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Entrevues Belfort 2017 : La Liberté


France, 2017
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Guillaume Massart et Adrien Mitterrand
Distribution : Norte Distribution
Durée : 2h26
Genre : Documentaire
Date de sortie : –

Note : 3/5

Comme le montrent les retombées incessantes de l’affaire Weinstein, les affaires de mœurs touchent un nerf sensible dans la conscience collective. Alors qu’il est question, dans ces histoires sordides qui mettent ces derniers temps les médias en ébullition, de toutes sortes de harcèlements, la plupart du temps envers des personnes adultes, la pédophilie et l’inceste sont logés à une enseigne de l’indignation et du tabou encore moins acceptable. Être un pédophile reconnu et condamné, cela équivaut à une exclusion pure et simple du cadre social de notre civilisation, à une tare que plus rien ne pourra effacer. Or, ces parias ont, eux aussi, droit à une deuxième chance, même si les institutions pénitentiaires en France ne se prêtent guère à un parcours de réinsertion exemplaire. Dans son documentaire au titre à première vue ironique, le réalisateur Guillaume Massart aborde ce sujet épineux avec une maladresse initiale, qui se mue pourtant au fil des conversations en un regard passionnant derrière les coulisses d’un malaise existentiel profond. Présenté en compétition au festival , La Liberté n’est certes pas facile d’accès, mais récompense en fin de compte le spectateur par une candeur des plus étonnantes.

Synopsis : Dans la plaine orientale Corse, Casabianda est un centre de détention très singulier, au sein d’un vaste domaine agricole. Cette prison qu’on dit « ouverte » n’a rien à voir avec les prisons habituelles : à la place des barreaux, des murailles ou des miradors, les arbres, le ciel et la mer. Dans cette prison, 130 hommes terminent de longues peines, la plupart d’entre eux pour des crimes sexuels intrafamiliaux. Pendant une année, le réalisateur Guillaume Massart s’y est rendu, afin de comprendre ce que change cette incarcération au grand air.

Emmener les chats voir la mer

Au début de ce documentaire inégal, il n’est pas du tout clair où la mise en scène veut en venir. Le cadre se cherche sans arrêt, passant des mises au point chaotiques aux travellings le long des murs des bâtiments qui forment la cour de cette prison atypique. La quête d’un sens se poursuit pendant les premières rencontres, en apparence fortuites, avec des détenus, dont la parole est encore loin de se libérer. C’est en effet un univers pour le moins particulier dans lequel plonge La Liberté, avec son décor naturel séduisant sur lequel ce ne sont néanmoins pas exclusivement la chaleur estivale et le bruit des grillons qui font peser une atmosphère de plomb. On y voit extrêmement peu les agents habituels de la répression carcérale, ces mâtons qui passent tout juste faire l’appel avant l’extinction des feux, et encore moins une quelconque influence venue de l’extérieur, sous forme de visites ou d’un lien quelconque que ces monstres présumés auraient gardé avec leur vie d’avant. Non, ce paradis trompeur sur terre est en réalité un purgatoire au raisonnement psychologique malicieux, où les prédateurs sexuels sont en quelque sorte abandonnés à leur propre responsabilité, face au souvenir du crime que la fratrie officieuse des pères pédophiles leur rappelle chaque jour. Certains s’y occupent en s’adonnant à des pratiques récréatives comme la musculation ou le ping-pong, d’autres profitent de ce temps de réflexion forcée en faisant le point, avec plus ou moins d’honnêteté et de lucidité, sur une vie qui a terriblement déraillé à un moment donné et pour laquelle la rédemption est tout sauf garantie.

Derrière la porte, un océan d’excréments

Rapidement, la caméra de Guillaume Massart quitte la position de l’observateur invisible, largement répandue dans le domaine du documentaire et perfectionnée par un maître du genre comme Frederick Wiseman. Dès lors, elle adopte une posture plus proactive, en mesure de guider le récit d’une façon pas toujours concluante. Elle devient en effet l’interlocuteur privilégié des détenus, une sorte de confessionnel face auquel ils peuvent déverser leurs doutes et leurs mensonges intimes, ainsi que – dans le meilleur des cas – faire preuve d’une prise de conscience libératrice. Cet échange basé sur la confiance prend une place de plus en plus importante au sein d’un récit, qui ne tarde pas à mettre l’étude du cas personnel au dessus d’un regard plus global sur le projet de l’institution Casabianda. L’intervention directe du réalisateur dans ces conversations progressivement moins anodines n’est alors pas toujours des plus heureuses. Malgré son souci de révéler les contradictions du discours de ses interlocuteurs, ceux-ci nous paraissent justement les plus authentiques dans leur cheminement de pensée, quand ils se lâchent dans des monologues plus ou moins introspectifs et éclairés. Cette dynamique de la parole libérée, à la fois par une relation presque amicale avec ces hommes peu fréquentables et par le manque flagrant d’écoute dans ce microcosme à l’aspect bucolique factice, produit alors autant de tirades nébuleuses, à la valeur philosophique discutable, que d’instants de mise à nu profondément touchants. Ce sont surtout les confidences sans fausse pudeur de Mickaël qui glacent le sang, tout en dévoilant avec adresse l’âme tourmentée d’un homme, dès le plus jeune âge exposé à des sévices sexuels qui lui ont irrémédiablement empoisonné l’existence.

Conclusion

Ce n’était pas une mince affaire de nous faire passer près de deux heures et demie en compagnie d’hommes coupables de crimes abjects, tout en nous faisant oublier le temps et surtout en instaurant une forme d’abstraction jamais complaisante à l’égard de leur nature de pervers dangereux ! Guillaume Massart y est pourtant parvenu, peut-être pas tout à fait haut la main, puisqu’il ne maîtrise pas encore entièrement l’art de l’entretien par caméra interposée, mais en faisant en partie brillamment apparaître l’homme derrière le criminel. Ainsi, ce n’est pas à une minimisation de la culpabilité que procède La Liberté, mais à une forme d’écoute sincère, probablement plus utile dans la reconstruction d’une identité saine et sociable que tous les procédés pénitentiaires réunis.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles