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Cannes 70 Dossiers Festivals News — 16 mars 2017
Cannes 70 : Joyeux anniversaire, Isabelle Huppert !

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Écran Noir, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années…

Aujourd’hui Jour J – 63

(en 1976 devant le Carlton, photo : Getty Images)

Plus que nulle autre actrice, grâce à ses choix éclectiques et sa curiosité indéfectible qui la pousse à s’intéresser aux cinéastes ambitieux, qu’ils soient déjà établis ou simplement prometteurs, possède un lien très fort avec le Festival de Cannes. Plus d’une quarantaine de films sont passés sur la , dont près d’une vingtaine en compétition officielle, d’ de Liliane de Kermadec en 1975 à Elle de Paul Verhoeven.

Ça commence avec Toscan

avec Daniel Toscan du Plantier (photo : Gilles Traverso)

Après des apparitions déjà marquantes dans Les Valseuses de Bertrand Blier et Dupont Lajoie de Yves Boisset, elle devient réellement familière du grand public avec deux films «cannois» : de Claude Goretta et un an plus tard Violette Nozière de Claude Chabrol qui lui a permis de remporter son premier prix d’interprétation mais surtout de débuter une belle amitié cinématographique avec son réalisateur. La shampouineuse et la parricide auxquelles elle prête ses taches de rousseur imposent une présence à part. Ces deux personnages montrent deux facettes bien différentes. De la fragilité dans le premier (un registre plutôt abandonné depuis), une force qui n’appartient qu’à elle dans le deuxième et que l’on retrouvera dans la suite de sa filmographie, avec de multiples variantes et évolutions.

Cette union avec Cannes est la conséquence directe de la première rencontre majeure de son parcours de comédienne, sa double histoire avec le producteur Daniel Toscan du Plantier, professionnelle autant que personnelle, évoquée dans l’ouvrage «Toscan ! » de Jean-Marc Le Scouarnec, récemment publié aux éditions Séguier, qui revient notamment sur la profondeur de leur lien. «Avant beaucoup d’autres, avant même le tournage de La Dentellière, Toscan a effectivement pressenti quelque chose en moi. […] Il a eu cette confiance dans la jeune actrice que j’étais». Elle prend de l’assurance à son contact. «Ma timidité, on en a longtemps rigolé avec Daniel […] Je n’étais pas très consciente des codes de représentation vestimentaire qu’une jeune actrice devait afficher. Pour autant, ma timidité disparaissait dans la sphère qui m’était la plus familière au fond : comme actrice j’ai été très tôt prête à toutes les audaces».

Gilles Jacob témoigne : «Toscan a beaucoup fait pour la carrière d’Isabelle. […] Les premières années, elle a souvent tourné grâce à lui. Il était le catalyseur : il montait des projets autour d’elle, il cherchait des rôles qui pouvaient lui convenir».

Le terme Pygmalion, souvent évoqué pour définir leurs rapports, ne plaît guère, on le comprend aisément, à l’actrice : «Daniel aimait bien dire que c’était autant les producteurs qui faisaient les actrices que les actrices qui faisaient les producteurs. C’est grâce à moi qu’il a rencontré Pialat, que Chabrol est venu chez Gaumont. Le relation ne fonctionnait pas que dans un sens. Il s’est trouvé à la croisée de certains projets parce qu’ils arrivaient par moi. Le terme de Pygmalion est réducteur, et pour moi et pour lui. C’est compréhensible que notre alliance […] ait pu mener à ce genre de cliché facile, obsolète et rétrograde».

Lors d’un hommage à la cinémathèque de Toulouse en 2003, elle évoquait ainsi sa mémoire : «Ce qui me manque le plus quand je pense à lui, et j’y pense plusieurs fois par jour, c’est son intelligence profonde et sa compréhension des choses et des êtres».

Une exigence de romanesque

avec Michael Cimino et Kris Kristofferson (photo : Richard Melloul/Sygma/Corbis)

Dans les interviews qu’elle a accordé tout au long de sa carrière, elle s’est surtout exprimée sur l’exercice de son métier, peu sur des sujets personnels. Ce qui ressort notamment est son rejet des rôles trop réalistes et sa méfiance du naturalisme. «Les sujets où je ne vois pas la possibilité d’introduire une dimension un peu mythologique me gênent» disait-elle déjà dans le numéro double de mai 1981 des Cahiers du cinéma. Au Figaro, le 14 mai 2001, elle explique avoir refusé Funny Games pour des motifs similaires : «Il n’y avait aucun romanesque, aucun espace fictionnel où les acteurs puissent s’échapper. Pour moi, l’acteur doit voir une part d’imaginaire où il puisse vivre. La plupart des films ont un scénario qui vous nourrit et vous protège. Funny games, c’était la reproduction brute et brutale de la réalité».

Isabelle Huppert n’a jamais cessé de rechercher les rencontres artistiques inspirantes, sans se considérer comme une grande cinéphile, comme elle le confiait à La Septième Obsession en novembre dernier. «Je suis très instinctive. J’ai beaucoup d’intuition. Il y a plein de metteurs en scène avec qui je voudrais tourner, dont j’ai à peine vu les films. Je le sens, c’est tout». En se limitant aux films en compétition à Cannes, elle a su attirer le regard de cinéastes issus du monde entier tels que (Les Héritières, 1980), Michael Cimino (La Porte du Paradis, 1981), Marco Ferreri (L’Histoire de Pierra, 1983), (Malina, 1991), (In another country, 2012), Joachim Trier (Plus fort que les bombes, 2015) ainsi qu’évidemment avec qui elle tourne à quatre reprises ou le néerlandais Verhoeven, auxquels s’ajoutent, côté français, (Les Sœurs Brontë, 1979), (Sauve qui peut la vie, 1980 et Passion, 1982), Maurice Pialat (Loulou, 1980), Benoît Jacquot (L’École de la Chair, 1998), Olivier Assayas (Les Destinées sentimentales, 2000) ou Guillaume Nicloux (Valley of Love, 2015).

Sans minimiser l’apport des cinéastes avec lesquels elle a tourné, elle est souvent vue comme co-auteure de certaines de ses œuvres qui n’existeraient pas sans elle ou certainement pas de la même façon. Elle apporte du trouble, une ironie, une capacité à dire les choses sans en avoir l’air, par un regard, un mouvement du corps, un geste inattendu, un air las, une capacité à rebondir sur ses répliques ou celles de ses partenaires et une forme de détachement qui lui permet de lutter contre la tentation d’un sentimentalisme qu’elle cherche à éviter à tout prix. Elle incarne souvent des femmes fortes et indépendantes qui refusent le statut de victimes lorsqu’elles sont confrontées à des drames qui pourraient les détruire. Malgré des sujets souvent dramatiques, son attitude fait parfois sourire voire rire de façon inattendue.

Les Palmarès d’Isabelle Huppert

Deux prix d’interprétation ont salué ses multiples passages, mais il ne lui en reste qu’un seul, confiait-elle à Vogue Paris, en mars 2016 : «Pour Violette Nozière, j’ai reçu mon premier prix d’interprétation à Cannes. Malheureusement, j’ai été cambriolée et la Palme a disparu. Je devrais demander qu’on me la refasse. J’ai reçu un deuxième prix d’interprétation pour La Pianiste… Mais, évidemment, à ce moment-là, ils ne m’ont pas donné le double de Violette Nozière ! ».

Si elle n’a pas remporté de troisième prix grâce à son dernier titre en compétition, Isabelle Huppert reçoit enfin grâce à Elle un bien tardif deuxième César de la meilleure actrice, vingt-et-un ans après celui glané pour La Cérémonie de Claude Chabrol. Cerise sur le gâteau, elle s’est retrouvée invitée au Saint-Graal des trophées internationaux avec une citation aux Oscars, rejoignant ainsi, entre autres nommées françaises, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Marion Cotillard ou Emmanuelle Riva, sans oublier qui, au passage, était l’épouse de Toscan à l’époque de leur rencontre.

Avec quels films pourrait-elle revenir cette année ? Il n’est pas extravagant d’espérer être le témoin réjoui de ses retrouvailles avec Hong Sangsoo pour La Caméra de Claire, cinq ans après In another country et surtout avec Michael Haneke pour où elle sera à nouveau la fille de Jean-Louis Trintignant. Elle partage avec lui plusieurs moments historiques : son deuxième prix d’interprétation est pour La Pianiste ; elle était la présidente du jury lorsque obtint la Palme d’or et enfin, elle tient un rôle important dans Amour, deuxième Palme de l’autrichien. Le Temps du Loup fut présenté en 2003 hors-compétition, l’un de ses acteurs, Patrice Chéreau, étant cette année-là président du jury.

Isabelle Huppert fut une première fois membre du jury en 1984, l’année de la Palme d’or de Paris, Texas de Wim Wenders et où fut aussi primé Bertrand Tavernier pour Un dimanche à la campagne. Le réalisateur l’avait déjà dirigée à deux reprises dans sa «première période», dans deux petits rôles (dans Le Juge et l’Assassin et Des enfants gâtés). Lui aussi été séduit par sa subtilité : «J’ai tout de suite senti qu’elle pouvait suggérer, dissimuler, que comme Kenny Clarke, les notes qu’elle ne jouait pas comptaient autant que celles qu’elle jouait». Gilles Jacob exprime un avis proche : «Depuis son incroyable incarnation de la coiffeuse triste de La Dentellière, le silence lui va bien. Le silence l’habite, elle excelle autant dans ce qu’elle montre que dans ce qu’elle cache, dans ce qu’elle dit que dans ce qu’elle tait ».

La belle filmographie de cette figure majeure du cinéma français méritait d’être saluée le jour de son anniversaire, que nous célébrons dans le cadre de notre dossier sur la 70ème édition du Festival de Cannes dont elle devrait donc être, à nouveau, l’une des personnalités marquantes. Et franchement, pourquoi devrait-on s’en plaindre ?

avec le président du jury en 1984, Dirk Bogarde (photo : Frédéric Meylan/Sygma/Corbis)

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Auteur

Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles