Planètes
France, Belgique : 2025
Titre original : –
Réalisation : Momoko Seto
Scénario : Mariette Désert, Alain Layrac, Momoko Seto
Acteurs : –
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h16
Genre : Animation
Date de sortie cinéma : 11 mars 2026
Date de sortie DVD/BR : 6 octobre 2026
Quatre graines de pissenlit rescapées d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre se trouvent projetées dans le cosmos. Après s’être échouées sur une planète inconnue, elles partent à la quête d’un sol propice à la survie de leur espèce…
Le film
[3,5/5]
Quatre graines de pissenlit, une Terre réduite en poussière nucléaire et une planète inconnue qui n’a manifestement pas reçu le mémo concernant l’accueil des nouveaux arrivants : voilà le drôle de petit monde de Planètes. Pour son premier long métrage, Momoko Seto transforme une poignée d’akènes en véritables personnages de cinéma et imagine une odyssée écologique aussi ambitieuse dans ses idées que minuscule dans son échelle. Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa ne parlent pas, ne possèdent ni super-pouvoirs ni arsenal futuriste, mais ils savent déjà l’essentiel : quand la maison brûle, il faut trouver un autre endroit où poser ses racines. Planètes commence ainsi comme un récit de science-fiction post-apocalyptique avant de bifurquer vers une fable sur la survie, l’exil et la capacité du vivant à repartir de presque rien. Un programme plutôt costaud pour quatre machins plumeux.
Planètes trouve justement sa singularité dans cette manière de regarder le monde depuis le ras du sol. Momoko Seto, qui a travaillé au CNRS et développé depuis plusieurs années une série de courts métrages autour du monde microscopique, mélange prises de vues réelles, macro, animation et timelapses pour fabriquer une planète qui paraît à la fois extraordinairement concrète et complètement extraterrestre. Une flaque devient un océan, une surface minérale se transforme en territoire hostile et la moindre bestiole prend les proportions d’un monstre de science-fiction. Le procédé n’est pas qu’un joli numéro de prestidigitation visuelle : il oblige à changer de perspective. Ce qui semblait insignifiant devient soudain gigantesque, organisé, vivant. Planètes rappelle ainsi que l’échelle est peut-être l’une des plus grandes illusions de l’être humain : une planète entière peut paraître immense, tandis qu’un simple grain de vie contient déjà tout un univers.
L’absence de dialogues pourrait laisser craindre une expérience aussi bavarde qu’un caillou, mais Planètes contourne brillamment le problème par le mouvement, le montage et surtout le travail sonore. La musique de Quentin Sirjacq et Nicolas Becker, accompagnée d’un sound design particulièrement inventif, donne une personnalité aux quatre protagonistes et transforme chaque déplacement en aventure sensorielle. Il faut voir ces petits survivants affronter le froid, les reliefs, la faune ou les phénomènes naturels avec une détermination presque désarmante : le film parle d’écologie sans transformer ses personnages en porte-parole à graines. Après l’apocalypse, il ne reste finalement qu’une question très simple : comment continuer ? Planètes y répond sans grand discours, par la solidarité, l’adaptation et cette obstination magnifique du vivant à chercher un endroit où pousser.
Et c’est peut-être là que Planètes devient le plus touchant. Derrière son apparente fantaisie expérimentale, le film raconte le déracinement, la peur de l’inconnu et la nécessité de recréer un monde lorsque l’ancien n’existe plus. Momoko Seto réussit surtout son passage du court au long sans diluer son univers : le film reste contemplatif, mais il sait accélérer quand la survie des akènes l’exige, et les quatre petits héros finissent par acquérir une vraie présence émotionnelle. Présenté à Cannes en 2025 et récompensé notamment par le prix FIPRESCI, Planètes possède cette qualité assez rare de pouvoir émerveiller les enfants tout en donnant aux adultes quelques raisons supplémentaires de regarder leurs chaussures avant de les écraser. Une jolie fable écologique, inventive et profondément optimiste, qui rappelle avec beaucoup de délicatesse que la vie n’a pas besoin d’être grande pour être terriblement résistante.
Le Blu-ray
[4/5]
Édité par Blaq Out, le Blu-ray de Planètes avait intérêt à ne pas se présenter avec une loupe cassée : l’univers de Momoko Seto réclame une image capable de restituer les innombrables détails de ses décors et la richesse de ses expérimentations visuelles. Bonne nouvelle, le disque fait globalement très bien le travail. L’image affiche une définition solide et une belle précision, même si certains effets numériques, incrustations et arrière-plans peuvent ponctuellement paraître moins détaillés que les prises de vues réelles. Les séquences en macro profitent particulièrement de la haute définition et permettent de profiter pleinement des textures, des reliefs et des minuscules détails qui constituent le terrain de jeu des quatre akènes. L’étalonnage se montre également convaincant, avec des couleurs riches sans tomber dans la peinture fluo et des contrastes suffisamment solides pour conserver une bonne lisibilité dans les passages plus sombres. Quelques limites inhérentes aux effets visuels sont donc perceptibles, mais elles appartiennent davantage à la fabrication même de Planètes qu’à la compression du disque. Côté son, Blaq Out propose les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0. Et là encore, Planètes a de quoi faire travailler les enceintes. Sans dialogues, la bande-son repose entièrement sur la musique de Quentin Sirjacq et Nicolas Becker ainsi que sur un sound design particulièrement fouillé. Le mixage multicanal s’avère d’une belle ampleur, avec une spatialisation généreuse et une dynamique appréciable, enveloppant littéralement le spectateur dans cet écosystème miniature. La piste stéréo se montre naturellement moins spectaculaire mais reste propre, équilibrée et parfaitement adaptée à un visionnage sans Home Cinema. Une édition techniquement sérieuse, donc, qui rend justice à l’étrangeté visuelle et sonore du film.
Pour les suppléments, on commencera par un entretien avec Momoko Seto (18 minutes), qui permet de revenir sur la genèse de Planètes, son travail autour du monde microscopique et la manière dont ses précédents courts métrages ont progressivement conduit à ce premier long métrage. Un bonus particulièrement intéressant pour comprendre la démarche d’une réalisatrice dont l’approche scientifique n’est jamais séparée de la recherche artistique. On continuera avec un making of (25 minutes), morceau de choix pour qui souhaite découvrir les coulisses de cette fabrication assez hors norme. Le module permet de mieux mesurer le travail nécessaire derrière les images du film, entre prises de vues macro, animation, effets visuels, création des décors et élaboration du design sonore. Il complète donc idéalement le film en montrant que derrière chaque petit déplacement de graine se cache une bonne quantité de gros travail humain. On terminera enfin avec Planet A (8 minutes), un court-métrage réalisé par Momoko Seto en 2008. Ce bonus est particulièrement pertinent puisqu’il permet de constater les prémices d’un univers artistique que la réalisatrice développera ensuite à travers sa série « Planet » qui mènerait finalement à Planètes. L’intérêt ne réside donc pas simplement dans la présence d’un court métrage supplémentaire : Planet A fonctionne comme une petite capsule temporelle permettant de mesurer le chemin parcouru par Momoko Seto. Au final, Blaq Out propose une section suppléments tout à fait cohérente, chaque bonus apportant quelque chose à la compréhension du film et de son étonnante fabrication.



















