The Plague
États-Unis, Roumanie : 2025
Titre original : –
Réalisation : Charlie Polinger
Scénario : Charlie Polinger
Acteurs : Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h35
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie cinéma : 3 juin 2026
Date de sortie DVD/BR : 7 octobre 2026
Dans un camp d’été, la rumeur d’une peste se propage. Quand Ben refuse d’y croire, les frontières de la réalité se brouillent et un jeu impitoyable se déclenche entre les garçons…
Le film
[3,5/5]
Avec The Plague, Charlie Polinger s’intéresse moins à la peste qu’à ceux qui la fabriquent. Celle qui circule dans ce camp de water-polo perdu quelque part dans l’été 2003 n’est d’ailleurs jamais vraiment une maladie au sens traditionnel du terme. C’est une étiquette, une rumeur, une arme sociale que des gamins utilisent pour désigner celui qui ne correspond pas au moule. Ben, douze ans, débarque dans ce petit royaume aquatique avec la maladresse d’un garçon encore coincé entre l’enfance et ce monde masculin où il faut déjà apprendre à serrer les dents. Eli, lui, est l’exclu idéal. Trop différent, trop vulnérable, donc immédiatement suspect. The Plague raconte ainsi un coming of age particulièrement glauque, où grandir revient surtout à comprendre qu’un groupe peut transformer la cruauté en divertissement et le harcèlement en rite initiatique.
The Plague est souvent vendu comme un film d’horreur, probablement parce que la machine promotionnelle adore coller une petite étiquette « attention, ça fait peur » sur tout ce qui possède un adolescent traumatisé et trois gouttes de sueur froide. Pourtant, le fantastique reste ici volontairement ambigu. Charlie Polinger ne quitte quasiment jamais le réel, même lorsque la fameuse peste semble prendre corps. Le véritable monstre du film est beaucoup plus banal : c’est la mécanique du groupe, cette petite démocratie de cour de récréation qui fonctionne avec ses propres lois, ses bourreaux, ses témoins et ses lâches. Une poignée de garçons suffit à fabriquer une hiérarchie, et une hiérarchie suffit à fabriquer une victime. The Plague observe cette mécanique avec une précision parfois franchement inconfortable, sans transformer ses personnages en simples silhouettes de méchants de service.
Cette approche permet surtout à The Plague de renouer avec un certain cinéma « old school ». Le choix de situer l’action en 2003 semble parfois presque artificiel, tant cette date paraît surtout destinée à faire disparaître les téléphones portables et les réseaux sociaux de l’équation. Mais cette absence devient finalement intéressante : la violence doit circuler par les regards, les paroles, les gestes, les rumeurs. Pas de smartphone pour filmer l’humiliation, pas de notification pour rappeler qu’elle existe. Il reste les corps. Et justement, Steven Breckon les filme comme des territoires en pleine mutation, notamment dans les scènes aquatiques où les nageurs semblent se débattre dans une soupe de jeunesse inquiète. Le 35 mm ajoute à cette sensation une matière presque tactile, tandis que la musique de Johan Lenox, très fortement marquée par les sonorités 70’s, donne au film une patine étrange, comme si 2003 avait été retrouvé dans une vieille cassette VHS rangée derrière une chaudière.
The Plague évoque alors davantage certains films français des années 1970 qu’un énième exercice de body horror contemporain. La Meilleure Façon de marcher vient naturellement à l’esprit dans cette manière de raconter la masculinité, l’ambiguïté, le désir de conformité et la violence qui naît lorsqu’un garçon ne correspond pas aux attentes du groupe. Préparez vos mouchoirs n’est pas très loin non plus dans cette façon de regarder les adultes et les enfants depuis une zone morale particulièrement inconfortable. Mais Charlie Polinger n’atteint pas toujours la puissance de ces modèles. The Plague possède une vraie atmosphère, de belles idées de mise en scène et une capacité certaine à installer le malaise, mais son récit tourne parfois autour de son propre axe sans parvenir à lui donner toute l’ampleur espérée. Certaines répétitions finissent par transformer l’angoisse en rond-point narratif. Reste surtout la réussite d’un premier film qui sait où placer sa caméra et, plus important encore, où placer son malaise. The Plague n’est donc peut-être pas le grand film d’horreur annoncé par certaines bandes-annonces, mais il constitue un intéressant récit d’apprentissage, une fable sur la contamination sociale et une plongée assez troublante dans cet âge où l’on découvre que devenir adulte signifie parfois apprendre à ne pas devenir le pire de soi-même.
Le Blu-ray
[4/5]
L’édition Blu-ray de The Plague vient de pointer le bout de son nez sous les couleurs de Blaq Out. Côté image, le film profite particulièrement bien du passage en Blu-ray. Tourné en 35 mm, le film de Charlie Polinger possède une texture argentique qui participe pleinement à son identité visuelle : le grain reste perceptible sans venir parasiter les détails, les couleurs conservent une certaine densité et les scènes aquatiques bénéficient d’une belle profondeur. Les noirs savent rester suffisamment solides tandis que les éclairages plus diffus du camp conservent leur naturel. Le rendu n’a donc rien d’une image artificiellement clinique : cette matière légèrement organique colle parfaitement au parti pris rétro du film et à son esthétique volontairement décalée. Le disque ne cherche pas à lisser les aspérités du 35 mm et c’est tant mieux. Côté son, The Plague bénéficie de pistes françaises et anglaises en DTS-HD Master Audio 5.1, auxquelles s’ajoutent les deux versions en DTS-HD Master Audio 2.0. Le mixage multicanal donne évidemment davantage d’ampleur à la musique de Johan Lenox et aux ambiances du camp, avec une spatialisation particulièrement appréciable dans les scènes de water-polo et les séquences où les bruits environnants participent à l’installation du malaise. La VF comme la VO se montrent propres, équilibrées et suffisamment précises pour laisser respirer les dialogues comme la bande originale. Une proposition technique sérieuse et cohérente avec les ambitions du film.
Côté suppléments, on aura droit à un entretien avec Charlie Polinger (21 minutes). Le réalisateur y revient sur la genèse de The Plague, son envie de raconter l’adolescence masculine autrement que par le prisme habituel de la nostalgie ou de la comédie, ainsi que sur cette période particulièrement étrange qu’est l’entrée dans l’adolescence. L’entretien permet surtout de mieux comprendre pourquoi le film navigue volontairement entre drame psychologique, récit de coming of age et menace fantastique sans jamais basculer franchement dans l’horreur. Charlie Polinger évoque également ses choix de mise en scène et l’importance du cadre, des corps et de l’environnement aquatique dans la construction du malaise. Un entretien assez classique, mais intéressant, qui complète intelligemment le film sans chercher à lui coller des réponses définitives là où Charlie Polinger préfère conserver une part d’ambiguïté.





















