Critique : Voir du pays

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Voir du pays

Voir du pays affiche France : 2016
Titre original : –
Réalisation : Delphine Coulin, Muriel Coulin
Scénario : Delphine Coulin, Muriel Coulin,  d’après le roman de Delphine Coulin
Acteurs : Soko, Ariane Labed, Ginger Romàn
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h42
Genre : Drame
Date de sortie : 7 septembre 2016

3/5

Il y a 5 ans, les deux sœurs Delphine et Muriel Coulin avaient trouvé le point de départ de ce qui allait devenir leur premier long métrage, 17 filles, dans un fait divers qui s’était déroulé en 2008 aux Etats-Unis. Cette fois ci, pour leur deuxième film, c’est un roman de Delphine, paru en 2013, qu’elles ont choisi d’adapter. Sélectionné à Cannes 2016 par Un Certain Regard, Voir du Pays y a obtenu le prix du scénario.

Synopsis : Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

"VOIR DU PAYS" Un long métrage de Delphine et Muriel Coulin

Un sas de décompression

Combattre en Afghanistan : une expérience suffisamment traumatisante pour les militaires que l’armée française juge utile d’organiser ce qu’il est convenu d’appeler un « sas de décompression » de 3 jours pour celles et ceux qui vont revenir au pays après plusieurs mois d’opération. Ce n’est qu’à l’issue de cet « entracte » qui, ici, se déroule à Chypre dans un hôtel 5 étoiles que ces hommes et ces femmes seront censés avoir suffisamment oublier la guerre pour pouvoir retrouver sans trop de problèmes leur famille et leurs amis. Au programme de ces 3 jours, on trouve aussi bien des séances de relaxation que des debriefings où chacun est invité à parler de ce qui l’a le plus marqué au cours des six mois de guerre qu’il vient de vivre. On trouve aussi des rencontres avec les autochtones ainsi qu’avec les autres clients de l’hôtel, ces touristes venus s’étaler sur les plages de cette île au passé si riche et au présent si conflictuel. Comme le dit un des protagonistes : « passer de la burqa au string, sacrée décompression ! ». Il se trouve que l’armée française comprend de plus en plus de femmes et que ces femmes ne se contentent plus d’être secrétaires ou infirmières : beaucoup sont combattantes. Poursuivant l’enquête commencée dans 17 filles sur certaines particularités des jeunes femmes françaises de ce début de siècle, Delphine et Muriel Coulin ont choisi de s’intéresser à Marine et Aurore, deux jeunes soldates amies d’enfance, originaires de Lorient comme les 17 filles et les deux réalisatrices. C’est pour prouver qu’elles ne sont en rien inférieures aux hommes et, également, pour voir du pays, que Marine et Aurore ont choisi de s’engager . L’armée française comprend de plus en plus de femmes combattantes, mais l’armée est toujours l’armée et il n’est pas facile d’affirmer sa féminité dans cet environnement viril, toujours aussi misogyne et, osons le dire, aussi frustre. Quant à voir du pays, on peut considérer qu’il s’agit vraiment d’une publicité mensongère.

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Un choix contestable

Le cinéma mondial regorge de films consacrés à la guerre. Nombreux sont également les films qui montrent les traumatismes qui hantent d’anciens soldats revenus à la vie civile. Par contre, jusqu’à présent, cet entre-deux que constitue ce sas de décompression imaginé et organisé par la hiérarchie militaire n’avait été que très rarement (jamais ?) abordé au cinéma de façon vraiment approfondie, de même que la place de femmes combattantes au sein d’une armée toujours très majoritairement masculine. Le passé professionnel des sœurs Coulin dans le domaine du documentaire leur permet ici de traiter ces deux sujets avec beaucoup de justesse et, sur ce point, Voir du pays est une belle réussite. C’est ainsi que la différence principale entre les soldates et les soldats est montrée de façon très fine : les jeunes femmes se montrant plus matures, les jeunes hommes se comportant comme de grands enfants qui aiment jouer aux jeux vidéo et qui donnent l’impression de s’être engagés pour vivre en vrai ce qu’ils vivent devant leur écran. Toutefois, considérant sans doute que ces deux volets n’étaient pas suffisants pour la réalisation d’un film de fiction, Delphine et Muriel Coulin ont cru bon de leur adjoindre un épisode qui voit Marine et Aurore, accompagnées de l’infirmière Fanny, s’aventurer vers la frontière avec la partie turque de Chypre. On peut contester ce choix qui arrive, in fine, à rendre le film un peu bancal avec, en particulier, quelques pistes qui sont lancées et qui auraient mérité d’être plus profondément approfondies.

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Deux filles puissantes dans le vie comme à l’écran

Pour incarner Marine et Aurore, Delphine et Muriel Coulin souhaitaient trouver deux filles puissantes dans la vie comme à l’écran. La chanteuse Soko, on l’avait déjà rencontrée plusieurs fois à l’écran, on connaissait donc l’énergie et le côté instinctif de son jeu qui font d’elle la Marine que souhaitaient les réalisatrices et qui enchante les spectateurs, une Marine qui se refuse à montrer ses émotions. Ariane Labed est de nature plus réfléchie mais elle est également très déterminée et, dans ce film, sa détermination la conduit à assumer coûte que coûte le fait d’être une femme libre dans cet environnement majoritairement masculin. On notera que le rôle de l’infirmière Fanny est interprété par Ginger Romàn, la fille des Rita Mitsouko. Quant aux rôles masculins, on y trouve 5 anciens soldats, dont un ancien démineur en Afghanistan, et de jeunes comédiens peu connus, choisis pour leur énergie et leur présence.

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Conclusion

Intéressant d’un point de vue documentaire, Voir du pays souffre de vouloir s’intéresser à trop de pistes sans arriver à toutes les traiter avec la profondeur souhaitable. Heureusement, les prestations de Soko et d’Ariane Labed, mais aussi du reste de la distribution, permettent de faire oublier ces imperfections au spectateur.

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