Berlinale 2017 : La Tête à l’envers

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La Tête à l’envers

Autriche, 2017
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Josef Hader
Acteurs : Josef Hader, Pia Hierzegger, Jörg Hartmann, Georg Friedrich
Distribution : ARP Sélection
Durée : 1h43
Genre : Comédie
Date de sortie : 28 mars 2018

Note : 3/5

Puisque la population mondiale vieillit à un rythme imperturbable, ce que l’on appelait il y a quelques années encore la crise de la quarantaine se déroule dorénavant à partir du demi-siècle d’une vie remplie, dans les civilisations occidentales, d’un lourd bagage de névroses. Présentée en compétition au 67ème , cette comédie autrichienne parle avec un esprit corsé plein d’autodérision de l’incapacité du personnage principal de faire face à une existence sur le déclin, du côté professionnel et privé, voire au niveau de la santé mentale de cet homme prêt à tout pour ne pas dévoiler à son épouse qu’il a été licencié. Au-delà des particularités de l’humour propre à l’Autriche, qui passe autant par la langue que par la mentalité, Wilde Maus constitue un divertissement plaisant, assez proche des comédies pince-sans-rire qui ont fait la fortune d’Albert Dupontel en France. Au détail près que la tension nerveuse du comédien français est remplacée ici par une forme plutôt amusante d’apitoiement sur soi.

Synopsis : Le critique de musique Georg est licencié sans préavis, parce qu’il coûte trop cher à son journal viennois. Au lieu d’annoncer cette nouvelle déplaisante à sa femme Johanna, une psychothérapeute qui voudrait absolument tomber enceinte avant d’être trop âgée, il passe ses journées à la foire locale. Il y croise Erich, un ancien camarade de classe, à peu près aussi désœuvré et déprimé que lui, avec qui il exploite une montagne russe, la Wilde Maus. Malgré ce regain d’activité, George ne réussit pas à pardonner à son ancien patron Waller. Avec la complicité d’Erich, il s’adonne alors à toutes sortes d’actes de vandalisme et de harcèlement à son égard.

La tragédie d’un homme ridicule

Rien ne va plus pour le protagoniste de cette satire raisonnablement inspirée. Hier encore, il faisait partie de l’intelligentsia de la capitale autrichienne, où sa plume corrosive faisait trembler de peur des orchestres entiers de musiciens. Puis, du jour au lendemain, il se trouve presque dans la rue, n’ayant trouvé comme passe-temps rien de plus dérisoire que de tourner en rond sur des trains miniatures ou de se défouler en tapant sur des machines de jeu. C’est cette perte subite de tout repère social qui nous rend Georg sympathique, bien plus que les manifestations plus convenues de sa psychose. Car les péripéties que le réalisateur Josef Hader a imaginées pour son premier film sont certes amusantes, mais pas non plus si originales ou transmises avec une telle virtuosité formelle que l’odyssée de ce paria des temps modernes atteigne une force de fascination exponentielle. Le registre de la farce, truffée de pitreries rocambolesques, y est clairement privilégié, au détriment d’un regard qu’on aurait souhaité encore plus incisif sur les aberrations de la culture autrichienne, coincée et nombriliste comme aiment le faire croire les stéréotypes les plus tenaces.

Sur une île déserte en plein cœur de Vienne

Or, c’est précisément dans l’élaboration d’un tissu social, capable de refléter la fébrilité collective, que la narration reste étonnamment sage. Les personnages secondaires ont tous un rôle symbolique à jouer, sans que ces emplois, eux aussi volontairement caricaturaux, ne s’érigent en dignes adversaires à la folie galopante du protagoniste. Celui-ci devient de plus en plus déchaîné, au fur et à mesure que son désespoir ne trouve aucune épaule d’une âme charitable sur laquelle s’épancher. Que ce soit l’homosexuel de service, pour l’occasion affublé également de pratiques nutritionnelles dans l’air du temps, l’ancienne collègue en guise de représentante de la nouvelle génération, gentille mais inculte comparée à l’érudition débordante de son confrère ostracisé ou bien le jeune voisin fêtard en quête de femmes quadragénaires à séduire, toutes ces intrigues annexes dévient l’attention de l’enjeu principal de l’intrigue, là où elles auraient dû exacerber les effets d’un déraillement psychologique à fort potentiel caustique et malicieux.

Conclusion

On ne rit pas nécessairement aux éclats devant cette comédie autrichienne, qui fournit néanmoins une alternative appréciable et légère à la monotonie des films lourds de sens et de thèmes qui pullulent généralement à la Berlinale. Dans Wilde Maus, Josef Hader incarne à la perfection l’archétype de l’intellectuel autosuffisant et complètement inadapté à un quotidien moins privilégié, que celui des critiques artistiques, parfois trop imbus d’eux-mêmes pour garder les pieds sur terre ou le derrière dans la neige.

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