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Test Blu-ray : Docteur Mabuse – Trois films de Fritz Lang

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Docteur Mabuse – Trois films de Fritz Lang

Allemagne : 1922 – 1960
Titre original : Doktor Mabuse
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Thea von Harbou, Fritz Lang
Acteurs : Rudolf Klein-Rogge, Alfred Abel, Bernhard Goetzke
Éditeur : Potemkine Films
Durée : 8h16 environ
Genres : Thriller, Fantastique
Dates de sortie cinéma : 1922 – 1960
Date de sortie DVD/BR : 2 juin 2026

Dr. Mabuse, le joueur (1922) : Dr Mabuse et son organisation criminelle sont sur le point d’achever leur dernier projet : voler des informations afin de faire des profits énormes à la Bourse. Par la suite, Dr Mabuse assiste déguisé au show des Folies Bergère où Cara Carozza, la vedette du show, lui fournit les informations sur sa prochaine victime, le jeune millionnaire Edgar Hull… Le Testament du Dr. Mabuse (1933) : Le Dr Mabuse dirige, de l’asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs et le docteur Baum, directeur de l’établissement, grâce à ses pouvoirs hypnotiques. Le commissaire Karl Lohmann et le bandit repenti Kent parviendront-ils à démanteler le réseau ? Le Diabolique Docteur Mabuse (1960) : Le commissaire Kras est informé d’un drame par la vision du docteur Conelius, un informateur de la police aveugle. Sa prémonition avérée, l’enquête mène à la découverte d’une nouvelle arme d’origine américaine, dérobée plusieurs mois avant les faits. La ressemblance avec une affaire étouffée du IIIe Reich fera émergé un nom : Mabuse, un génie maléfique…

Les films

[5/5]

Dr. Mabuse, le joueur (1922) est le premier volet de la longue saga consacrée au Dr Mabuse : il s’agit d’un film muet de presque cinq heures, absolument grandiose et hypnotique, capturant le chaos de la République de Weimar, comme si le film s’amusait à tendre un miroir déformant à une époque déjà secouée par ses propres illusions. Le film de Fritz Lang installe d’emblée un univers où le crime n’est pas seulement une affaire de revolvers, mais une question de contrôle mental, de manipulation sociale. Le récit s’étire comme une toile d’araignée géante, et chaque fil renvoie à une obsession moderne : la surveillance, la psychologie, l’influence, la perte de repères. Avec son montage nerveux et ses visions quasi hallucinées, Dr. Mabuse, le joueur semble déjà comprendre que le monde va courir après des illusions numériques, des fake news avant l’heure, des pouvoirs invisibles qui tirent les ficelles. La mise en scène de Fritz Lang joue avec les ombres, les décors expressionnistes, les visages sculptés par la lumière, les gestes exagérés : tout au cœur du film concourt à créer une sensation de réalité altérée, comme s’il se déroulait dans un rêve collectif où chacun avance en somnambule. Cette esthétique, héritée du Cabinet du docteur Caligari ou de Nosferatu, n’est jamais gratuite : elle traduit la manière dont Mabuse infiltre les esprits, les tord, les manipule. Dr. Mabuse, le joueur devient alors une radiographie politique, doublée d’une réflexion sur le pouvoir, sur la fragilité des institutions – une véritable valeur d’avertissement nous montrant la facilité avec laquelle une société peut basculer dans le chaos.

Le temps passe, les régimes changent, mais Le Testament du Dr. Mabuse (1933) revient comme un fantôme, jouant avec la frontière entre vie et mort, entre autorité et folie, entre crime et idéologie. Le docteur est enfermé, réduit à l’état de légume, mais son influence continue de se propager comme un virus idéologique – difficile, étant donné le contexte de production du film, de ne pas penser aux tensions et aux mouvements politiques qui montaient alors insidieusement en Europe. Le film capte l’air du temps avec une précision presque surnaturelle : la peur, la propagande, la manipulation de masse, tout est là, comme si Fritz Lang avait branché sa caméra sur le pouls d’une époque en train de basculer. La mise en scène du Testament du Dr. Mabuse se fait plus sèche, plus tranchante, presque clinique. Les couloirs de l’asile ressemblent à des circuits imprimés avant l’heure, les plans serrés sur les visages donnent l’impression que les personnages sont pris dans un engrenage mental dont ils ne peuvent plus sortir. Le film joue sur la répétition, sur les voix enregistrées, sur les ordres mécaniques, comme si Mabuse était devenu une sorte d’intelligence artificielle primitive, un algorithme criminel qui continue de tourner même après la mort de son créateur. Réflexion sur la déshumanisation, sur la manière dont une idée peut survivre à celui qui l’a formulée, sur la façon dont un système peut devenir plus dangereux que l’individu qui l’a conçu… Le Testament du Dr. Mabuse nous démontre que le vrai danger n’est pas le monstre, mais la machine qui lui survit.

Arrive enfin Le diabolique docteur Mabuse (1960), dernier film de Fritz Lang, qui referme la trilogie avec une élégance presque insolente. Le film, que l’on avait déjà abordé il y a quelques années à l’occasion de sa sortie en Blu-ray, s’amuse avec les codes du cinéma bis, du krimi allemand, de l’euro-spy naissant, mais sans jamais perdre la précision chirurgicale qui caractérise le cinéma de Fritz Lang. Les « mille yeux » du titre original deviennent un réseau de caméras de surveillance, un Big Brother avant l’heure, un système où chaque geste est observé, enregistré, analysé. Le diabolique docteur Mabuse anticipe nos obsessions modernes pour la sécurité, la technologie, la surveillance permanente, comme si Lang avait déjà compris que le futur serait rempli de capteurs, de données, de regards invisibles. Le film, sous ses airs de divertissement pop, parle en réalité de la disparition de l’intimité, de la dissolution de l’individu dans un flux d’images. Les gadgets, les poursuites, les fausses pistes, les miroirs sans tain, tout cela pourrait passer pour du pur spectacle, mais le film utilise ces artifices pour mieux révéler la mécanique du pouvoir. Le grand hôtel devient un organisme vivant, un labyrinthe où chaque porte ouvre sur une nouvelle illusion. Avec son rythme vif et ses trouvailles visuelles, Le diabolique docteur Mabuse rappelle parfois les premiers James Bond ou les Fantômas de l’époque, mais avec une noirceur plus subtile, plus feutrée, doublée d’une conscience aiguë des enjeux sociaux et politiques qui se cachent derrière le divertissement.

La trilogie trouve dans ce troisième long-métrage une conclusion étonnamment cohérente, comme si le personnage avait traversé les décennies en changeant de peau mais jamais de nature. Le diabolique docteur Mabuse prolonge les obsessions du premier film (le contrôle, la manipulation, la dissolution de l’individu) tout en reprenant les inquiétudes du second (la propagation d’une idée qui dépasse son créateur). Et au milieu de tout cela, les acteurs donnent chair à cet univers étrange : Rudolf Klein-Rogge, dans Dr. Mabuse, le joueur et Le Testament du Dr. Mabuse, incarne un criminel dont le regard semble capable de traverser l’écran pour aller fouiller dans les pensées du spectateur. Dans le troisième film, le personnage est incarné par Wolfgang Preiss, qui lui confère une aura presque spectrale. La trilogie du Dr. Mabuse, dans son ensemble, devient alors une méditation sur le pouvoir, sur la société, sur la fragilité humaine, mais aussi un terrain de jeu où Fritz Lang s’amuse à réinventer les règles du thriller, du film noir, du fantastique et même du cinéma populaire. On notera que le personnage réapparaitrait à l’écran à de nombreuses reprises, loin de la caméra de Fritz Lang, dans Le Retour du docteur Mabuse (Harald Reinl, 1961), L’Invisible docteur Mabuse (Harald Reinl, 1962), Le Testament du docteur Mabuse (Werner Klingler, 1962), Mabuse attaque Scotland Yard (Paul May, 1964), Docteur Mabuse et le Rayon de la mort (Hugo Fregonese, 1964), La Vengeance du docteur Mabuse (Jess Franco, 1972), Docteur M (Claude Chabrol, 1990) et Docteur Mabuse (Ansel Faraj, 2013).

Le coffret Blu-ray

[4/5]

Le coffret Blu-ray Docteur Mabuse – Trois films de Fritz Lang, édité par Potemkine Films, arrive dans un écrin qui ferait presque passer un dossier secret pour un vulgaire classeur administratif. Les trois Digipacks avec fourreau affichent une sobriété élégante, presque clinique, qui colle parfaitement à l’univers trouble de Dr. Mabuse, le joueur et de ses deux suites. L’objet impose immédiatement une atmosphère : celle d’un cinéma qui scrute les ombres, les manipulations et les obsessions d’une époque en mutation. Un bel exemple de packaging soigné, pensé pour les collectionneurs autant que pour les curieux. Techniquement, l’image de Dr. Mabuse, le joueur en Blu-ray profite d’une restauration qui redonne du relief aux décors expressionnistes et aux visages sculptés par la lumière. Les contrastes gagnent en précision, les noirs se densifient, et les rares imperfections rappellent simplement l’âge respectable du matériau. Le film retrouve une lisibilité qui renforce son ambiance hypnotique, presque hallucinée, et permet de savourer pleinement la mise en scène millimétrée de Lang. Le voyage se poursuit avec Le Testament du Dr. Mabuse, dont le Blu-ray propose une image plus sèche, plus tranchée, parfaitement adaptée à l’atmosphère paranoïaque du film. Les jeux de lumière dans l’asile, les silhouettes découpées dans les couloirs, les visages tendus par la peur : tout gagne en netteté. Le son, en VO DTS-HD Master Audio 2.0, reste fidèle à l’époque tout en offrant une clarté étonnamment stable. Les dialogues se détachent nettement, la musique conserve son grain d’origine, et l’ensemble évite les souffles intempestifs. Une restitution honnête, respectueuse, qui permet de redécouvrir ce classique dans de bonnes conditions. Enfin, Le diabolique docteur Mabuse, dernier volet du coffret Docteur Mabuse – Trois films de Fritz Lang, et sans doute le plus pop dans son esthétique. Le Blu-ray propose une image propre, contrastée, qui met en valeur les surfaces vitrées, les couloirs labyrinthiques et les fameux dispositifs de surveillance. Les noirs sont profonds, les blancs maîtrisés, et les détails du grand hôtel ressortent avec une précision appréciable. Le mixage VO DTS-HD Master Audio 2.0 offre une restitution claire, sans souffle excessif, fidèle au matériau d’origine. Pas de débordement spectaculaire, mais une stabilité sonore qui sert parfaitement le film.

Les suppléments du coffret, sans chercher l’esbroufe, apportent un éclairage bienvenu sur le contexte historique, les obsessions de Lang et l’évolution du personnage de Mabuse : on commencera avec trois remises en contexte par Bernard Eisenschatz (29 minutes pour Dr. Mabuse, le joueur, 27 minutes pour Le Testament du Dr. Mabuse et 33 minutes pour Le diabolique docteur Mabuse). On continuera ensuite avec le documentaire Les Métamorphoses du Docteur Mabuse (53 minutes), un documentaire en trois parties, centrées sur la musique, les romans de Jacques et la création du personnage de Mabuse, puis les films en eux-mêmes, à travers les personnages, les thèmes et les messages du film. On terminera avec un entretien avec Alice Brauner (16 minutes), fille d’Artur Brauner, producteur du Diabolique docteur Mabuse. Elle y reviendra sur la carrière de son père. De quoi prolonger l’expérience sans alourdir l’ensemble. En somme, le coffret Docteur Mabuse – Trois films de Fritz Lang s’impose comme une édition soignée : bel objet, restaurations solides, son propre, et respect du patrimoine. Une proposition qui devrait ravir les amateurs de Fritz Lang, les passionnés de cinéma policier allemand et ceux qui aiment voir un éditeur traiter un monument avec le soin qu’il mérite.

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