Critique : Un été à Osage County

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un été à osage county afficheUn été à

États-Unis : 2013
Titre original : August: Osage County
Réalisateur : John Wells
Scénario : Tracy Letts
Acteurs : 
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 2h10
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 26 février 2014

Note : 3,5/5

Adaptation de la pièce de théâtre de Tracy Letts – lui-même scénariste du film -, le dernier long-métrage de John Wells porte à l’écran, avec un rire grinçant, de fracassantes retrouvailles familiales. Un été à Osage County, derrière son titre bucolique révèle une comédie acide et cruelle sur les relations familiales… Alors, une énième réunion de famille difficile ?

Synopsis :  Alors que leur père disparaît dans le comté d’Osage sans laisser de trace, les sœurs Weston, Barbara, Ivy et Karen, retrouvent leur famille au complet chez leur mère expansive, droguée et lunatique. Trop longtemps préservée de ses divergences par la distance qui les sépare, la famille s’affronte dans un huis-clos vénéneux.

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Tous en scène

Au cœur d’un été aride et d’une Amérique perdue dans des paysages désertiques et intemporels, l’orage couve dans une maison familiale où les rancoeurs végètent. Panier de crabes vorace mais attachant, la famille Weston, dont le mal être individuel a corrompu les liens au fil des années, se réunit et se désagrège à mesure que les secrets font surface. Si l’intrigue s’arrime ouvertement à la traditionnelle réunion de famille où explosent les querelles et les non-dits, la plongée dans les cercles de l’Enfer des Weston n’en est pas moins euphorisante, piquée ça et là de quelques belles trouvailles.

Cette longue spirale autodestructrice de gestes et de paroles cinglantes est pourtant précédée par un prologue détaché, flottant au-dessus du vacarme à venir. Encore calme mais déjà anxiogène, la maison capture d’emblée le spectateur, l’enfermant entre ses murs, au plus près de ses habitants. Séquence presque autonome du reste du film, cette entrée en matière, centrée sur Beverly, le mari de Violet – Meryl Streep -, instaure un sentiment d’étrangeté enfouie, de malaise latent dans le hors champ, né dans un temps antérieur au film qui ne cessera de s’exposer, frange par frange, au fil des scènes. Violet, concentrant déjà les regards, s’expose comme le personnage qui contamine tout son entourage. Après la scène d’exposition, le film conserve ainsi une approche théâtrale, fonctionnant par actes et à-coups successifs. Ce huis clos est rompu par les étendues infinies qui entourent la maison et qui contribuent pourtant à renforcer l’isolement, à resserrer les personnages dans un espace confiné. Quelques échappées en voiture apportent une bouffée d’air, rapidement plombée par la chaleur de l’été, le désert et l’inexorable retour des personnages dans le nid corrompu.

Jouant principalement sur l’atout de ses acteurs, John Wells délaisse parfois une mise en scène qui aurait gagné à davantage laisser s’exprimer le temps et l’espace : comme cet incroyable plan qui s’étire à la fin du film où Meryl Streep, hébétée et spectrale, semble sentir dans le vide qui l’entoure le creux qui s’est insidieusement formé en elle. Le film frôle ainsi souvent l’écueil des rebondissements théâtraux à répétition et le cantonnement au second plan de la mise en scène. A trop lever successivement les voiles sur les personnages, l’attente de la prochaine révélation – qui, il faut bien l’avouer, est malgré tout jubilatoire – cache ainsi ce que les corps et leurs attitudes ont à exprimer. A ce titre, moins détonnant que le duo Meryl Streep / Julia Roberts, Benedict Cumberbatch – qui passe pour le jeune homme simplet et timide de la famille – habite le cadre par un jeu d’acteur subtil, juste et surprenant. Le regard est intrigué par sa présence, évocatrice au-delà des dialogues et des événements ponctuels qui rythment le film.

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Elégante cruauté

Malgré cet héritage du théâtre parfois encombrant, certains choix de mise en scène sont de belles réussites. Si chaque film du genre converge vers une traditionnelle séquence du repas familial où le rythme s’accélère, la parole fuse et le poison se libère, Un été à Osage County ne déroge pas aux attentes tout en instillant une gêne prête à effacer les sourires. La séquence, quoique amenée un peu artificiellement, est dominée par une Meryl Streep qui montre les crocs avec classe : elle, siégeant en bout de table en matriarche sur le déclin, à la franche dureté pourtant vacillante, assène des vérités cinglantes à quiconque se trouve à portée d’injure, et les autres sont condamnés à l’offensive sauvage ou la défensive maladroite. Cette longue scène tient à distance la dramatisation en insinuant le rire dans les attitudes des personnages. Meryl Streep, dotée d’une énergie verbale sidérante poussée jusqu’à la nausée semblable à celle d’Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Woolf ?, crache ses pensées vénéneuses à sa famille et à l’écran. Déconcertante dans ses métamorphoses, l’actrice passe alternativement d’une beauté cruelle et intouchable à une vieille femme fragile, se forgeant un rôle taillé pour les Oscars.

La caméra impose un point de vue de l’intérieur, contemplatif et analytique, de plus en plus inconfortable à mesure que la confidence pousse au voyeurisme. Pourtant, et c’est là que le film parvient à renouveler son intérêt, le regard est sans cesse réorienté par de nouveaux éléments lâchés comme des bombes. Témoin mais non juge, le spectateur est poussé à regarder au-delà de l’image, dans sa propre expérience. Ainsi, plutôt que de pousser à l’identification à un personnage en particulier, la distanciation incite à piocher çà et là des traits de caractère, des bribes de phrase, des attitudes que chacun a déjà rencontrés au sein de sa propre famille. Le malaise naît du rire que suscitent des situations cruelles, qui dans la réalité auraient trait au drame. Le spectateur est donc ouvertement pris à partie, conscient que le rire ne peut jaillir que grâce à la barrière de l’image et de la fiction. L’écran, d’où naît ce confort étrangement fragile car temporaire, renvoie ici à des vérités de façon frontale et radicale.

Perpétuellement sur la brèche de la révélation et du non-dit, du visible et de l’invisible, John Wells jongle avec ces dialectiques pour interroger ce qui se trame en hors champ. Tandis ce que le regard est focalisé sur une scène, à un endroit et à un moment précis, un poison se répand ou une présence rôde – à l’image de la vie révélée par bribes que chacun, avant de se réunir au début du film, vivait dans un ailleurs flou et lointain. Une tension est entretenue entre présence et absence, incarnée surtout par Beverly, la figure calme de la séquence d’introduction qui hante les lieux par son étouffant souvenir. Sa silhouette aperçue brièvement semble surplomber l’image, témoin mobile de ce qui se passe sous ses yeux, habité par les mêmes émotions que le spectateur, à la fois rieur et horrifié.

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Résumé

Rien de nouveau sous le soleil d’Osage County qui traite finalement le sujet sans grande surprise ni coup de génie. Et pourtant, le plaisir est bien réel, et le film connaît ses moments de grâce, notamment dans le jeu de ses acteurs et surtout sa pluie d’humour acide qui n’épargne rien à ses personnages. Résultat, une alchimie réussie pour une désunion de famille au sourire carnassier. 

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