Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : La colline a des yeux – Édition 40ème anniversaire

Test Blu-ray : La colline a des yeux – Édition 40ème anniversaire

0
5690

La colline a des yeux – Édition 40ème anniversaire

États-Unis : 1977
Titre original : The hills have eyes
Réalisateur : Wes Craven
Scénario : Wes Craven
Acteurs : Robert Houston, Dee Wallace, Michael Berryman
Éditeur : Program Store
Durée : 1h29
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie cinéma : 20 juin 1979
Date de sortie Blu-ray : 7 décembre 2016

Une famille sur le chemin de la Californie traverse le désert, sous prétexte d’y visiter une mine d’argent dont ils ont hérité. Un accident, et ils se retrouvent isolés au milieu de collines rocailleuses et désolées. Du haut des collines, une tribu de sauvages les observe… La chasse a commencé…

Le film

[3/5]

Il existe, dans la plus que centenaire Histoire du Cinéma, quelques films étant arrivés pile au bon moment afin de rencontrer le public et plus ou moins marquer les mémoires en leur temps, mais dont la redécouverte quelques années plus tard révèle au grand jour les limites narratives et formelles évidentes. Les premiers films de Wes Craven, en particulier La Dernière maison sur la gauche (1972) et La Colline a des yeux (1977), font partie de ces longs-métrages, dotés d’un concept fort et d’une interprétation globalement solide, mais dont la mise en scène et la faiblesse d’écriture étaient telles que l’on s’est franchement réjoui à l’idée d’en voir débarquer des « remakes » au tournant des années 2000.

Si l’interminable vague de remakes des grands classiques de l’horreur des années 70/80 ayant ouvert le nouveau siècle avait à priori tout pour hérisser le poil de l’amateur éclairé d’horreur sur celluloïd, le cas de Wes Craven a toujours été un peu à part – il fait en effet partie de ces quelques cinéastes que l’on a un peu hâtivement érigés en « Masters of Horror » (on pense également à John Landis) mais qui étaient en réalité peu enclins à proposer une réelle « vision » en tant que metteur en scène au sein de leurs films, et se reposaient de fait souvent uniquement sur leurs concepts et leurs acteurs. Quand le concept est bon et que les acteurs donnent de leur personne, la magie peut opérer, mais le cinéma est un Art qui nécessite parfois un peu plus de maestria, un sens du cadre, du tempo, ou un Art de la narration qui faisaient le plus souvent défaut à Wes Craven.

Du salmigondis ridicule et mal foutu qu’est La Colline a des yeux, on ne retiendra donc aujourd’hui plus que quelques éléments épars. Son idée de départ notamment, forte et brutale, s’avère excellente ; elle permettrait d’ailleurs, à force de remaniements et de réécriture, à Alexandre Aja et Gregory Levasseur d’accoucher d’un véritable chef d’œuvre en 2006. Ensuite, il y a les acteurs, en particulier Dee Wallace et Michael Berryman, véritables « tronches » de cinéma ayant marqué à jamais le genre horrifique. Et enfin, on reconnaîtra au film une importance historique certaine ; il faut également admettre que malgré les années, le film conserve parmi les amateurs de cinéma de genre une aura et un parfum de scandale, certes largement usurpés et incompréhensibles, mais toujours vivaces.

Il faut dire qu’à son étrange manière, La Colline a des yeux fascine encore par sa manière presque artisanale de bricoler la terreur avec trois bouts de ficelle et une poignée d’idées fulgurantes. Le film ressemble aujourd’hui à une sorte de cabinet de curiosités du cinéma d’exploitation : un objet un peu bancal, un peu poussiéreux, mais traversé par une énergie brute, presque primitive, qui rappelle que l’horreur peut naître d’un simple décalage entre la normalité et la sauvagerie. La sécheresse du montage, les ruptures de ton involontaires, les cadrages approximatifs deviennent presque touchants, comme si le film tentait de courir plus vite que ses propres moyens. On y voit un cinéma qui cherche encore sa grammaire, qui trébuche, qui s’excite, qui s’égare, mais qui, par moments, parvient à toucher quelque chose de viscéral, de presque mythologique.

La Colline a des yeux, revu aujourd’hui, fonctionne aussi comme un témoignage involontaire sur la représentation de la famille américaine dans les années 70 : un noyau prétendument solide, mais fissuré dès qu’il est confronté à un environnement hostile. Le film, sans le vouloir vraiment, capte l’angoisse d’une époque où la confiance dans les institutions, la police, l’armée, la cellule familiale, se désagrégeait lentement. Ce sous-texte, qui affleure parfois malgré la mise en scène hésitante, donne au film une dimension presque sociologique, comme si la violence des mutants n’était que le miroir déformé d’une société en perte de repères.

Quant à La Colline a des yeux 2, il mérite un paragraphe à part tant il relève de la comédie involontaire. Le film, tourné à la va-vite pour capitaliser sur le succès du premier, ressemble à une suite improvisée un lendemain de cuite, avec des motards mutants qui semblent sortis d’un carnaval rural et des dialogues qui feraient passer un manuel de sécurité routière pour du Shakespeare. On y trouve des choix de mise en scène si aberrants qu’ils en deviennent presque attachants, comme si le film tentait de battre un record du monde de maladresse créative. Ce deuxième opus, souvent moqué, possède pourtant une valeur patrimoniale : il rappelle jusqu’où pouvait aller le cinéma d’exploitation lorsqu’il ne se fixait aucune limite, ni narrative, ni esthétique, ni logique. Une sorte de cousin dégénéré qu’on n’invite jamais aux réunions de famille, mais dont on parle toujours avec un sourire coupable.

Le coffret Blu-ray

[5/5]

Étant donné l’attente fébrile entourant la sortie de La colline a des yeux, petit « classique » de la filmographie de Wes Craven, le discret éditeur Program Store s’est fendu de livrer au public une édition définitive, contenant la bagatelle de deux galettes Blu-ray + un DVD ainsi que « Le droit à l’horreur », un livre de 200 pages consacré à Wes Craven et signé de la plume de Marc Toullec, spécialiste du fantastique et rescapé de la « bonne période » du magazine Mad Movies.

Côté Blu-ray, les afficionados du film ayant déjà investi dans l’édition britannique éditée par Arrow seront en terrain connu, puisque le master utilisé par Program Store semble être exactement le même : le film est proposé en 1080p et au format 1.85 respecté, l’image est stable et plutôt propre (quelques défauts subsistent, surtout sur les scènes nocturnes), mais la granulation d’origine est très forte et le piqué manque de précision ; cela semble normal cela dit si l’on considère que le film fut tourné en 16MM à la base. Les couleurs sont vives, mais les contrastes, voire certaines teintes, peuvent varier d’intensité d’un plan à l’autre. Niveau son, VO et VF d’origine sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 globalement solides, qui présentent un bon équilibre entre les dialogues et la musique ; on repère un léger souffle sur la VO, qui disparaît sur la version française, mais cette dernière est un peu moins ample que sa grande sœur, et parait par moments un peu étouffée.

Pour ce qui est des suppléments, les différents bonus de La colline a des yeux seront répartis entre le Blu-ray et le DVD du film. Une fois de plus, les amateurs du film possédant déjà les éditions Arrow ou l’édition DVD Collector française éditée par Wild Side en 2006 retrouveront l’essentiel des suppléments déjà rencontrés ailleurs : plusieurs commentaires audio (Wes Craven et Peter Locke pour le premier, Michael Berryman, Janus Blythe, Susan Lanier et Martin Speer pour le deuxième, et Mikel J. Koven, critique et historien du cinéma, pour le troisième) qui présentent la caractéristique notable d’être tous les trois intégralement sous-titrés, un making of rétrospectif intitulé « Retour sur La colline a des yeux », la fin alternative du film (disponible en Haute Définition), auxquels viennent également s’ajouter des entretiens avec Don Peake (compositeur) et Martin Speer (acteur), une large sélection de chutes de tournage et les traditionnelles bandes-annonces et spots TV.

la-colline-a-des-yeux-1977-003

A ces bonus déjà disponibles ailleurs de par le monde, Program Store rajoute également deux modules inédits à cette édition française : un documentaire sur Wes Craven issu de la série Hollywood Best Film Directors, ainsi qu’une analyse du film par Stéphane du Mesnildot des Cahiers du Cinéma.

Last but not least : le deuxième Blu-ray du coffret [qui n’a malheureusement pas pu nous être fourni à l’heure où nous écrivons ces lignes] propose un autre supplément de taille puisqu’il contient le film La Colline a des yeux 2, gros nanar à mourir de rire tourné par Wes Craven en 1984. Le communiqué de presse précise que le film est disponible en VF et VOSTF ; on peut supposer qu’il s’agit de mixages audio en DTS-HD Master Audio 2.0.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici