Test DVD : Un vrai faussaire

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France : 2015
Titre original : –
Réalisation :
Acteur : ,
Éditeur :
Durée : 1h28
Genre : Documentaire
Date de sortie cinéma : 2 mars 2016
Date de sortie DVD : 6 décembre 2016

 

 

Peintre de talent et voyou, Guy Ribes, 65 ans, est le plus prolifique des faussaires Français recensés à ce jour ayant inondé le marché de l’art pendant 30 ans. En 2005, la police a saisi plus d’une centaine de ses « faux » et en 2010 le Tribunal de Créteil l’a condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Guy Ribes n’a jamais rien copié. Ses Picasso, ses Matisse, ses Chagall, et autres Léger ont l’apparence trompeuse du « vrai » et égalent leurs inspirateurs. Mais combien de faux de sa main, authentifiés par des experts, vivent encore aux murs des collectionneurs, des galeries ou des musées ? Et dans les pages de catalogues raisonnés ? Guy Ribes nous livre les secrets de fabrication de ses «balourds » contant, avec une gouaille de marlou, une vie de flambe, de plaisir et d’arnaques. La dernière, celle qui l’a fait tomber, sort tout droit d’une série noire. On y croise une veuve bidon, de faux héritiers, un « pigeon » Suisse collectionneur et des marchands sans scrupules. Le policier qui l’a arrêté, le procureur, l’expert judiciaire et un collectionneur floué révèlent les autres facettes de ce personnage incroyable, qu’on pourrait croire sortir tout droit d’une fiction… Tout au long du film, le pinceau de Guy Ribes crée sous nos yeux une toile qui semble être de la main des maitres qui l’ont inspiré.

 

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Le film

[3/5]

Ce n’est pas tous les jours qu’un grand faussaire vient se mettre à nu devant une caméra, ces gens là préférant nettement vivre et travailler dans l’ombre. Sauf que Guy Ribes, 65 ans, ayant été arrêté, jugé et condamné, on peut le rencontrer ! Depuis longtemps, Jean-Luc Leon, déjà réalisateur il y a plus de 20 ans de Un marchand, des artistes et des collectionneurs, un documentaire sur le marché de l’art,  avait l’espoir de trouver un faussaire qui se laisse filmer. Un accord que Guy Ribes lui a donné après avoir été jugé en 2010. La rencontre entre les deux hommes est d’autant plus intéressante que ce faussaire, fils d’une voyante et d’un proxénète violent, mesurant plus de deux mètres et proche du gang des lyonnais, s’avère extrêmement bavard. Imaginez Jean Richard, avec son chapeau et sa pipe, interprète d’un film de Lautner avec la gouaille des dialogues d’Audiard (Michel), vous avez Guy Ribes racontant sa vie. Dans cette véritable confession, Ribes n’est pas avare de détails et il arrive que certains noms donnés par lui soient « censurés » par une coupure de son ou que des œuvres soient masquées « pour éviter toute polémique ». Tout y passe, sa prime jeunesse, son travail comme dessinateur dans une soierie, son passage dans l’armée, son passé de cambrioleur (« Un bon cambrioleur, c’est celui qui connaît bien les choses »), son arrivée dans ce qui allait devenir son métier, la réalisation, non pas de copies, mais de tableaux « à la manière de », ses astuces pour leurrer les experts, les méthodes utilisées avec ses complices Gilles Ribert et Pascal Robaglia pour gruger les collectionneurs, ses rapports avec les femmes, le fric gagné et dépensé dans la foulée, etc.. Tout y passe, ou presque, Guy Ribes avouant qu’il y a quand même des choses qu’il ne peut pas raconter, le risque n’étant pas de devoir affronter un procès en diffamation mais, plutôt, de « se prendre un coup de pétard ». De la vision de ce film où défilent de faux Picasso, Chagall, Léger, Matisse, Braque, Degas, etc., on retire une certitude : le marché de l’art, qualifié de marché de dupe par Guy Ribes, ne sort pas grandi. Un marché qui, d’après Guy Ribes, est surtout fréquenté par des gens qui achète le certificat sans vraiment s’intéresser à l’œuvre, le but recherché étant de réaliser un placement ou de blanchir de l’argent. On sent un mélange de fierté et d’amertume chez Ribes lorsqu’il nous dit qu’on reconnait un véritable amateur d’art au fait qu’il est plus intéressé par l’émotion qu’il ressent devant un tableau (sous-entendu : même s’il s’agit d’un faux) que par son certificat d’authenticité : fierté d’être capable de donner de l’émotion, amertume que son talent ne soit pas reconnu.

 

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Guy Ribes se raconte dans les grandes largeurs, mais doit on croire tout ce qu’il dit ? Un (faux) proverbe chinois ne dit-il pas « Les récits des faussaires sont parfois aussi vrais que leurs œuvres ». Le film prend un malin plaisir à s’interroger là-dessus, en particulier lorsqu’il fait intervenir le commandant Marten Perolin, celui là même qui a arrêté Guy Ribes en 2005, juste après qu’on ait entendu ce dernier raconter cette arrestation : « Il y a 5% de vrai là-dedans » raconte le commandant, « il y a quand même quelque chose de vrai, ce n’est pas comme les tableaux qu’il peint ! ». Le film permet de faire la connaissance d’autres protagonistes ayant croisé la « carrière » de Guy Ribes, tels le procureur Bernard Thouvenot, Gilles Perrault, expert en art agréé par la Cour de cassation et un collectionneur qui admet avoir perdu 500 000 Euros dans l’achat de faux tableaux. Plus, bien sûr, Jean-Baptiste Péretié, auteur, avec Guy Ribes, du livre « Autoportrait d’un faussaire », source d’inspiration du documentaire. L’arrestation de Guy Ribes et de ses complices a permis de saisir deux à trois centaines de faux tableaux, ce qui représente un petit dixième de la production du faussaire. Il y a donc près de 2000 faux qui sont toujours dans la nature, des œuvres authentifiées par des experts et qui ont trouvé leur place dans les catalogues raisonnés ou dans des musées. Dernier détail savoureux : d’après Guy Ribes, s’il est très fréquent que des faux soient authentifiés, il arrive aussi que de vrais tableaux soient « dés-authentifiés » et se retrouvent rabaissés aux rangs de faux ! Après avoir vu ce documentaire très bien documenté, il est probable qu’on visitera les musées et les galeries de façon différente, tout particulièrement ceux consacrés à la peinture du 20ème siècle, grande spécialité de Guy Ribes, même s’il lui est arrivé de se « frotter » à des impressionnistes et même à des primitifs flamands.

 

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Le DVD

[3.5/5]

Il arrive qu’on se retrouve presque perdu face aux très nombreuses options offertes pour la lecture de certains DVD. Ce n’est pas le cas ici : il n’y en a qu’une, avec le film en Dolby 2.0 sur un support DVD-9. Largement la place d’offrir une image de très bonne qualité, d’autant plus que la durée des suppléments n’excède pas 7 minutes avec la bande-annonce et un sujet appelé « Dans l’atelier » d’une durée de 5 minutes, très proche du film dans sa réalisation et ce qu’il raconte. Le coffret, très soigné, comprend un beau livret de 20 pages qui revient sur la biographie de Guy Ribes et comprend un entretien avec Jean-Luc Leon, le réalisateur.

 

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