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Test DVD : Plus forts que le Diable

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Plus forts que le Diable

France, Belgique : 2025
Titre original : –
Réalisation : Graham Guit
Scénario : Graham Guit
Acteurs : Melvil Poupaud, Asia Argento, Marine Vacth
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h21
Genre : Comédie, Thriller
Date de sortie cinéma : 25 mars 2026
Date de sortie DVD : 20 août 2026

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d’absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n’a qu’à bien se tenir…

Le film

[3,5/5]

Il aura donc fallu attendre dix-sept ans pour revoir Graham Guit derrière la caméra d’un long métrage destiné au cinéma. Dix-sept ans depuis Hello Goodbye, autant dire une éternité à l’échelle d’une industrie où, pendant ce temps, trois générations de cinéastes peuvent apparaître, disparaître et revenir avec une série Netflix. Avec Plus forts que le Diable, Graham Guit revient pourtant avec une belle fidélité à ce qui faisait le sel de ses premiers films : le polar de pieds nickelés, avec ces types qui prennent systématiquement la mauvaise décision au pire moment et les existences qui semblent avoir été écrites par un scénariste ayant oublié de prévoir la sortie de secours. Et pour accompagner ce retour, le réalisateur retrouve le formidable Melvil Poupaud, déjà présent dans Le Ciel est à nous en 1997 puis dans Les Kidnappeurs en 1998. Le bonhomme n’a évidemment plus le même âge, mais il conserve cette faculté assez merveilleuse à passer de la distinction la plus impeccable à la déchéance la plus réjouissante sans donner l’impression de changer de métier.

Plus forts que le Diable installe ainsi Valentin, clochard céleste franchement cabossé, fauché, alcoolisé et guère préoccupé par les conséquences de ses actes, face à Joseph, son fils qu’il n’a pas vu depuis vingt ans. Le fils mène avec Alice une existence autrement plus rangée, confortable, très bobo, avec ce genre d’intérieur où chaque objet semble avoir été choisi après trois réunions et un comparatif sur Internet. Le problème, évidemment, c’est que papa revient avec ses mauvaises fréquentations et son aptitude surnaturelle à transformer une petite entourloupe en catastrophe industrielle. À partir de là, Plus forts que le Diable déroule son polar comme une pelote de laine passée dans les pattes d’un chat sous amphétamines. Le trafic humain, les criminels approximatifs, les retrouvailles familiales et les situations qui dégénèrent composent un petit théâtre de la lose où personne ne semble réellement capable de mesurer l’ampleur du désastre qui arrive.

Plus forts que le Diable possède surtout une hargne assez réjouissante. Graham Guit ne se contente pas de remettre en selle ses vieux pieds nickelés : il les lâche dans une époque contemporaine qu’il regarde avec une certaine mauvaise humeur. Le film tape joyeusement sur les bobos pseudo-engagés, les bonnes intentions et cette petite société propre sur elle qui préfère généralement ne pas regarder sous le tapis. Joseph et Alice représentent ce monde bien installé, raisonnable, propre et sécurisé, au cœur duquel Valentin vient apporter une dose de chaos dont personne n’avait commandé la livraison. Ce n’est pas d’une folle originalité, évidemment, et le film n’invente ni la satire sociale, ni le criminel minable, ni la comédie noire. Mais Plus forts que le Diable comprend très bien que le polar fonctionne souvent mieux lorsque les personnages ne sont pas seulement menacés par des méchants mais également par leur propre stupidité. Ici, chaque tentative de reprendre le contrôle ressemble à une poignée de porte qui reste dans la main.

Plus forts que le Diable doit aussi beaucoup à sa mise en scène, qui épouse ce joyeux désordre plutôt que de chercher à le domestiquer. Graham Guit s’amuse avec les ruptures de ton, la violence sèche, les accélérations soudaines et les situations suffisamment excessives pour faire basculer le thriller vers une forme de cartoon macabre. Le film est d’ailleurs structuré autour des différents jours d’une semaine, choix effectué au montage afin de donner une ossature à un récit qui part volontiers dans tous les sens. Ce procédé permet de transformer progressivement le quotidien en compte à rebours, chaque journée rapprochant un peu plus les personnages du point où la plaisanterie cesse définitivement d’en être une. Le réalisateur revendique par ailleurs des influences allant de Jean-Pierre Melville à Martin Scorsese, en passant par les frères Coen et les frères Safdie. Cela se sent, mais Plus forts que le Diable ne cherche pas particulièrement à dissimuler ses références : elles font partie du mobilier, au même titre que les armes, les magouilles et les très mauvaises idées.

Plus forts que le Diable est également intéressant lorsqu’il s’attaque à la question de la filiation. Sous ses dehors de polar foutraque, le film parle d’un père qui revient dans la vie de son fils avec tout ce qu’il représente de honte, de colère, de fascination et de danger. Valentin n’est pas exactement le père dont rêve un enfant ayant soigneusement construit sa petite existence. Il est même plutôt le genre de cadeau familial dont on se demande s’il faut l’ouvrir ou appeler directement les pompiers. Graham Guit a d’ailleurs expliqué que la relation au père constituait le cœur du projet et qu’une part autobiographique existait dans cette histoire. Le choix de Harpo Guit, fils du cinéaste, pour incarner Joseph ajoute forcément une résonance particulière à cette réflexion sur la famille et la transmission. Ce qui pourrait n’être qu’un ressort scénaristique devient alors une interrogation assez simple et plutôt juste : peut-on vraiment échapper à ce dont on est issu ?

Plus forts que le Diable ne cherche toutefois jamais à transformer cette question en traité sur la psychanalyse familiale. Le film préfère le sang, les emmerdes et les personnages qui prennent des décisions calamiteuses. Et c’est précisément là que sa dimension sociale fonctionne le mieux. Les personnages ne sont pas simplement séparés par leur niveau de vie : ils ne parlent pas le même langage, ne regardent pas le monde avec les mêmes yeux et ne semblent même pas avoir les mêmes règles du jeu. La violence qui surgit n’est donc pas seulement physique. Elle vient aussi du frottement entre des univers qui auraient probablement préféré ne jamais se rencontrer. Plus forts que le Diable transforme cette collision sociale en farce noire, avec cette idée finalement assez pessimiste que la bonne volonté ne protège absolument personne contre la catastrophe. Spoiler : ça finit mal. L’affiche ne ment pas, et pour une fois le marketing ne promet pas le soleil alors que le film vend la pluie.

La réussite de Plus forts que le Diable tient enfin à son casting, qui accepte sans rechigner de plonger dans cette mare de personnages douteux. Melvil Poupaud est particulièrement réjouissant en Valentin, mélange de minable magnifique, de père catastrophique et de survivant qui semble avoir raté toutes les portes mais réussi à entrer quand même. Asia Argento apporte à Mila une énergie dangereuse qui colle parfaitement au climat de polar déglingué, tandis que Marine Vacth trouve dans Alice une manière de ne pas réduire son personnage à la traditionnelle bourgeoise dépassée par les événements. Nahuel Pérez Biscayart, Raïka Hazanavicius, Julie Chen et Harpo Guit complètent une galerie de figures suffisamment décalées pour que Plus forts que le Diable conserve jusqu’au bout cette sensation de petit monde parallèle où chacun possède sa propre boussole, malheureusement réglée sur le nord magnétique d’une autre planète.

Plus forts que le Diable n’est donc certainement pas le retour qui révolutionnera le polar français. Le film recycle consciemment des figures connues, assume ses influences et pousse assez loin des mécanismes déjà largement éprouvés par le cinéma de genre. Mais après dix-sept années d’absence, Graham Guit revient avec un film qui lui ressemble, qui refuse la propreté et qui préfère le mauvais goût assumé à la comédie bien peignée. Cette hargne, cette violence burlesque et cette façon de regarder les petits conforts contemporains avec une envie presque enfantine de renverser la table donnent au film une personnalité qui fait parfois défaut à des productions autrement plus sages. Plus forts que le Diable n’est peut-être pas plus fort que le diable, mais il a au moins le mérite de lui marcher sur les pieds avant de prendre la fuite. Et vu l’état de la chaussure après pareil traitement, c’est déjà pas mal.

Le DVD

[4/5]

Édité par Blaq Out, le DVD de Plus forts que le Diable propose une copie au format 16/9 qui rend plutôt correctement justice au travail de Graham Guit. Tourné en Belgique et nourri par une esthétique volontairement peu glamour, le film n’a de toute façon pas besoin d’une image clinquante pour fonctionner. La définition est globalement satisfaisante, les détails suffisamment présents pour apprécier les décors, les visages et les nombreux petits éléments qui participent à cette ambiance de polar poisseux, tandis que les contrastes tiennent correctement la route. Quelques limites propres au support DVD se font sentir, notamment dans les zones sombres et sur certaines textures, mais rien qui vienne réellement saboter le visionnage. La compression reste relativement discrète et les couleurs conservent une belle cohérence, avec des tonalités qui accompagnent efficacement le glissement du quotidien vers le chaos. L’image aurait évidemment gagné à bénéficier d’une définition supérieure, mais le disque de Blaq Out remplit son contrat sans transformer le film en bouillie numérique. Le son se montre tout aussi sérieux, avec des mixages disponibles en Dolby Digital 5.1 et Dolby Digital 2.0 (stéréo). Le mixage multicanal apporte une ampleur appréciable aux ambiances et surtout aux passages plus violents, tandis que les dialogues restent parfaitement intelligibles. La musique et les effets bénéficient d’une spatialisation correcte sans chercher à faire trembler inutilement les murs. La version stéréo se révèle naturellement plus frontale, mais demeure propre et équilibrée. Une section technique sans feu d’artifice, donc, mais cohérente avec un DVD qui privilégie l’efficacité à la démonstration.

Du côté des suppléments, Blaq Out joue la carte de la simplicité avec un seul bonus : un making of (26 minutes). D’une durée suffisamment confortable pour dépasser le simple empilage de plans de tournage, ce module nous propose un véritable aperçu de la fabrication de Plus forts que le Diable. Ce type de complément prend ici une importance particulière puisque le film marque le retour de Graham Guit au cinéma après dix-sept ans d’absence. Voir le réalisateur revenir sur son projet, son univers et sa manière de travailler permet de replacer cette drôle de machine dans un contexte plus large. Le making of permet également de retrouver plusieurs membres du casting et de mieux mesurer l’énergie collective nécessaire pour faire tenir debout un film aussi volontairement déglingué. Les témoignages apportent un éclairage intéressant sur les personnages, l’ambiance du tournage et la façon dont Graham Guit a dirigé cette galerie de bras cassés, de criminels et de citoyens pas franchement préparés à voir leur existence partir en morceaux. Melvil Poupaud nous expliquera avoir été régulièrement contacté par Graham Guit pour des projets de films depuis quelques années, mais que Plus forts que le Diable est le seul à avoir atteint le stade de la production.

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