Melancholia (contre)

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Melancholia

MelancholiaMelancholia

France, Danemark, Suède, Allemagne : 2011
Titre original : Melancholia
Réalisateur :
Scénario : Lars von Trier
Acteurs : , ,
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 2h10
Genre : Science fiction , Drame
Date de sortie : 10 août 2011

2/5

Melancholia, Quésako? Je vous remets tout cela en contexte. En mai 2011, au Festival de Cannes, il y a eu deux événements majeurs: La polémique sur The tree of life et le scandale Lars Von Trier, évincé du festival après avoir tenu des propos pour le plus déroutants sur Adolf Hitler. Son film Melancholia est néanmoins resté en compétition mais se sera fait souffler la vedette par un certain Terrence Malick.

Film auréolé de critiques élogieuses, le dernier né du génial Lars Von Trier est le genre de film que l’on va voir en attendant beaucoup de lui. Peut-être un peu trop…

Synopsis : Deux parties, deux soeurs, deux planètes. Justine (Kirsten Dunst) célèbre son mariage organisé par sa soeur Claire (Charlotte Gainsbourg). Un mariage en grande pompe, où la mariée semble ailleurs… Pendant ce temps, la planète Melancholia se rapproche dangereusement de la terre.

Melancholia

Lars Von Trier / Terrence Malick, même combat ?

Lars Von Trier avait prouvé son génie avec des films grandioses, intimistes et déroutants comme le magistral Dogville ou le touchant Dancer in the dark. Alors on attend du très grand cinéma avec Melancholia. On retrouve toujours le style du réalisateur, ces portraits intimes de femmes, ce montage mal dégrossi et abrupte, cette esthétique inédite.

La première image est hypnotique et envoûtante et nous montre une Kirsten Dunst au visage légèrement bouffi et au regard vide, aux prises avec les affres de la mélancolie. Ma-gni-fique ! A la deuxième image on apprécie tout le superbe travail de réalisation, le ralenti sublimant la beauté de l’image et la musique nous plongeant dans un état second. A la troisième image, on s’inquiète. A la quatrième, on éclate d’un rire nerveux. Serait-ce le retour de The Tree of Life et de ses quarante minutes d’images de volcans, d’éclipses et de dinosaures mises bout à bout ? Et puis, vient le déni : non, ce n’est pas possible ! Pas ENCORE! Enfin, vient la prière. Et on prie fort. Hallelujah ! nos prières ont été entendues, pas plus de cinq minutes de ces images qui s’enchaînent. ( On remarque néanmoins la magnifique image de Kirsten en robe de mariée, allongée dans l’eau, un bouquet de muguet entre les mains. Même si bon, on dirait un peu une pub pour un parfum…)

Melancholia

Malick nous parlait des origines du monde, Lars Von Trier s’attaque à la fin du monde. Et hop, la boucle est bouclée. Mais les deux réalisateurs prennent des voies différentes, un délire mystique légèrement flippant pour Malick (allez Malick, on sait tous que tu voulais nous enrôler dans ta secte…) et une histoire apocalyptico- psychologique tout en douceur (et en longueur) pour Lars Von Trier. Malheureusement, avec Melancholia, on est loin du Lars Von Trier qui nous avait ému aux larmes avec Dancer in the dark, ou dérangé avec Dogville car étrangement face à ce film, on ne ressent pas la même intensité et c’est en cela qu’il est décevant. Pas même un petit pincement au coeur lors de la scène finale, qui rappelons-le est censée être tragique… (quand même, c’est la fin du monde…)

Deux actrices, deux performances… et pourtant…

Rappelons-le, Kirsten Dunst a gagné le prix de la meilleure interprétation féminine à Cannes. Soit. Après avoir vu le film, on se demande surtout pourquoi ils ne l’ont pas aussi attribué à Charlotte Gainsbourg. Elle aura au moins le mérite d’avoir plus de deux expressions au long du film ! Et il faut avouer qu’elle est d’une intensité surprenante, tout particulièrement à la fin du long métrage.

Von Trier aime bien chapitrer ses films et ici on retrouve deux parties, chacune consacrée à l’une des soeurs. La première partie, Justine, qui relate le mariage, souffre de longueurs incroyables. Ce bain de foule n’est intéressant que pour l’analyse subtile des relations entre les invités, pour la beauté diaphane de Kirsten Dunst en robe de mariée et pour le contraste avec la deuxième partie, très intime, dans un paysage perdu au milieu de nulle part. Même si l’on ressent la (très très) lente progression de Justine vers la mélancolie, devenant de plus en plus «absente», honnêtement, passer une heure sur ce mariage était bien superflu, d’autant que le lien avec la deuxième partie est bien faible. Justement, la deuxième partie intitulée Claire est certainement la plus marquante malgré quelques scènes Ô combien inutiles. La fin du monde est proche et les deux protagonistes la vivent chacune à leur façon. Kirsten Dunst, ressemble à une petite fille gâtée qui aurait avalé la boîte de prozac de sa mère, charlotte Gainsbourg à une mère psychotique affolée face à la fin du monde. Le lien entre les deux soeurs se tisse et se ressert à mesure que la fin approche. Certains regards sont très justes, certains dialogues sont un peu «trop».

Melancholia

Et après deux heures de film, arrive la fin tant attendue. Une fin pleine de bons sentiments, une image qui en met plein la vue et une musique à un volume sonore assourdissant pour faire son petit effet, et hop, le film sera vu comme magistral. Apparemment, pas pour tout le monde… Il manque un petit quelque chose qui vous donne des frissons.

Je lance donc un appel à M. Von Trier : Lars, reviens ! Il semblerait qu’il se soit perdu dans les abîmes du film esthético-pompeux alors que certains de ses précédents films étaient frais, sincères et puissants, car truffés de petits défauts qu’il ne cherchait pas à cacher.

Résumé :

Tel The tree of life, Melancholia enchantera certains et décevra d’autres. N’attendez pas du très grand Von Trier de l’époque de Dogville et vous ne serez peut-être pas déçus. Toujours est-il que ce film provoque une réaction forte et c’est souvent le cas des grands films… donc relativisons et courrez vous faire un avis.

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3 Commentaires

  1. Ayant déjà eu quelques avis peu flatteurs sur le film, je me suis tout de même laissé tenter en ce froid dimanche de février. Le décor est certes très joli, les effets spéciaux particulièrement bien faits, nous rappelant The Tree of Life,… mais en dehors de ça, le film traine en longueur, surtout dans la première partie où, franchement, il ne se passe pas grand chose. Autant dire qu’un mariage comme ça, on aurait envie de le fuir au plus vite….! La deuxième partie, elle, est un peu plus intéressante, mais il nous semble avoir manqué des épisodes quand à la première partie. Personnellement, j’ai eu plusieurs interrogations auxquelles je n’ai pas eu de réponses.. Quant à Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, elles ont beau avoir de bons jeu d’actrices, leurs personnages sont ennuyeux à mourir, sans compter ceux des autres acteurs. Déçue sans trop de surprises.

    • 100% d’accord avec Emmanuelle…Une bulle de savon à prétention intello-esthétisantes passablement obscure, sinon convenue…
      Pour moi, aucun intérêt, aucune accroche…Avant tout on s’ennuie !

  2. Je me délecte de lire tous ces « intellectuels » qui tentent de décrypter le film. Ce film met habilement en scène une efficace démonstration de lâcher prise: s’abandonner à ce qui est. Telle en est la substantifique moelle. Mais sait-on ce qu’est le lâcher prise dans ce monde hystérique?

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