À voir en VOD : Polaroid / Souriez, appuyez… mourez !

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États-Unis, Norvège : 2019
Titre original : –
Réalisation : Lars Klevberg
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h28
Genre : Fantastique
Date de sortie VOD : 8 juin 2021

Note : 3,5/5

Après avoir réalisé des photos avec un vieux qu’elle a trouvé, Bird Fitcher se rend rapidement compte que quelque chose cloche… En effet, les personnes sur les clichés semblent toutes rencontrer un destin funeste…

Objets tueurs

Il existe une tradition dans le cinéma fantastique contemporain qui tend à mettre sur le devant de la scène un objet du quotidien aux vertus maléfiques. L’idée, aussi simple qu’amusante sur le papier, est de prêter vie à des objets inanimés, généralement décrits comme des objets « maudits », ou possédés par une entité maléfique. Les exemples sont nombreux : on recense ainsi pas mal de poupées, mais aussi des livres, jeux de société ou jeux vidéo, VHS, boites à musique, ordinateurs et sites Internet, téléphones, bijoux, meubles, tableaux, instruments de musiques, miroirs, masques, vêtements, ou encore véhicules – voitures, camions… Tous animés de mauvaises intentions ; avides de vengeance ou ouvrant la voie vers l’au-delà. Les époux Warren en ont d’ailleurs une pièce pleine, chaque objet attendant sagement son tour pour être le sujet d’un nouveau film.

La tendance ne date pas d’aujourd’hui, et certains objets au centre de films produits il y a quelques années peuvent prêter à sourire par leur incongruité : on pense par exemple à Death bed : The bed that eats (George Barry, 1977), qui mettait en scène un « lit de la mort », à Killer Sofa (Bernardo Rao, 2019) et à son fauteuil maléfique, à The refrigerator – L’attaque du frigo tueur (Nicholas Jacobs, 1991) ou encore à Pisspot from hell (Enrico Palazzo, 1984) et son pot de chambre qui noyait ses victimes dans des litres de pipi.

L’idée développée par est donc celle d’un appareil photo tueur – vous admettrez qu’en regard des quelques exemples ci-dessus, cette dernière ne parait finalement pas si absurde. Elle a de plus l’avantage de confronter la jeune génération au cœur du film (la génération « réseaux sociaux », de l’immédiateté, où tout va très vite) à une technologie obsolète dont ils ne comprennent pas la lenteur. D’une façon assez amusante, la lenteur du SX-70 au cœur du film pourra être mise en parallèle avec le temps qui fut nécessaire pour que traverse enfin l’Atlantique.

Il était temps

Comme Andrés Muschietti ou David F. Sandberg avant lui, le norvégien Lars Klevberg a été remarqué par les studios en 2015, par le biais d’un court-métrage horrifique, également appelé , ayant fait le « buzz » sur Internet. Dimension Films (filiale de The Weinstein Company) lui propose donc d’adapter sous la forme d’un long-métrage ; le film sera tourné en 2017, mais la sortie de serait régulièrement repoussée jusqu’à la faillite de The Weinstein Company. Le film sortirait finalement aux Etats-Unis à l’automne 2019, avant d’être confié aux bons soins de Netflix l’année suivante.

A l’international, il faudrait attendre encore un peu avant de découvrir , l’attente se prolongeant d’ailleurs tellement qu’en France, on a finalement eu l’opportunité de voir le deuxième film de Lars Klevberg – le très sympathique Child’s play : La poupée du mal – bien avant de pouvoir se plonger dans son premier long-métrage. Un premier long en « rodage », à l’occasion duquel le cinéaste semble avoir décidé de tout miser sur l’image et la mise en scène, comme s’il était conscient des limites intrinsèques de son script.

Des expérimentations formelles intéressantes

n’a en effet aucunement vocation à révolutionner le genre. Le film est en effet un film d’horreur assez prévisible et de frayeurs en pilotage automatique ; pas la moindre surprise n’est à prévoir, et les personnages ne parviennent jamais réellement à « exister » à l’écran. La jeune héroïne mal dans sa peau cachant un lourd traumatisme et en pinçant en secret pour le beau gosse du lycée, la copine délurée, le petit couple en vogue sur les réseaux, les adultes inexistants ou presque. Les cinéphiles les plus chevronnés au cinéma de genre ont l’habitude de ces personnages-clichés, et le casting ne parvient malheureusement jamais à rendre les différents protagonistes du récit attachants.

Lars Klevberg lui-même semble n’éprouver aucun intérêt réel pour ses personnages, qui ne seront au final que des silhouettes, des coquilles vides, uniquement présentes à l’écran afin de lui permettre d’expérimenter ses effets et sa mise en scène, en utilisant au mieux le budget confortable lui ayant été alloué. Avec l’aide de son complice et compatriote Pål Ulvik Roksethn, déjà directeur de la photographie sur le court-métrage de 2015, Klevberg se laisse aller à un pur exercice formel, travaillant ses plans de terreur de façon méthodique, et utilisant au mieux la sublime photo de .

Mettant en scène une entité n’apparaissant que dans l’obscurité, le film jouera de façon extrêmement habile avec la notion de profondeur de champ. Le sens du cadre du cinéaste est remarquable, de même que sa propension à faire grimper la tension de façon élégante lors des scènes de flippe. Bien sûr, l’ensemble reste handicapé par le côté très prévisible des différentes apparitions de la créature. Ainsi, pour prendre un exemple, prenons cette scène centrée sur la mort du personnage nommé Avery () qui, à l’issue d’une fête organisée chez elle, décide de ranger les deux mannequins qui faisaient office de décoration dans le fond de sa pièce principale. On la voit se déplacer dans la pièce avec les deux silhouettes sombres en arrière-plan, puis elle quitte la pièce, et – ta-da ! – revient sur ses pas. Bien sûr, ce ne sont plus deux mais trois silhouettes que l’on devinera dans l’ombre. L’effet est certes téléphoné, mais la mise en forme est absolument parfaite.

Mais un script qui tourne à vide

Et tout le film sera à l’avenant : sans surprise, mais mis en scène avec de vraies idées quant aux axes de prise de vue et au placement de la caméra, qui dénotent d’un soin vraiment tout particulier apporté à l’image. Lars Klevberg n’a certes ni la personnalité ni le génie d’un James Wan, qui parvient quant à lui régulièrement à dépasser le statut du simple exercice de style pour emmener le spectateur avec lui. Cependant, il fait office d’élève appliqué, et il y a fort à parier pour qu’il parvienne un jour à se transcender, et à livrer au spectateur un pur et grand film de terreur.

En l’occurrence, le script et le concept même de ne s’y prêtaient pas réellement, puisque le film met en scène un appareil photo qui « marquera » ses victimes à venir : les personnages savent donc à l’avance qui sera le prochain sur la liste, ce qui tend, forcément, à annihiler toute notion de surprise. Une franchise telle que Destination finale avait su se montrer plus malicieuse, tout en partant du même point de départ : la mort y frappait les différents personnages dans un sens précis et déterminé à l’avance, mais en utilisant toutes sortes de stratagèmes, de plus en plus tordus au fur et à mesure que les films avançaient, d’ailleurs. Ce n’est pas le cas dans  : étant donné que l’entité meurtrière n’apparait que dans le noir, on sait finalement toujours à quel moment elle va frapper.

On peut donc sans peine affirmer que compte tenu de ce handicap de départ, Lars Klevberg s’en est plutôt bien tiré. Si imparfait soit-il, s’avère donc au final un honorable petit représentant du cinéma fantastique contemporain, ne cherchant ni à bouleverser les codes du genre ni à remettre en question l’approche PG-13 en mode « ado rebelle » qu’affichent la plupart de ces productions destinées à la jeunesse. Mais à défaut d’originalité, le film s’impose tout de même comme techniquement remarquable. Et les spectateurs les plus âgés seront ravis de retrouver à l’écran Mitch Pileggi (Shocker, X-Files) ainsi que , qui incarnait la mère de Laura Palmer dans la série Twin Peaks.

est disponible en VOD à l’acte et en téléchargement définitif sur les plateformes de Vidéo à la demande Orange et Canal VOD. Aucune sortie Blu-ray / DVD n’est annoncée pour le moment.

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