Test DVD : Melody

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Melody

Melody DVDBelgique, Luxembourg, France : 2014

Titre original : –
Réalisateur : Bernard Bellefroid
Scénario : Bernard Bellefroid, Carine Zimmerlin, avec la collaboration d’Anne-Louise Trividic et de Marcel Beaulieu
Acteurs : Rachael Blake, Lucie Debay, Don Gallagher
Éditeur : Damned Films
Durée : 1h31
Genre : drame
Date de sortie cinéma : 6 mai 2015
Date de sortie DVD : 20 octobre 2015

 

Melody, modeste coiffeuse à domicile, est prête à tout pour réaliser son rêve : ouvrir son propre salon de coiffure. Contre une importante somme d’argent, elle accepte de porter le bébé d’une autre et rencontre Emily, riche Anglaise qui cherche désespérément à en avoir un…

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Le film

[4/5]

Alors qu’elle subsiste chichement en coiffant des clientes à domicile, sans domicile fixe, en prenant soin d’économiser au maximum, est-ce uniquement son désir profond d’ouvrir son propre salon de coiffure qui pousse Melody à passer une annonce sur un site Internet spécialisé, afin de devenir mère porteuse ? 30 000 Euros, minimum, rapidement, c’est ce dont elle a besoin pour acquérir le local dont elle rêve. N’y a-t-il pas une autre raison, enfouie en elle, qui influence son rapport à la maternité : le fait d’être née sous X, d’avoir été abandonnée à la naissance par sa propre mère ? Très vite, le film nous permet de rencontrer l’autre mère, celle qui va payer pour avoir un enfant que son corps ne lui permet plus d’espérer. C’est Emily, une anglaise célibataire, 40 ans environ, chef d’entreprise, une femme qui a dû subir une ablation de l’utérus pour espérer continuer à vivre, alors qu’elle était enceinte. Dès lors, Melody va se concentrer sur la relation entre ces deux femmes que presque tout sépare au départ. Leur principal point commun : une volonté farouche, tempérée par une fragilité générée par ce qu’elles ont vécu, chacune de son côté. Ces traits de caractère et la situation difficile dans laquelle elles se sont engagées expliquent facilement que leur relation fasse sans arrêt penser à des montagnes russes, passant de moments de grande complicité à de la méfiance, voire à de l’antagonisme. Melody et Emily parlant toutes deux assez bien la langue de l’autre, chacune tendant à imposer sa langue à l’autre lorsqu’elle se sent, à tord ou à raison, en position de force.

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La Régate, le premier film du réalisateur belge Bernard Bellefroid, parlait de paternité et de filiation au travers des rapports difficiles entre un père et son fils. Pour son deuxième film, il a choisi de continuer à creuser le sillon de la filiation en s’intéressant, cette fois ci, à la Gestion Pour Autrui et à l’accouchement sous X, au travers d’une fille de 28 ans qui cherche une mère et d’une mère qui cherche un enfant. La GPA est un sujet dont on a beaucoup parlé lors du débat sur le Mariage pour tous alors qu’il n’en était absolument pas question dans le projet de loi. Curieusement, c’est par contre un sujet que le cinéma de fiction n’avait pas encore osé aborder. Peur d’affronter un sujet particulièrement délicat qui voit se dresser l’un contre l’autre deux camps aux opinions très arrêtées ? Peur de se faire taxer de rouler pour un camp plutôt que pour l’autre ? Face à ce débat qui va jusqu’à profondément diviser les féministes, c’est donc à un homme, Bernard Bellefroid, qu’on doit le premier film de fiction mettant côte à côte les deux futures mères d’un enfant à naître. Tout au long de Melody, le réalisateur prend bien soin de ne pas se poser en donneur de leçon : il a manifestement beaucoup lu sur le sujet, il a bien pris connaissance de ce que la loi permettait en Angleterre, de ce qu’elle permettait en Ukraine et il a, sans aucun doute, étudié les arguments des uns et des autres, mais jamais on ne sent chez lui la volonté de prendre parti. Au travers des discussions entre Melody et Emily, il s’efforce de faire comprendre aux spectateurs les motivations profondes des deux femmes que, jamais, il ne cherche à condamner, tout en n’oubliant pas d’aborder, d’une manière ou d’une autre, ce qu’il peut y avoir de malsain dans la pratique de la GPA. Il (se) pose des questions, il amène les spectateurs à réfléchir, il se garde de donner LA réponse, d’autant plus facilement qu’une pirouette scénaristique arrive à point pour simplifier la problématique. Plus le film avance, plus l’enfant qui va naître prend de l’importance, à coup d’échographies, à coup de mouvements dans le ventre de Melody, et donc plus la question de ce qu’est la filiation devient importante. Une question qui s’alimente aussi au fait que Melody soit née sous X. Curieuses législations face aux problèmes de filiation : la France autorise l’accouchement sous X mais interdit la GPA, L’Angleterre autorise la GPA mais pas l’accouchement sous X ! Par ailleurs, très habilement, le réalisateur met Melody et Emily à égalité quant à leurs situations de départ, aucune des deux ne remplissant les conditions leur permettant de réaliser leurs rêves respectifs : pour devenir mère porteuse, Melody devrait avoir déjà un enfant, elle s’invente une fille, la loi anglaise n’autorise la GPA que pour les couples mariés, Emily est célibataire, d’où le passage par l’Ukraine, dont la législation est plus souple en la matière.

Dans la réalisation de ce très beau film, Bernard Bellefroid et David Williamson, son directeur de la photographie (à ne pas confondre avec son homonyme australien qui a travaillé avec Peter Weir !), ont opté pour une caméra mobile qui ne tombe jamais dans les excès et qui même, souvent, s’autorise de très beaux plans fixes. Une façon de filmer qui met particulièrement en valeur le jeu remarquable des deux actrices : la belge Lucie Debay qui interprète le rôle de Melody, l’australienne Rachael Blake, qui joue Emily et qu’on avait découverte il y a 4 ans dans Sleeping Beauty. Elles ont obtenu ensemble le prix d’interprétation féminine lors du Festival des films du monde de Montréal, édition 2014.

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Le DVD

[4/5]

Présenté en Dolby 5.1, ce DVD édité par Damned Films est un très beau produit, avec un transfert d’image très réussi et un son qui n’appelle pas de commentaire négatif. Ce DVD présente deux bonus. Le premier a été réalisé en janvier 2015 lors du Festival International de Rotterdam et il est intéressant à plus d’un titre : sur la scène d’une salle de cette ville néerlandaise, sont présents Bernard Bellefroid, Lucie Debay et, officiant en tant que maître de cérémonie, Marten Rabarts, personnalité importante du cinéma néerlandais. Dans la salle, de nombreux spectateurs qui viennent d’assister à la projection du film, et, par ailleurs, une dizaine d’endroits en Europe où les spectateurs viennent également de voir le film. Tout ce petit monde peut poser des questions. Comment ? En tweetant, tout simplement. En un peu moins d’une demi-heure, ce sont une dizaine de questions auxquelles vont répondre le réalisateur et son actrice. On retiendra particulièrement une très belle réponse de Bernard Bellefroid : « Quand on condamne les mères porteuses, on devrait d’abord condamner la misère ». Le deuxième bonus est plus anecdotique, même s’il permet, une fois de plus, de mettre en valeur le jeu des deux actrices du film : réalisé en mai 2013, il s’agit de 2 séances de casting de 150 secondes chacune, la première avec Lucie Debay, la seconde avec Rachael Blake.

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