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Critique : Un vent de liberté


: 2016
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Behnam Behzadi,    
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h24
Genre : Drame
Date de sortie : 19 juillet 2017

4.5/5

Mis à part les spectateurs de l’édition 2013 du Festival des 3 continents qui avaient pu voir Bending the rules, le deuxième long métrage de Behnam Behzadi, film auquel ils avaient accordé le Prix du public, les cinéphiles français n’avaient eu jusqu’à présent qu’une occasion de « rencontrer » ce réalisateur iranien de 45 ans. C’était en 2007, pour le film Half Moon de Bahman Ghobadi dont Behnam Behzadi était le coscénariste. Un vent de liberté, son 3ème long métrage en tant que réalisateur, faisait partie de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2016 et Diaphana Distribution a la bonne idée de le sortir en salles.

Synopsis : Niloofar, 35 ans vit seule avec sa mère. Pour protéger celle-ci de la pollution de l’air de ,  la famille décide unilatéralement que Niloofar devra déménager et vivre avec sa mère à la campagne… Alors qu’elle s’est toujours pliée aux exigences des autres, cette fois elle leur tiendra tête.

Elle va se comporter comme d’habitude …

Comme c’est le cas dans la plupart des grandes villes de la planète, Téhéran est une ville très polluée et qui le devient encore plus quand intervient un phénomène d’ de température. Que peut faire une fratrie de 2 sœurs et d’un frère lorsque le corps médical leur annonce que, dans ces conditions, Mahin, leur mère, touchée par des problèmes pulmonaires, doit impérativement quitter la capitale, sinon, « c’est la mort » ? Très simple : décider que cette vieille femme doit aller vivre dans la maison que possède la famille dans le nord du pays. Sauf qu’il est hors de question de la laisser partir seule. Mais alors, qui pour l’accompagner ? Qui pour quitter ses habitudes, son travail, ses amis ? Bien entendu, aussi bien Homa, la sœur aînée, que Farhad, le frère, adorent leur mère tout autant que Niloufar, la petite dernière avec ses 35 ans, celle qui, depuis longtemps, prend soin de Mahin. Bien entendu, mais … pour Homa et Farhad, la décision est prise : c’est Niloufar, forcément, qui va tout quitter et accompagner Mahin. Certes, c’est elle qui, à Téhéran, a la charge  de l’atelier de confection familial. Elle se sent donc responsable de la poignée d’ouvrières qui y travaillent, mais elle n’a pas d’enfant, elle n’est même pas mariée et, pour Homa et Farhad, plus âgés qu’elle, elle doit se comporter, elle va se comporter, comme d’habitude, tel un pion qu’on peut déplacer sans lui demander son avis ! Sauf que, cette fois ci, un vent de liberté se met à souffler et la docilité n’est plus de mise.

La représentation très fine d’un conflit familial

Une jeune femme iranienne qui, étant plus jeune que sa sœur et que son frère, étant sans enfant et sans mari, doit se conformer à ce que cette sœur et ce frère exigent d’elle … Eh bien, me direz vous, ce n’est pas la première fois que le cinéma moyen-oriental ou oriental nous parle de la situation difficile ? Scandaleuse ? Honteuse ? trop souvent faite aux filles, aux jeunes filles et aux femmes dans cette région du monde (Et ailleurs, au fait, est-ce toujours immensément mieux ?). Le plus souvent, il est question de mariages forcés, parfois de l’excision, mais Wadjda, le premier film officiel produit en Arabie Saoudite (en 2013 !), nous avait aussi montré que, parmi de nombreuses autres interdictions, une petite fille de 12 ans ne pouvait prétendre chevaucher une bicyclette et, si ce pays produisait davantage de films, peut-être aurions nous, un jour, un film sur l’interdiction faite aux femmes de conduire une voiture ! Dans Un vent de liberté, nous ne sommes donc pas dans de telles extrémités : il s’agit « seulement » d’une jeune femme que le contexte local et familial empêche régulièrement de choisir son avenir.

Sauf que, comme le (nouveau) titre l’exprime sans ambigüité, un vent de liberté souffle sur Niloufar et on subodore que cette dernière, cette fois ci, va prendre son destin en main. Mais ce nouveau titre est-il pour autant meilleur que celui, Inversion, traduction du titre original en persan, Varoonegi, sous lequel ce film avait été présenté à Cannes, en 2016 ? Un titre qui avait le mérite de prendre en compte toutes les facettes du film et de motiver les spectateurs à rechercher dans ce qu’ils voient et entendent tout ce qui peut se rapprocher d’une inversion, exercice qui devrait leur permettre une meilleure compréhension du film. En effet, Un vent de liberté regorge de phénomènes d’inversion, certains très évidents, comme le phénomène d’inversion de température, cause principale du choix que doit faire Niloufar, ou l’inversion progressive dans le rapport de force entre cette dernière et Homa et Farhad, d’autres plus difficiles à percevoir, et ce d’autant plus pour un spectateur occidental peu au fait de la culture iranienne. Parmi ces derniers, le plus important réside dans le fait que, culturellement, c’est Farhad qui aurait dû reprendre l’activité paternelle dans l’atelier de confection. Sauf que Farhad espérait pouvoir gagner plus ailleurs, en travaillant moins, et qu’il était fort satisfait, depuis des années, de l’inversion consistant à être remplacé par sa « petite » sœur dans ce qui, de par la tradition, lui revenait. Par contre, face aux dettes qu’il accumule, il voit dans l’exode programmé de Mahin le moyen d’inverser cette inversion en faisant jouer son pouvoir culturel : aidé par Homa, la sœur aînée, sa principale créancière, il a l’espoir d’écarter Niloufar de son lieu de travail et d’arriver ainsi à régler ses problèmes financiers.

