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Critique : La Vénus électrique

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La Vénus électrique

France, Belgique, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Pierre Salvadori
Scénario : Benjamin Charbit, Benoît Graffin et Pierre Salvadori, d’après une idée originale de Rebecca Zlotowski et Robin Campillo
Acteurs : Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche et Vimala Pons
Distributeur : Diaphana Distribution
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h04
Date de sortie : 12 mai 2026

2,5/5

Deux cœurs distincts battent dans ce film d’ouverture du Festival de Cannes 2026. Le premier, hélas majoritaire, est parfaitement arythmique, puisque le récit cadre de la pauvre fille exploitée dégage avant tout de l’antipathie. Alors que le deuxième, démarré sensiblement plus tard, sait nous inspirer des sentiments bien plus agréables. Le hic, c’est que ni l’un, ni l’autre, et par conséquent La Vénus électrique dans son ensemble, ne savent pas trop où ils veulent en venir. Ce qui est quand même un comble de la part d’un réalisateur comme Pierre Salvadori, qui fait des films depuis plus de trente ans ! En tout cas, son onzième long-métrage s’apparente tristement à ces films d’époque qui tentent par tous les moyens d’être à la fois frivoles et pertinents, mais qui finissent par ne plus ressembler à rien.

Après une première partie laborieuse et une fin proprement désolante, le spectacle ne prend ainsi qu’au moment où Vimala Pons vient illuminer l’écran en égérie autant aimée que regrettée. En dehors de cette parenthèse enchantée, qui finit, elle aussi, par subir les foudres d’un revirement tiré par les cheveux, tout n’est que trait forcé, hystérie et avarice aux fondements sociaux esquissés très superficiellement. Côté tragédie de caniveau, Anaïs Demoustier en fait des tonnes, tandis que Gustave Kervern demeure étonnamment terne en exploitant de foire jaloux. Côté farce sans verve, Pio Marmaï et Gilles Lellouche restent tout autant tributaires d’un scénario au ton et au rythme pesants.

Dès lors, la force vitale de Pons, transmise par voie de lecture de journal intime, prend des allures d’anomalie délicate au sein d’un récit incapable de se décider entre les deux options peu alléchantes que l’idée originale conçue par les cinéastes Rebecca Zlotowski et Robin Campillo lui propose.

© 2026 Guy Ferrandis / Les Films Pelléas / Pio & Co / Tovo Films / Versus Production / France 2 Cinéma / Diaphana Distribution
Tous droits réservés

Synopsis : Paris 1928. La jeune Suzanne n’en peut plus d’être exploitée par le forain Titus en tant que femme donnant des baisers électriques aux curieux en échange de la modique somme de trente centimes. Elle espère de tout cœur s’affranchir un jour de cette dépendance économique pénible. L’occasion inattendue se présente lorsqu’un client bourré de la voyante Claudia la prend pour un médium, alors qu’elle s’était juste introduite clandestinement dans sa roulotte pour voler des médicaments. Il s’agit du peintre Antoine Balestro, inconsolable et bloqué dans son travail artistique depuis la mort accidentelle de sa femme Irène. Quelques gros billets d’argent aidants, Suzanne se prête au jeu. Elle va jusqu’à s’y investir corps et âme, quand l’ami et galeriste d’Antoine Armand l’incite à persévérer, histoire d’alléger la peine de son poulain et de faire redémarrer ses propres affaires.

© 2026 Guy Ferrandis / Les Films Pelléas / Pio & Co / Tovo Films / Versus Production / France 2 Cinéma / Diaphana Distribution
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Tout avait commencé il y a dix ans, en 2016, lorsque Pierre Salvadori était passé devant la caméra le temps d’interpréter dans Planétarium de Rebecca Zlotowski un réalisateur en plein tournage … du film que La Vénus électrique allait peu ou prou devenir entre-temps. Cette anecdote sur la genèse de son nouveau film n’explique pourtant point pourquoi celui-ci peine autant à trouver une tonalité adéquate. Les ingrédients y sont, assurément, comme le microcosme des saltimbanques installés à Saint-Ouen pour épater le public local crédule. Ainsi que l’univers guère moins pittoresque des peintres fauchés d’il y a un siècle, qui vivaient surtout d’amour et d’eau fraîche, faute de pouvoir percer dans un milieu hautement compétitif. Le tout saupoudré d’un mélange de sentiments aussi diamétralement opposés que le deuil et la passion romantique.

Le problème majeur et peut-être même insurmontable du film provient de ce grand écart entre le rire et les larmes. Au détail près que ni l’un, ni l’autre ne sonne juste au fil d’une intrigue ennuyeusement bancale. De la misère, il y en a un peu partout, notamment dans le quotidien usant de Suzanne, censée être une déesse de l’amour, alors qu’elle se fait griller la cervelle à longueur de journée sans contrepartie notable. Pas étonnant que ce personnage tristement représentatif de la condition dominante des femmes à cette époque-là cherche à s’en émanciper à n’importe quel prix. Or, le prix à payer est le passage par le genre d’humour forcé, qui nous a fait aussi peu franchement rire que les coups de théâtre mélodramatiques ne nous ont émus jusqu’aux larmes.

© 2026 Guy Ferrandis / Les Films Pelléas / Pio & Co / Tovo Films / Versus Production / France 2 Cinéma / Diaphana Distribution
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Car à aucun moment ou presque, La Vénus électrique ne nous surprend par une trouvaille visuelle ou une réplique désinvolte. Tout y paraît souligné à outrance, alors que l’intrigue aurait eu grandement besoin de souffler à intervalles réguliers. À l’exception de l’apparition inopinée d’Irène, paradoxalement la seule susceptible de rendre ce marasme mélodramatique un peu plus concret. Grâce au jeu inspiré de Vimala Pons, elle perce à jour le flou artistique et optique derrière lequel se cachaient jusque là les autres personnages. Aux calculs narcissiques et mercantiles de ces derniers, elle oppose un regard moins complaisant sur les égarements de la création et de l’amour. Avec elle, il n’est nullement question de s’apitoyer sur son sort. Quitte à voir évoluer sa relation avec Antoine dans un enchaînement doux entre l’amitié, la relation et la rupture, qui dénote foncièrement dans une structure narrative agencée par à-coups brutaux.

Hélas, ces moments de répit s’avèrent éphémères, d’autant plus que même ce long retour en arrière monté en parallèle de l’intrigue principale ne reste pas exempt d’éléments dramatiques qui le gangrènent. Plutôt que de rebondir sur la nouvelle complicité qui naît entre compagnes d’infortune par le biais de la lecture commune du journal d’Irène, le scénario s’évertue à complexifier inutilement son intrigue convulsée. Entre une notion toute relative de vérité et le faire-semblant constant des imposteurs de tous bords, tout le monde, le public compris, finit par ne plus savoir à quel saint se vouer.

Cette perte brouillonne de repères devient carrément pénible pendant les ultimes minutes du film. On pourrait les interpréter soit comme la conduite jusqu’à l’absurde du monde du spectacle, soit comme le sursaut final d’un conte romantique qui a vécu plus par la volonté contrainte du scénario que par sa dynamique vitale autonome. Peu importe que ce soit l’un ou l’autre, il s’agit là d’un dénouement singulièrement peu réussi !

© 2026 Guy Ferrandis / Les Films Pelléas / Pio & Co / Tovo Films / Versus Production / France 2 Cinéma / Diaphana Distribution
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Conclusion

La malédiction des films d’ouverture du Festival de Cannes a encore frappé avec La Vénus électrique. En effet, il n’y a qu’une chose à sauver dans le film de Pierre Salvadori – le naturel désarmant avec lequel Vimala Pons aborde son personnage aucunement moins caricatural que les autres – dont les autres éléments nous ont laissés plus ou moins perplexes. Ou plutôt indifférent, face à tant d’empressement maladroit de la part de la mise en scène à faire fonctionner coûte que coûte une intrigue dont la prémisse était d’ores et déjà minée d’incohérences et d’invraisemblances. Bref, cela n’aurait pas été plus mal que ce projet demeure au stade d’embryon cinématographique sous forme de film dans le film pour les besoins du troisième long-métrage de Rebecca Zlotowski, au lieu d’être étalé en long et en large pendant deux heures passablement frustrantes.

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