attirer l’attention. Le film de John Swab est d’avantage une « chronique », mélangeant les genres, refusant la plus petite once de manichéisme et fonctionnant presque sur le modèle du film de « lanceur d’alerte ». Au cœur du film, on suivra la trajectoire du jeune Utah (Jack Kilmer), toxicomane bien décidé à arrêter la drogue, qui se retrouvera confronté au business des centres de désintoxication aux États-Unis, fonctionnant sur un système d’arnaques aux assurances et de corruption générant chaque année le détournement de plusieurs centaines de millions de dollars.

Ancien toxicomane, John Swab sait parfaitement de quoi il parle, et Toxic Cash expose les faits de la façon la plus radicale qui soit. Démontrant clairement qu’une poignée de cyniques exploitent les failles de l’Obamacare via des fraudes aux assurances orchestrées par les centres de désintox eux-mêmes, Toxic Cash révèle au spectateur que la toxicomanie est devenue une véritable poule aux œufs d’or pour une poignée de médecins, de thérapeutes et de sociétés pharmaceutiques, qui prospèrent non pas grâce à la guérison des patients, mais bel et bien grâce à la répétition de leurs séjours en cures. En bas de l’échelle de ce système quasi-mafieux, une poignée de recruteurs crapuleux pratiquent le courtage de patients, à la façon du personnage de Wood (Michael K. Williams), qui arpente les rues en quête de nouvelles âmes à « sauver » pour récolter toujours un peu plus d’argent facile.

A la fois scénariste et réalisateur, John Swab fait cependant le choix de s’éloigner du simple cinéma de lanceurs d’alerte en « romançant » un peu son récit, et en nous le faisant vivre de l’intérieur, à la façon de films tels que Thank You for Smoking ou Le Loup de Wall Street par exemple. Cela n’empêche en rien à Toxic Cash de mettre en évidence le système de « racket » autour des centres de désintox qui proposent aux toxicos des pots-de-vin pour leurs cures, tout en sachant pertinemment qu’ils remettront le couvert une fois sortis, et reviendront quelques semaines, dans une sorte de mouvement perpétuel de la défonce. Fascinant dans la façon dont il expose l’un après l’autre les rouages d’un système totalement pourri, Toxic Cash n’en oublie donc pas de nous proposer de vrais personnages, avec leur humanité, leurs failles et leurs faiblesses, même si l’identification au junkie au cœur du film ne fonctionne finalement que partiellement.

Pour autant, Toxic Cash atteint clairement son but, notamment lors des quelques séquences interrompant le récit qui permettent au personnage de Frank Grillo, directeur d’un centre, de nous expliquer que grâce à la réforme du système de protection sociale initiée par Obama en 2010, un établissement de désintox peut facturer environ 300.000 dollars par patient pour un séjour de 90 jours. Multipliez ce chiffre par 60 lits, occupés tout au long de l’année, et vous obtenez un chiffre d’affaires annuel tournant autour des 72 millions de dollars. Le système dénoncé par le film est ainsi tellement lucratif qu’il semble en réalité conçu pour ne pas fonctionner. Ainsi, il nous apprendra en voix off que le taux de réussite d’une cure de désintoxication est de 10%… D’où l’importance des « recruteurs », qui vont à la pêche aux toxicos en leur proposant une petite commission…

Et il ne s’agit là que d’une seule des différentes arnaques chapeautées par Frank Grillo et Michael K. Williams dans Toxic Cash, sous couvert de sauver des vies. Une des scènes du film montre ainsi Utah et Wood rassembler et payer des camions de toxicos pour leur faire faire des implants de Naltrexone, conçus pour bloquer les récepteurs d’opiacés – et facturés 60.000 dollars à l’acte. Il suffit dès lors de trouver un chirurgien véreux (ici interprété par Peter Greene) qui pourra assurer une vingtaine d’opérations par jour. Et il y a également, bien sûr, les recruteurs opérant dans différentes hotlines dédiées à la désintox…

Désespéré et finalement très noir, Toxic Cash met donc dos à dos deux visions profondément cyniques de la société, avec d’un côté les profits de ceux qui exploitent le système et la détresse des plus faibles, et de l’autre le cycle d’autodestruction sans fin du toxicomane. A ce titre, le final du film a de quoi faire froid dans le dos ; cependant, si John Swab maîtrise clairement son sujet d’un point de vue politique, il n’en évite pas par moments quelques faiblesses dramatiques, notamment dans son dernier tiers, qui appuie de façon un peu trop évidente sur les ramifications quasi-mafieuses de ces sociétés utilisant les failles du système. Pour autant, le film nous propose une représentation précise de la dépendance et du business tournant autour de la notion de « traitement ».

On notera par ailleurs que les acteurs sont assez remarquables. Frank Grillo est comme à son habitude à la fois cool et profondément inquiétant. Le regretté Michael K. Williams, surtout connu pour avoir incarné Omar dans The Wire entre 2002 et 2008, apporte également au film tout son talent ; le fait qu’il été retrouvé mort le mois dernier d’une overdose apporte d’ailleurs à Toxic Cash un macabre sentiment d’authenticité supplémentaire. On notera aussi les prestations tout en nuances de Melissa Leo et de Jessica Rothe, l’actrice principale de Happy Birthdead.

Toxic Cash est disponible en VOD à l’acte et en téléchargement définitif sur les plate-formes de Vidéo à la demande Orange, Itunes, Microsoft, GooglePlay et Rakuten.

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