Berlinale 2017 : Barrage (Laura Schroeder)

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Luxembourg, Belgique, France, 2017
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Marie Nimier et Laura Schroeder
Acteurs : , Thémis Pauwels,
Distribution : Alfama Films
Durée : 1h52
Genre : Drame familial
Date de sortie : 19 juillet 2017

Note : 2,5/5

En dépit de la reconnaissance internationale d’Isabelle Huppert qui bat son plein en ce moment pour le film d’un réalisateur aussi connu que Paul Verhoeven, le gros de sa filmographie récente consiste en des films plus confidentiels et exigeants, souvent de premiers films qui doivent parfois même leur existence à la présence du nom de l’actrice sur l’affiche. Barrage est de ceux-là, puisqu’il va jusqu’à faire d’une pierre deux coups, à la fois prêtant main forte à sa jeune réalisatrice luxembourgeoise et passant le relais à la fille comédienne de Huppert, Lolita Chammah, qui tient ici le premier rôle, au détriment de sa mère reléguée aux apparitions épisodiques. Sinon, il n’y a hélas pas grand-chose à dire sur le deuxième film de Laura Schroeder, un drame familial à l’intrigue aussi minimaliste que tortueuse, truffée de moments contemplatifs qui font essentiellement durer le doux calvaire, au lieu d’apporter le genre de profondeur nécessaire pour rendre intriguant ce conflit à travers les générations.

Synopsis : Après une longue absence, Catherine retourne dans la ville où sa mère Elisabeth élève depuis dix ans à sa place sa fille Alba. La reprise de contact est pour le moins laborieuse, la grand-mère ayant remonté sa petite fille contre sa mère et celle-ci ne savant pas trop comment s’y prendre avec cette pré-adolescente qui lui est devenue étrangère. C’est que Catherine n’a toujours pas pardonné à sa mère ses méthodes d’entraînement draconiennes pour devenir une championne de tennis, qu’elle reproduit désormais auprès d’Alba. Ainsi, dès le premier après-midi où elle se trouve seule avec sa fille, Catherine l’emmène au loin, au chalet familial dans les montagnes.

Besoin de câlins

Des films de la trempe de Barrage ont-ils une vocation autre que de donner le blues aux spectateurs ? Aussi tendancieuse soit-elle, la question vaut tout de même la peine d’être posée, face à cette histoire qui avance à une vitesse lénifiante pour en fin de compte ne rien accomplir ou presque. Tout n’y est qu’états d’âme dépressifs et rancunes longtemps enfouies, dont l’abcès ne peut être crevé faute de pragmatisme narratif. Le seul geste à évoquer au moins de façon approximative de la chaleur humaine est ainsi celui de la propriétaire d’un stand, qui croit devoir réconforter Catherine. Elle a pourtant mal interprété la raison de son désarroi, en rapport avec le mauvais traitement d’un animal de compagnie, un drôle de motif récurrent que l’on retrouve dans plusieurs films en ces premiers jours du 67ème Festival de Berlin. Quant au reste de l’intrigue, il se focalise sur l’éternelle rengaine de l’impossibilité de communiquer au sein d’une famille dysfonctionnelle. Qui en porte la faute ? Mystère ! Même si la mise en scène se démarque au moins partiellement en bien par son refus de dresser l’une contre l’autre les deux figures maternelles, aux traits relativement nuancés.

De mères en filles

Si la contribution de Isabelle Huppert confère une plus grande visibilité au film qu’il ne l’aurait eue avec la seule présence de Lolita Chammah, il n’existe pas de mise en abîme particulièrement probante entre la vie réelle et la fiction dans Barrage. La grande dame du cinéma français y fait plutôt preuve de discrétion avec ce rôle d’une mère, très facile à tirer vers une monstruosité sans bornes, mais qui demeure malgré tout à peu près raisonnable dans l’emprise qu’elle exerçait jadis sur sa fille et qui la définit depuis en tant que bonne mère de substitution auprès d’Alba. Malheureusement, l’ambiguïté psychologique du personnage n’est pas sondée davantage, pas plus d’ailleurs que celle, encore plus tristounette, de Catherine. Il revient donc aux actrices d’insuffler de la vie à ces femmes décrites assez sommairement. Isabelle Huppert s’acquitte sensiblement mieux de cette tâche. On aurait presque envie d’ajouter « naturellement », si ce n’était un commentaire trop cruel à l’égard de Lolita Chammah, qui peine toujours à sortir définitivement de l’ombre écrasante de sa mère, même après près de trente films à son actif.

Conclusion

Notre première journée de couverture de la Berlinale 2017 se clôt donc avec une légère déception, à savoir un film passablement ambitieux, qui reste hélas trop distant pour nous arracher quelque émotion que ce soit. Le jeu solide d’Isabelle Huppert n’est guère capable d’y changer quelque chose, puisque le film ne repose point sur ses épaules.

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