Woman and child
Iran : 2025
Titre original : Zan va bache
Réalisation : Saeed Roustaee
Scénario : Saeed Roustaee, Azad Jafarian
Interprètes : Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 2h11
Genre : Drame
Date de sortie : 25 février 2026
4.5/5
Synopsis : Mahnaz, une infirmière de 45 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation…
Veuve, une petite quarantaine, infirmière dans une clinique, Mahnaz a 2 enfants, Aliyar, un garçon intelligent et très turbulent de 13 ans, et Neda, une petite fille de 7 ans. Elle sort avec Hamid, un ambulancier de 48 ans, mais ils ne sont pas d’accord sur la suite à donner à leur liaison : considérant par expérience que le mariage détériore une relation amoureuse, Mahnaz ne souhaite pas épouser Hamid alors que lui affirme qu’il l’aimera encore plus en tant que mari. En plus, il procède à un chantage affectif en affirmant à Mahnaz que son propre père est vieux et malade et qu’il ne voudrait pas mourir avant d’avoir vu naitre ses petits-enfants. A force, Mahnaz va finir par céder et par accepter qu’un mariage puisse être envisagé, la première étape étant une visite de la famille de Hamid à la sienne. Une visite pour laquelle Hamid et Mahnaz ont leurs exigences : Mahnaz préfère attendre le bon moment pour annoncer à ses enfants qu’elle va se remarier et Hamid souhaite cacher à ses parents que Mahnaz est déjà la mère de 2 enfants. Mahnaz et ses enfants habitant avec sa mère et Mehri, sa sœur, il est donc nécessaire que les enfants soient absents le jour de la visite et il faut en plus faire disparaitre de la maison familiale tout ce qui pourrait apporter la preuve d’une présence enfantine. Concernant l’absence des enfants, tout a été organisé par Mahnaz et Neda, sa meilleure amie, sauf que Aliyar, qui devait être en voyage scolaire, s’est fait exclure de son collège et qu’il faut trouver un plan B. Comme quoi, une exclusion temporaire d’un collège peut entrainer une succession d’évènements de type « effet papillon » et se terminer tragiquement !
Dorénavant, quand on regarde un film iranien, ce qu’on regarde en premier, c’est la tête des femmes lorsqu’elles sont en famille dans leur domicile. En effet, on sait que l’obligation du port du voile, c’est lorsque la ou les femmes sont en contact avec des hommes extérieurs à leur famille. Donc, en famille dans leur domicile, les femmes ne portent pas de voile. Sauf que, lors du tournage d’une scène où des femmes sont en famille, il y a forcément la présence de l’équipe de tournage, donc, à coup sûr, la présence d’hommes étrangers à la famille, et la loi islamique qui prévaut en Iran oblige les comédiennes à couvrir leurs têtes. Par conséquent, un film où on voit des femmes têtes nues en famille est un film « underground », tourné sans autorisation préalable alors que si, en famille, les femmes apparaissent têtes couvertes, c’est un film dont le tournage a reçu les autorisations requises de la part des autorités de son pays. Dans ce contexte, on comprend vite qu’une demande d’autorisation officielle a été faite pour le tournage de Woman and child, que cette autorisation a été acceptée par les autorités du pays et, bien sûr, on ne peut s’empêcher de craindre que Woman and child soit un film caressant le régime iranien dans le sens du poil. Une demande d’autorisation et son acceptation qui ont d’ailleurs fait tiquer certains collègues de Saeed Roustaee.
On se sent donc forcément obligé de regarder Woman and child avec la plus grande attention afin de vérifier quelle quantité d’eau Saeed Roustaee a mis dans son vin dans une éventuelle critique du régime iranien, lui qui avait écopé d’une interdiction de tourner pendant 5 ans suite à son film Leila et ses frères : un peu, beaucoup, pas du tout ? Un peu, oui, quand il montre un système hospitalier qui semble à la pointe du modernisme. Mais, après tout, peut-être n’est-ce pas totalement faux ! Non, si on traque certains détails qui n’ont l’air de lien et qui disent beaucoup de choses. C’est ainsi que le film, au travers du comportement de l’ambulancier Hamid avec ses clients, montre ouvertement combien la corruption est un mal endémique en Iran. C’est ainsi que le film montre que le mensonge, lui aussi, est un mal endémique en Iran, un mal qui touche autant les enfants que les adultes. L’incroyable inflation que connait l’Iran est finement montrée par le grand nombre de billets échangés, pour des sommes modestes, lors d’un pari entre adolescents. Et que dire de ce que le film raconte de la justice en Iran, quand on apprend que le fait pour le beau-père de Mahnaz, devenu le tuteur de ses petits-enfants à la mort de son fils, d’avoir poussé Aliyar au suicide en le frappant à coup de ceintures, ne peut pas être considéré comme un crime, la ceinture, contrairement à un revolver, ne pouvant pas être considérée comme étant une arme mortelle.
Par ailleurs, on peut voir dans le grand nombre de chutes évoquées dans le film, celle du gamin qui a tenté de se suicider, celles de ballons dans la cour ou dans la cage d’escaliers, celle que quelqu’un craint de la part de la mère, l’espoir que caresse une grande partie de la population iranienne de la chute du régime des mollahs, tout comme l’épisode du portail du collège dont l’ouverture s’avère impossible pendant un long moment est sans doute un clin d’œil à l’absence d’ouverture de la part de ce même régime. S’il se montre donc fort critique envers le régime iranien, tout au moins à qui fait suffisamment attention à tous les détails, le film ne l’est pas moins envers le patriarcat avec des personnages masculins fort peu reluisants, que ce soit le surveillant particulièrement sévère envers Aliyar, Hamid qui papillonne sans vergogne d’une sœur à l’autre ou le beau-père de Mahnaz, tellement brutal envers son petit-fils. Après La loi de Téhéran et Leila et ses frères, deux films qui ne manquaient pas de qualité mais qui s’inspiraient beaucoup trop d’œuvres existantes, on attendait que Saeed Roustaee apporte la preuve qu’il est un grand réalisateur en réalisant un film qui soit vraiment personnel. C’est chose faite avec Woman and child, et c’est d’autant plus vrai que ce réalisateur prouve qu’il sait utiliser les ellipses avec beaucoup de savoir-faire, qu’il sait aussi offrir de très beaux plans de cinéma comme ceux d’une cage d’escalier vue d’en haut, à la verticale. Il sait aussi introduire dans un drame des épisodes plus légers comme lorsque Aliyar, 13 ans, déclare sa flamme à Neda, la meilleure amie de sa mère, 20 ans de plus que lui. Deux films iraniens étaient en compétition lors du dernier festival de Cannes, deux films abordant la vengeance de façon quasiment opposée : Un simple accident, de Jafar Panahi, qui s’est vu décerner la Palme d’or, et Woman and child qui n’a obtenu aucune récompense. On est en droit de se demander si le contraire n’aurait pas été plus judicieux !

















