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La Roche-sur-Yon 2016 : Tower


Etats-Unis, 2016
Titre original : Tower
Réalisateur :
Acteurs : Violett Beane, Louie Arnette, Blair Jackson
Distribution : –
Durée : 1h22
Genre : Documentaire animé
Date de sortie : –

Note : 3,5/5

L’Histoire se répète à l’infini. Les attaques terroristes qui ponctuent l’actualité s’inscrivent en fait dans un très long cycle de l’horreur, causée par des fanatiques ou des individus déséquilibrés. La menace a beau paraître concrète, voire suffocante, avec ces souvenirs douloureux du dernier attentat qui viennent tout juste s’estomper, lorsque le prochain rouvre des blessures psychologiques à peine cicatrisées, il n’y a hélas rien de très nouveau dans cette vie au quotidien avec la peur. Aux Etats-Unis, la culture néfaste du port d’armes guère réglementé augmente encore considérablement le risque d’être au mauvais endroit, au mauvais moment, comme ce fut le cas de ces étudiants et passants, pris pour cible lors de la fusillade depuis la tour de l’université d’Austin au Texas en 1966. A l’époque, cette folie meurtrière avait marqué les esprits, tandis que de nos jours, elle s’est rangée docilement dans la file interminable de carnages semblables, à tel point que cet événement parlera sans doute moins aux générations ultérieures que par exemple les faits sanglants à Columbine ou à Sandy Hook. Le documentaire astucieux de Keith Maitland, présenté au , réussit pourtant à nous plonger à nouveau dans la frénésie de ces deux heures de chaos, qui ont su définir à la fois le traumatisme collectif des Américains et une perception plus intime de l’héroïsme.

Synopsis : Un beau jour d’été, le 1er août 1966, les étudiants sont en train de sortir de la faculté d’Austin, dans l’état du Texas, pour la pause déjeuner, lorsque des coups de feux retentissent. Plusieurs personnes s’écroulent, mortellement blessées, d’autres cherchent en panique à s’abriter. Un tireur embusqué a pris position au sommet de la tour emblématique de l’université et cherche à abattre sans distinction toutes les cibles humaines à sa portée. Les médias arrivent sur place, tout comme les forces de l’ordre, d’abord incapables d’arrêter l’assassin anonyme. On dénombre bientôt des dizaines de victimes, mortes ou blessées.

L’heure de la terreur a sonné

A première vue, Tower fonctionne comme un formidable thriller. A la façon de Vol 93 de Paul Greengrass, qui reconstituait par le biais de la fiction la résistance héroïque des passagers du quatrième avion du 11 septembre 2001, le récit donne amplement la parole aux participants, instaurant ainsi un ton marqué par le sentiment haletant d’une urgence absolue. Nous sommes comme propulsés dans le climat anxiogène de confusion et d’impuissance, qui est inhérent au vécu en direct de ce type de situation hautement stressante. La multiplication des intervenants, sans schéma dramatique clairement établi en dehors de la nécessité de mettre fin aux méfaits du sniper mystérieux, accentue encore la sensation d’une perte de repères irrémédiable. Personne ne sait ce qui s’y passe, tout le monde craint pour sa propre vie, pendant que la radio et les caméras de télévision relayent pratiquement sans états d’âme cet événement assez inhabituel pour une décennie pourtant rompue aux assassinats politiques surgis avec une régularité inquiétante. Le cadre de l’observation objective, généralement associé au documentaire, est mis à rude épreuve par cette forme de narration palpitante, incroyablement efficace, quoique opérant davantage à un niveau viscéral que par le prisme d’un constat historique mûrement réfléchi.

Reflets dans un œil animé

Or, les dispositifs de réflexion ne manquent pas dans Tower. Alors que l’ouverture, vers la fin du film, du champ temporel aux massacres plus récents et malheureusement innombrables s’avère curieusement peu probante – comme si le contexte actuel suffisait d’ores et déjà pour établir une telle mise en parallèle –, le recours abondant à l’animation déclenche une précieuse mise en abîme afin de mieux tirer la leçon de cet épisode en fin de compte anecdotique de l’Histoire américaine. Techniquement, le trait y est encore moins soigné que dans Valse avec Bachir de Ari Folman, jusqu’à présent le plus connu des documentaires animés. L’esthétique inhérente à la capture de mouvement confère cependant une vivacité crue à l’image, tout en permettant quelques échappées moins réalistes, comme l’évocation aux couleurs psychédéliques de l’histoire d’amour de la femme enceinte gisant sur le bitume brûlant à côté du cadavre de son compagnon. Et puis, la majorité des plans animés est entrecoupée de matériel d’archives, avant que les personnages animés et interprétés par des acteurs ne laissent la place au témoignage au présent des rares survivants encore parmi nous un demi-siècle plus tard. Il en résulte un effet particulièrement saisissant, tel un ultime niveau de lecture – plus émotionnel et moralisateur – d’un incident, qui a su pénétrer au cœur de l’illusion de sécurité si chère aux Américains, sans pour autant modifier en profondeur un style de vie basé sur le culte des armes à feu.

Conclusion

Aussi peu répandu soit-il, le mélange entre les genres mutuellement exclusifs du documentaire et de l’animation n’est pas toujours très heureux. Dans Tower, il fonctionne toutefois à merveille, grâce au rythme soutenu de la narration, qui raconte ces événements troublants à la manière d’un thriller vigoureux, tout en aménageant une place de choix à la dimension humaine et plus précisément aux nombreuses victimes. En effet, ce ne sont pas tant les motivations du meurtrier qui y importent, mais la naissance, parfois hésitante, parfois fulgurante, de l’héroïsme sous sa forme la plus accessible et enthousiasmante !

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles