La Bête de la caverne hantée
États-Unis : 1959
Titre original : Beast from Haunted Cave
Réalisation : Monte Hellman
Scénario : Charles B. Griffith
Acteurs : Michael Forest, Sheila Noonan, Frank Wolff
Éditeur : Elephant Films
Durée : 1h12
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 23 juin 2026
Le gangster Alexander Ward a prévu le coup parfait dans une petite station de ski du Dakota du Sud. Alors que son équipe fait exploser la mine locale, il compte profiter de l’agitation produite par l’accident pour alléger le coffre du siège social de l’entreprise de ses lingots d’or. Et pour éviter tout soupçon, une randonnée est prévue dans la foulée en compagnie de son amante et d’un guide montagnard vers un chalet où l’attend un avion les amenant au Canada.Un plan millimétrée, qui va être perturbée par le réveil d’une monstrueuse créature assoiffée de sang…
Le film
[3/5]
La Bête de la caverne hantée porte l’empreinte de Roger Corman, ce producteur capable de transformer trois dollars, une grotte et un costume en latex en aventure fantastique. Le film, qui marque les débuts au cinéma de Monte Hellman, s’avère modeste mais sympathique. Un braquage, une bande de criminels en fuite, et une créature qui semble avoir été sculptée par un enfant fasciné par les insectes : l’intrigue du film, simple comme un plan de cambriolage dessiné sur une serviette, avance avec une efficacité réjouissante, sans prétention, mais avec une énergie qui rappelle d’autres séries B sorties du giron de Roger Corman, comme L’Attaque des crabes géants ou La Femme guêpe.
Si on mentirait en affirmant que La Bête de la caverne hantée est à la hauteur des films ultérieurs de Monte Hellman, le cinéaste surprend tout de même en injectant une petite dose de poésie décalée au cœur d’un récit très terre-à-terre. Les paysages enneigés du Dakota deviennent des décors presque abstraits, où les silhouettes des personnages se découpent comme des ombres chinoises fatiguées. La créature, avec ses bras filandreux et son masque figé, ressemble à un cauchemar de fête foraine, mais derrière ces approximations techniques, le film reste un exercice de style sincère, où chaque plan semble vraiment chercher à tirer le meilleur d’un budget microscopique. Pour autant, la mise en scène de Monte Hellman se distingue par une sobriété presque ascétique. Les cadrages, souvent fixes, donnent l’impression que la caméra observe les personnages comme un animal curieux. Les scènes dans la grotte, éclairées avec trois lampes et un optimisme à toute épreuve, créent une ambiance étrange, presque hypnotique. Les ombres se déforment, les parois semblent respirer, et la créature surgit comme un mauvais rêve qui aurait pris l’habitude de se manifester à la même heure chaque soir. Tout cela ne contribue certes pas à faire La Bête de la caverne hantée un grand film, mais sa sincérité et son absence de cynisme le rendent clairement attachant, et suffisamment étrange pour rester en mémoire.
Les acteurs apportent à La Bête de la caverne hantée une énergie brute qui colle parfaitement à l’esprit du film. Michael Forest, en chef de gang nerveux, joue avec une intensité qui ferait presque croire que la grotte est réellement hantée. Frank Wolff, déjà habité par cette mélancolie qui marquera sa carrière, donne à son personnage une profondeur inattendue. Sheila Noonan, quant à elle, illumine chaque scène où elle apparaît, avec une présence qui dépasse largement les ambitions du projet. Son personnage apporte d’ailleurs une coloration assez inattendue au film. Libérée, alcoolique, un peu perdue mais jamais caricaturale, elle traverse le film comme une étoile filante légèrement ivre, laissant derrière elle une traînée de répliques qui sentent la liberté et le whisky bon marché. Son attitude, oscillant entre fragilité et insolence, donne au récit une dimension assez moderne. Elle incarne cette époque où les femmes des séries B commençaient à sortir du rôle de potiche apeurée pour devenir des figures ambiguës, parfois plus lucides que les hommes qui les entourent. La Bête de la caverne hantée n’en fait pas pour autant une héroïne féministe, mais lui offre un espace où exister autrement, ce qui n’est pas rien pour un film tourné en quelques jours.
Le Blu-ray
[4/5]
La Bête de la caverne hantée vient de débarquer au format Blu-ray, sous les couleurs d’Elephant Films. Le film nous est proposé dans un boîtier sobre mais élégant, fidèle à la ligne de l’éditeur sur la collection Cinema Master Class. Le master proposé affiche une qualité étonnamment solide pour un film tourné à la va-vite dans le froid du Dakota. L’image, propre et stable, révèle un grain fin qui respecte la texture originale du 35 mm. Les contrastes sont bien gérés, avec des noirs suffisamment profonds pour donner du relief aux scènes nocturnes et aux séquences dans la grotte. Les plans enneigés, souvent surexposés dans les copies anciennes, retrouvent ici une luminosité plus naturelle. Seules les scènes inédites (environ six minutes) montrent une baisse notable de définition, avec un léger flou et une précision très inférieure. Rien de dramatique, mais la différence saute aux yeux. Le son, en VO DTS-HD Master Audio 2.0, restitue les dialogues avec une clarté appréciable. Les voix sont nettes, sans souffle excessif, et les bruitages, parfois rudimentaires, conservent leur charme d’époque. Les sous-titres, disponibles en blanc ou en jaune, sont lisibles et bien incrustés, sans débordement ni artefacts. L’ensemble offre une expérience fidèle, respectueuse du matériau original, et suffisamment soignée pour redonner vie à cette petite série B hivernale.
Les suppléments du Blu-ray de La Bête de la caverne hantée constituent un ensemble cohérent et généreux, à commencer par la présentation de Stéphane du Mesnildot (17 minutes). Le critique replace le film dans le contexte de la carrière de Roger Corman, évoque la manière dont Monte Hellman a transformé une commande rapide en exercice de style singulier, et souligne la présence de Frank Wolff, déjà fascinant malgré le cadre modeste. L’analyse, claire et accessible, éclaire plusieurs choix de mise en scène et rappelle l’importance de ces séries B dans l’histoire du cinéma américain. Le disque propose ensuite un véritable bonus de poids : l’intégralité du film Ski Troop Attack, un film de guerre tourné simultanément par Roger Corman. D’une durée de 1h14, en VOST (sous-titres blancs uniquement) et en DTS-HD Master Audio 2.0, ce long-métrage offre une petite aventure militaire enneigée, typique du style Corman. L’intrigue, centrée sur une unité de soldats américains affrontant des forces ennemies dans les montagnes, avance avec une énergie brute, des dialogues parfois abrupts, et une mise en scène qui tire le meilleur de décors naturels impressionnants. Le master est de bonne qualité, avec une image stable et un son propre, ce qui permet de redécouvrir ce film souvent relégué au second plan. Enfin, le Blu-ray inclut les bandes-annonces de La Bête de la caverne hantée et de Ski Troop Attack, petites capsules d’époque qui complètent agréablement l’ensemble. Elephant Films nous propose donc ici une édition soignée, respectueuse, et suffisamment riche pour satisfaire les amateurs de séries B et les curieux désireux de plonger dans les débuts de Monte Hellman.





