Face à une fin qui, n’en doutons pas, partagera les spectateurs, une autre inversion peut arriver, peut-être, à les départager :  au début du film, dans les scènes en voiture, on voit des véhicules allant à contre-courant par rapport à Niloufar, alors qu’à la fin, les voitures vont dans le même sens qu’elle. N’est-ce pas le signe qu’elles l’accompagnent dans sa décision de partir afin de se construire une nouvelle vie ?

Dans Un vent de liberté, il est très vite évident que Behnam Behzadi et Hassan Shahsavari, les deux scénaristes, ont choisi la subtilité plutôt que la représentation lourdingue d’un conflit familial.  En effet, ce qu’on exige cette fois-ci de Niloufar ne représente pas, pour elle, un drame absolu et on sent parfois qu’elle aurait presque pu proposer elle-même, dès le début, d’accompagner sa mère hors de la pollution de Téhéran. Ce qu’elle n’apprécie pas, et on la comprend, c’est la façon brutale qu’ont son odieux de frère et sa sœur de décider pour elle. Et si c’était les seuls ! Non, il y a aussi Soheil, l’homme qu’elle aime, qui s’avère n’avoir jamais osé lui dire qu’il avait la garde d’un fils de 10 ans né d’une première union : là aussi, Niloufar a la nette impression qu’on veut lui forcer la main ! Heureusement pour Niloufar qu’elle a le soutien de sa jeune nièce, Behzadi voulant sans doute prouver par là qu’il y a beaucoup à attendre de la jeune génération iranienne. Quant à la façon choisie par Niloufar pour prendre son destin en main, pour inverser ce rapport de force avec Homar et Farhad, là aussi la finesse est de mise. A tel point que les discussions entre spectateurs risquent d’être animés entre celles et ceux qui sortiront convaincus que Niloufar a vraiment pris son destin en main et les autres, convaincus du contraire !


Une distribution très solide

C’est avec un grand plaisir qu’on fait « vraiment » connaissance avec Sahar Dolatshahi, la comédienne qui interprète avec une grande intensité le rôle de Niloofar, le rôle principal du film. « Vraiment », car, jusqu’à présent, on ne l’avait vue que dans des petits rôles chez Asghar Farhadi et Abbas Kiarostami. Un peu plus connu chez nous, Ali Mosaffa interprète le rôle de Farhad, le frère « tête à claques » de Niloufar : dans Le passé, d’Asghar Farhadi, il était Ahmad, le mari de Marie (Bérénice Bejo). Deux rôles très différents ! En fait, cet acteur, très connu en Iran, joue presque toujours des rôles d’intellectuels : ce qu’il joue dans Un vent de liberté représente donc une inversion, une de plus, par rapport à ce qu’il fait d’habitude. A noter que Ali Mosaffa mériterait d’être beaucoup plus connu en France car il est également réalisateur et les deux longs métrages qu’il a réalisés ont été très bien reçus dans les festivals où ils ont été présentés. Son dernier, The last step, film de 2012, est très librement inspiré de La Mort d’Ivan Ilyich, une nouvelle de Tolstoï, et de Le Mort, une nouvelle de James Joyce. On doit avouer que les autres comédiens et comédiennes nous sont inconnus mais leurs qualités sont telles qu’on aura sans doute l’occasion de les voir prochainement.

On notera une petite anecdote qui dit beaucoup de choses : dans les scènes tournées dans le cadre d’une maison familiale, les femmes portent le voile, ce qui est contraire à ce qui se passe en Iran dans la vie réelle. Pourquoi ? Parce que ces scènes ont été tournées en studio, avec un environnement de personnes ne faisant pas partie de la famille et, dans ce contexte, les femmes étaient dans l’obligation de porter le voile !


Conclusion

Il est loin le temps où les réalisateurs iraniens étaient contraints de filmer des enfants pour parler de leur pays et du monde des adultes. Troisième long métrage de Behnam Behzadi, Un vent de liberté nous permet de faire connaissance avec un réalisateur de grand talent qui, avec l’aide d’une distribution très solide, sait apporter beaucoup de finesse dans sa dénonciation de la condition féminine dans son pays.

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles