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Critique : Strangers Prey at Night


États-Unis, 2018
Titre original : The Strangers Prey at Night
Réalisateur :
Scénario : Bryan Bertino & Ben Ketai
Acteurs : Christina Hendricks, Bailee Madison, Martin Henderson, Lewis Pullman
Distribution : Paramount Pictures France
Durée : 1h26
Genre : Horreur
Date de sortie : 18 avril 2018

Note : 2,5/5

Puisqu’il ne s’agit guère de notre genre de prédilection, nous ne suivons pas de près les évolutions des films d’horreur. Suite au visionnage de Strangers Prey at Night, qui avait plutôt bien marché lors de sa sortie américaine le mois dernier, il faut croire que nous n’avons rien loupé d’essentiel ! En effet, c’est un énième mélange peu inspiré entre d’un côté la lutte pour la survie malgré et contre tout d’une famille tellement ordinaire qu’elle relève du cliché ambulant et donc barbant, et de l’autre les massacres sanguinaires des « slashers », un enchaînement de violence hautement gratuite, qui ne sert au fond qu’à faire appel aux instincts les plus bas du spectateur. Or, gardons-nous bien d’attribuer un quelconque postulat moral soigneusement élaboré au film de Johannes Roberts, qui se contente au contraire de mixer sans finesse quelques recettes à la mode, le tout dans une ambiance qui sent hélas la médiocrité incarnée. Il n’y a donc nullement de quoi crier au miracle, face à cette production à vocation exclusivement commerciale, qui ne s’emploie à aucun moment à ajouter un niveau de lecture plus sophistiqué à son intrigue vaguement haletante.

Synopsis : Mike et Cindy doivent emmener leur fille adolescente Kinsey, en échec scolaire et donc destinée à quitter le nid familial, dans sa nouvelle école, un pensionnat en province. Sur le chemin, ils comptent faire escale au camping de l’oncle Marvin, pratiquement vide en cette basse saison. Déjà en retard à cause des différents signes de réticence de Kinsey et de son frère aîné Luke, la famille arrive sur place après la tombée de la nuit et s’installe alors par ses propres moyens, Marvin ayant simplement laissé la clef à l’accueil. Mais au cours de la nuit, le calme tendu de ce dernier voyage au grand complet est violemment perturbé par des intrus masqués, dont le seul objectif paraît être de terroriser les locataires innocents.

Tamara n’est pas là

L’impression que la plupart des films d’horreur de notre époque sortent tout droit de l’éprouvette, c’est-à-dire qu’ils ne font preuve d’aucun effort d’originalité pour rendre notre frayeur plus authentique et accessible, se laisse aisément vérifier auprès de Strangers Prey at Night. A commencer par cette famille si exemplaire qu’elle en devient rapidement improbable, à travers laquelle notre investissement viscéral est censé passer. Et les traits de caractère individuels, rapidement esquissés puis plus du tout développés – et après tout, quel intérêt y aurait-il à approfondir ces portraits superficiels, puisque tout le monde cherche à se soustraire au bain de sang de la même façon hystérique ? –, et les interactions entre la génération des parents et celle des enfants, qui sont, elles aussi, d’une platitude consternante, s’avèrent ainsi aussi artificiels que l’étalonnage du décor urbain préservé, troqué de gré ou de force contre l’obscurité brumeuse du camping. Tandis que l’attente du basculement de la normalité vers l’horreur à l’état pur compte parmi les ressorts favoris du genre, elle s’éternise inutilement dans le cas présent, atténuant par la même occasion l’impact que le dérèglement brutal des conventions sociales devrait exercer sur la conscience des personnages et par procuration sur la nôtre.

La proie assassine

Car les trois tortionnaires anonymes ne peuvent en rien rivaliser avec leurs illustres prédécesseurs. La faute en premier à une orchestration des massacres, qui s’appuie certes sur une certaine force de suggestion, par exemple lors de la première séquence, qui donne uniquement à voir quelques indices passablement inquiétants sur l’attaque de la maison de l’oncle. Mais elle reste globalement maladroite dans le choix crucial de ce qu’il faut montrer et de ce qu’il vaut mieux laisser à l’imagination malsaine du public. De même, l’effet d’une répétition incessante, de rigueur dans ce type de situation directement inspiré du règne animal et son jeu du chat et de la souris, finit vite par lasser, à la fois en raison d’une narration sans verve et de la similitude des dispositifs d’agression, alternant bêtement entre les victimes prises dans les phares de la voiture bélier et des coups de couteau administrés sans respect pour l’art de la boucherie. Enfin, l’aspect peut-être le plus aberrant du récit est l’absence de justification ou, pire encore, le besoin, en apparence plus important que de s’en sortir, pour la famille malmenée de savoir pourquoi elle subit ce sort funeste. Le fait que les armes se retournent in extremis contre les assaillants apporte alors sa part de logique bancale supplémentaire, accrue par la dernière séquence dans un univers d’ores et déjà surchargé plus tôt cette année en craintes supposément infondées par Unsane de Steven Soderbergh, un film d’horreur aussi peu mémorable que celui-ci.

Conclusion

Si vous exigez plus d’un film d’horreur que du nihilisme ultra-violent, représenté selon les règles du genre qui restent fâcheusement figées depuis plusieurs années, Strangers Prey at Night n’est pas vraiment fait pour vous. Les très rares pistes de réflexion un peu plus poussées sur la symbiose écœurante entre la culture factice américaine et sa soif insatiable de commettre le mal, affichée indirectement dans la séquence de la piscine, s’y perdent sans espoir de rédemption, dans un cercle vicieux qui sent beaucoup plus le réchauffé que la volonté de s’en affranchir.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles