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Bergamo Film Meeting 2017 : Le Journal d’une femme de chambre (Luis Buñuel)

Le Journal d’une femme de chambre

France, Italie, 1964
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Luis Buñuel et , d’après le roman de Octave Mirbeau
Acteurs : , Georges Géret, , Françoise Lugagne
Distribution : Cocinor
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 4 mars 1964

Note : 3/5

Les surprises se suivent et ne se ressemblent pas lors de notre première visite au  ! Après celle, franchement assez mauvaise, tôt ce matin de se trouver sans préavis face à la version doublée en italien de Birth de Jonathan Glazer, une épreuve à laquelle nous avons préféré renoncer après la magistrale séquence initiale, qui nous paraissait plus longue dans nos souvenirs, nous voici face à un autre changement de programme, encore plus radical celui-là, puisque La Chair de l’orchidée de Patrice Chéreau a été remplacée in extremis par Le Journal d’une femme de chambre de Buñuel, projeté donc dans le cadre de l’hommage au scénariste français Jean-Claude Carrière. Au moins cette fois-ci, il y a eu un petit discours d’explications avant le film, doublé des plus plates excuses quant au cafouillage de la séance précédente. En tout cas, c’est ce que nous avons cru comprendre avec nos connaissances bancales en matière de langue italienne. Et finalement, notre seul regret – en dehors de la vidéoprojection à la qualité d’image tout juste acceptable – c’était de devoir faire alors l’impasse sur la petite introduction apparemment enregistrée par Carrière pour présenter chacun des films de la rétrospective. Car ce regard acerbe sur la France des années 1930 tient toujours autant la route, grâce à l’interprétation savoureuse de Jeanne Moreau et surtout malgré les autres adaptations du roman de Octave Mirbeau, à savoir celle par Jean Renoir en 1946 et celle par Benoît Jacquot sortie il y a presque deux ans.

Synopsis : Au début des années 1930, la femme de chambre Célestine quitte Paris pour commencer son nouveau travail chez les Monteil en province. Dès son arrivée, elle prend connaissance des particularités des trois membres de la famille : Madame est frigide et ne se laisse pas perturber par les nombreuses aventures de son mari, tant qu’elles ne lui coûtent pas trop d’argent, pendant que son père cultive un fétiche pour les bottines de ses employées de maison. Célestine choisit vite son camp dans ce foyer névrosé, repoussant les avances de Monsieur et de l’intendant fasciste Joseph, tout en fraternisant avec les voisins qui voient d’un mauvais œil les Monteil. Au bout de quelques mois, alors qu’elle est sur le point de rentrer à Paris, elle reprend pourtant son poste, quand elle apprend que la jeune Claire a été sauvagement violée et assassinée dans les bois. Célestine pense connaître le meurtrier et fait tout son possible afin de le dénoncer.

Une France bien propre sur elle

Chaque époque a la version du Journal d’une femme de chambre qu’elle mérite. Prise pour l’instant en sandwich entre la féerie de Renoir et la vacuité de Jacquot, celle de 1964 porte clairement la marque de son réalisateur iconoclaste. Luis Buñuel n’était en effet aucunement connu pour se faire quelque illusion que ce soit sur la nature humaine et encore moins sur les mécanismes d’exploitation mensongère des civilisations européennes. Son approche de cette histoire sur le quotidien des domestiques dans une demeure de la haute bourgeoisie en province se distingue ainsi en toute logique par un nihilisme profond et parfois méchant. Personne n’y échappe à l’acuité du regard d’une narration, sans cesse en quête de la plus infime infraction au code de la bienséance, établi par une classe sociale dont l’hypocrisie est le maître mot. Cet arrachage en règle des masques s’accompagne d’une dissection pas davantage clémente à l’égard de l’état d’esprit qui régnait dans la France profonde de l’époque. Sauf que la qualité principale du film est que son étude de la perversion des mœurs et des âmes est hélas toujours d’actualité, alors que notre cher pays d’adoption risque tôt ou tard de basculer à nouveau dans un extrémisme de droite dont l’antisémitisme est paradoxalement encore la manifestation la moins inquiétante. Le scénario cosigné par Carrière attribue sur un ton amèrement jouissif un rôle de complicité dans cette ambiance délétère aux institutions solidement ancrées dans la société française, notamment à la justice et au clergé, interprété dans une apparition plutôt anecdotique par le scénariste en personne.

Il y a caresse et caresse

Le constat mordant de Buñuel ne s’arrête toutefois pas en si bon chemin, puisque il vise avec une férocité encore accrue les pulsions libidineuses des personnages. Or, en matière de sexualité, l’érotisme et les grands sentiments romantiques sont évidemment aux abonnés absents. Si l’on couche dans Le Journal d’une femme de chambre, c’est soit pour assouvir ses instincts les moins répressibles, dans le cas du mari pitoyable, joué avec beaucoup de conviction par un jeune Michel Piccoli d’ores et déjà au sommet de son art, soit pour faire avancer son agenda aux motivations fort troubles, ce qui constitue le cœur du jeu malicieux auquel se livre Célestine avec un détachement de plus en plus prononcé. Le talon d’Achille du récit se situe précisément à cet endroit-là, dans sa résignation grandissante envers un univers social qui part en vrille et dans lequel les choses restent en même temps inchangées. Car la présence de Célestine dans ce microcosme à la respectabilité factice sert plus de révélateur narquois que d’ange exterminateur, en mesure de juger les justes et les impies pour mieux mener au précipice de l’absurdité un train-train provincial sur le point de dérailler irrémédiablement. De ce point de vue-là, le propos du film s’apparente de loin – l’aura sublime de la tragédie majestueuse en moins – à celui de son contemporain Le Guépard de Luchino Visconti, selon lequel tout doit changer pour finalement préserver à l’infini le statu quo de la classe dominante.

Conclusion

Nous avons finalement été content de retrouver de façon inopinée Jeanne Moreau en femme fatale, qui finit par se prendre dans les filets de son propre réseau de manipulation. Il ne s’agit peut-être pas du film le plus représentatif de l’œuvre de Luis Buñuel, mais toujours est-il que ce Journal d’une femme de chambre-ci a plutôt souverainement traversé l’épreuve du temps pour garder une vilaine part de vérité sur le côté nauséabond d’une société française qui prétend être l’exemple même de la sophistication.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles