Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : Le Silence qui tue

Test Blu-ray : Le Silence qui tue

0
91

Le Silence qui tue

États-Unis : 1979
Titre original : The Silent Scream
Réalisation : Denny Harris
Scénario : Jim Wheat, Ken Wheat, Wallace C. Bennett
Acteurs : Rebecca Balding, Cameron Mitchell, Barbara Steele
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h27
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 12 novembre 1980
Date de sortie DVD/BR : 23 septembre 2026

Arrivant en cours d’année, l’étudiante Scotty Parker s’installe dans la seule chambre disponible pour elle : dans une vieille maison située sur une colline. Mais l’un de ses colocataires est retrouvé atrocement mutilé…

Le film

[3,5/5]

Il faut commencer par le commencement, même si Le Silence qui tue semble avoir décidé très tôt que la logique était une option facultative. Le film de Denny Harris a d’abord été tourné en 1977, en à peine vingt-trois jours et avec un budget plutôt riquiqui, avant que son premier montage ne soit jugé suffisamment catastrophique pour être pratiquement condamné à l’oubli. Denny Harris fait alors appel aux frères Wheat, Jim et Ken de leurs prénoms, qui ne se contentent pas de bricoler trois raccords et de remettre une plante verte devant la caméra : le scénario est profondément remanié, une bonne partie du casting est remplacée et l’essentiel du film est retourné quelques mois plus tard. À l’arrivée, seule une petite portion des prises originales subsiste. Le Silence qui tue est donc un film rafistolé avec une telle détermination qu’il en devient presque fascinant : une créature cinématographique reconstruite sur la table d’opération, avec Barbara Steele, Yvonne De Carlo et Cameron Mitchell venus apporter quelques organes de prestige à un cadavre qui refusait obstinément de rester mort.

Cette histoire de fabrication pourrait n’être qu’une amusante curiosité de production si elle ne résonnait pas aussi étrangement avec ce que raconte Le Silence qui tue. Scotty Parker, étudiante fraîchement arrivée dans une grande demeure isolée, découvre progressivement que cette maison abrite autre chose que des colocataires un peu bizarres et des murs qui ont probablement des choses à raconter aux services de police. Les disparitions se succèdent, les soupçons se déplacent et l’espace domestique devient progressivement une sorte de piège mental. Difficile évidemment de ne pas penser à Psychose, surtout devant cette grande maison perchée, ses escaliers, ses chambres, ses secrets familiaux et cette sensation permanente que quelque chose observe depuis l’autre côté d’une porte. Alfred Hitchcock plane donc dans les couloirs, mais Le Silence qui tue ne cherche pas tout à fait à refaire Psychose. Il en récupère plutôt certains réflexes : l’architecture comme machine à fabriquer de la paranoïa, le foyer familial transformé en territoire hostile, et surtout l’idée que le décor peut devenir beaucoup plus inquiétant que le couteau lui-même.

Car Le Silence qui tue est moins intéressé par la débauche de meurtres que par la manière dont un lieu enferme progressivement ceux qui l’habitent. La maison des Engels possède quelque chose d’organique, de presque malade. La caméra de Michael D. Murphy et David Shore exploite intelligemment ses volumes, ses perspectives et ses zones d’ombre, tandis que la mise en scène de Denny Harris préfère souvent installer le doute plutôt que chercher l’effet de manche. Cette retenue rapproche parfois le film de certains thrillers horrifiques de la fin des années 1970, lorsque le slasher n’avait pas encore totalement transformé la peur en stand de charcuterie à la découpe. Halloween, Black Christmas ou même Tourist Trap appartiennent également à cette constellation où l’espace, l’attente et la vulnérabilité des personnages comptent presque autant que le tueur. Le Silence qui tue avance donc avec une démarche souvent un peu bancale, mais il possède cette qualité devenue rare : il laisse aux murs le temps de devenir suspects.

Le problème est que cette atmosphère ne s’accompagne pas toujours d’une mécanique narrative aussi affûtée. Le Silence qui tue possède des idées, des mystères, quelques figures inquiétantes et une vraie volonté de construire une ambiance, mais le scénario semble parfois chercher ses clés sous le tapis après les avoir laissées dans la serrure. Le passé familial, les rapports entre les personnages et les révélations successives forment un ensemble suffisamment intrigant pour maintenir l’attention, sans forcément provoquer les grands frissons promis par le titre. Il y a même quelque chose d’assez touchant dans cette volonté de raconter davantage qu’une simple histoire de victimes enfermées avec un assassin. Le film parle de famille, de secrets, de solitude, de traumatisme et de la manière dont un environnement peut fabriquer des individus étranges. Tout cela reste parfois esquissé, mais les esquisses ont leur charme lorsque le crayon tremble encore un peu.

Cette étrange fabrication finit d’ailleurs par donner au film une personnalité presque involontaire. Le Silence qui tue est un objet cinématographique qui parle de reconstruction tout en étant lui-même un film reconstruit. Ses raccords, ses différences de tonalité et cette impression que certains personnages appartiennent à une version parallèle du récit deviennent presque cohérents avec son sujet : chacun semble cacher quelque chose, y compris le film lui-même. La maison devient alors une sorte de mémoire trouée, pleine de pièces auxquelles il manque une porte. C’est imparfait, parfois maladroit, mais jamais complètement inintéressant. Et puis il y a Barbara Steele, silhouette naturellement gothique dans un cinéma qui n’a même pas besoin de lui demander de faire semblant, ainsi que Yvonne De Carlo, dont la présence apporte immédiatement une patine particulière à cette famille décidément peu recommandable.

Rebecca Balding tient quant à elle le premier rôle avec une énergie suffisamment naturelle pour rendre Scotty attachante sans en faire une héroïne invincible de slasher moderne. Cameron Mitchell et Avery Schreiber apportent une couleur plus décalée aux enquêteurs, tandis que Barbara Steele compose une présence inquiétante avec cette économie de gestes qui lui va si bien. Le Silence qui tue n’est donc pas forcément le grand oublié du cinéma d’horreur qu’il faudrait absolument exhumer avec trompettes et fanfare, mais certainement une curiosité méritant mieux que l’étiquette de simple succédané de Psychose. Son atmosphère, sa maison, son histoire de production complètement cabossée et son mélange de thriller, de mystère familial et de film d’horreur lui donnent une personnalité singulière. Le résultat reste un peu bancal sur ses jambes, certes, mais il avance. Et pour un film qui a été presque entièrement démonté puis remonté, c’est déjà une jolie victoire.

Le Blu-ray

[4/5]

ESC Films nous propose ce mois-ci de découvrir Le Silence qui tue dans sa collection « Slash’Edition », avec une édition limitée qui ne se contente pas de déposer le film sur un disque et de lui souhaiter bonne chance. Le Combo Blu-ray + DVD contient également un livret de 24 pages, et le tout est glissé dans un fourreau qui donne à l’ensemble une vraie allure de petite pièce de collection. Surtout, le film bénéficie d’un nouveau master issu d’un transfert 4K, complètement inédit en DVD et Blu-ray. Et sur un titre de 1979 comme Le Silence qui tue, ce travail constitue évidemment l’attraction principale. L’image conserve le grain argentique et la texture de son époque, avec une présentation qui permet de profiter plus franchement de la photographie et des nombreux détails de la vieille demeure. Les contrastes et les zones sombres sont particulièrement importants ici, puisque le film construit une bonne partie de sa tension sur les couloirs, les escaliers, les chambres et les recoins où quelque chose semble toujours pouvoir surgir. Le rendu reste donc respectueux de la matière originale sans chercher à transformer le film en démonstration numérique. Les deux pistes, française et originale, sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux mixages n’ont évidemment pas vocation à faire trembler les murs, mais ils remplissent parfaitement leur fonction, avec des dialogues propres et une restitution suffisamment précise de la musique et des ambiances. La VF comme la VO se montrent donc agréables à écouter, sans qu’il soit nécessaire de désigner une gagnante au petit concours du meilleur vieux mono. Une édition sérieuse, propre et particulièrement bienvenue pour un film dont le précédent destin technique n’avait rien d’une promenade de santé.

Les suppléments constituent toutefois le véritable morceau de bravoure de cette édition. On commencera avec un commentaire audio de Barbara Steele, modéré par l’historien David Del Valle (VOST). Del Valle ayant été l’agent de Barbara Steele à l’époque, l’échange prend rapidement la forme d’une conversation passionnante sur sa carrière, son arrivée sur Le Silence qui tue, son travail avec Mario Bava sur Le Masque du démon, l’expérience Dark Shadows, etc. L’actrice évoque également les raisons pour lesquelles elle n’a pas accepté le rôle de Morticia Addams dans la série originale La Famille Addams. Les anglophones confirmés pourront ensuite embrayer avec un commentaire audio de Jim Wheat, Ken Wheat et Rebecca Balding (VO), qui se montre davantage centré sur le film et surtout sur son incroyable fabrication : réécriture, remplacement du casting, scènes retournées, raccords entre des images tournées à plusieurs mois d’intervalle et astuces de production à très petit budget. On continuera ensuite avec un intéressant making of rétrospectif (41 minutes), qui revient plus spécifiquement sur cette opération de sauvetage, avec les frères Wheat et Rebecca Balding qui détaillent comment un projet considéré comme pratiquement irrécupérable fut transformé en film exploitable. Un module consacré au scénario original (10 minutes) permet ensuite de mesurer les différences entre la première mouture et celle finalement tournée, et un module dédié aux frères Wheat (12 minutes) élargit la discussion à leur carrière, de Pitch Black à The Faculty en passant par La Revanche de Freddy. Un court entretien avec Rebecca Balding (3 minutes) et la traditionnelle bande-annonce complètent cette somme de suppléments particulièrement généreuse, pour un film dont l’histoire de production constitue presque un film dans le film. Ci-dessous, quelques photos d’exploitation italiennes du film, qui ont la particularité d’être un peu fantaisistes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici