Test DVD : La Terre et l’ombre

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La Terre et l’ombre

la terre et l'ombre dvdColombie : 2015
Titre original : La Tierra y la Sombra
Réalisateur : César Acevedo
Scénario : César Acevedo
Acteurs : Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa, Marleyda Soto
Éditeur : Pyramide Vidéo
Durée : 1 h 34
Genre : drame
Date de sortie cinéma : 3 février 2016
Date de sortie DVD : 7 juin 2016

 

 

Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.

 

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Le film

[4/5]

Présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2015, La Terre et l’ombre est le premier long métrage réalisé par le colombien César Acevedo. Jusqu’à ce film, on ne le connaissait que comme co-scénariste de Los Hongos de son compatriote Oscar Ruiz Navia. Une certitude : la très grande qualité du film et l’obtention à Cannes de la Caméra d’Or pour La Terre et l’ombre vont profondément changer son statut. C’est dans la région du Cauca, au sud-ouest de la Colombie, au sein d’une famille de travailleurs de l’ombre, que nous plonge Acevedo : Alfonso est parti depuis 17 ans, à une époque où la petite maison familiale était entourée d’orangers et où les chants d’oiseaux se faisaient entendre en permanence ; aujourd’hui, ce sont des champs de canne à sucre qui emprisonnent la maison, les oiseaux ont disparu et le brulage de la canne à sucre génère un environnement de cendres éminemment polluantes. Gerardo, le fils d’Alfonso, est tombé gravement malade et il ne peut plus travailler comme ouvrier agricole dans la plantation de canne à sucre ; sa femme et sa mère s’efforcent tant bien que mal de le remplacer pour nourrir la famille. Le travail est dur, mal payé, payé avec retard, beaucoup de retard. Appelé à l’aide par son fils, le père revient dans sa famille et c’est ce retour que nous raconte le film : ses rapports avec celle qui est toujours sa femme, avec Manuel, son petit-fils, avec sa belle-fille, tout cela sur fond de lutte sociale de la part des ouvriers agricoles qui ne supportent plus de se tuer au travail pour une paye qui, sans cesse, est retardée.

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Pour ce très beau film, César Acevedo a opté pour une captation basée sur de longs plans-séquence, avec très peu de mouvements de caméra et une grande attention portée à l’utilisation de la lumière, ou à son absence. Petit à petit, l’immersion opère et le spectateur se retrouve capturé dans les rets posés par le réalisateur, partageant le combat mené par cette famille ainsi que par la lutte des travailleurs agricoles. En voyant La Terre et l’ombre, on pense à Japon de Carlos Reygadas, au Cheval de Turin de Bela Tarr et, bien sûr, à Tarkovski, modèle revendiqué par César Acevedo. Pas de doute, avec César Acevedo, la Colombie abrite un réalisateur dont le premier film, très réussi, annonce de futures grandes œuvres.

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Le DVD

[4,5/5]

Concernant ce DVD de La Terre et l’ombre, Pyramide Vidéo a particulièrement bien travaillé. Arriver à bien rendre sur ce support le travail sur la lumière effectué par le réalisateur et Mateo Guzman, son directeur de la photographie, n’était pas une tâche facile. Le résultat est plus que satisfaisant. De même en ce qui concerne le son, élément très important de ce film. Un film qui se voit en version originale sous-titrée avec un choix possible entre stéréo et 5.1. Les deux suppléments proposés en plus de la bande annonce sont d’une grande richesse : il y a d’abord un entretien de 18 minutes avec César Acevedo réalisé sur la plage de Cannes le 19 mai 2015 et dans lequel il parle des raisons qui l’ont poussé à faire ce film, de la construction de la maison, des choix qu’il a fait pour montrer l’enfermement physique et émotionnel des personnages, de l’importance de l’arbre situé près de la maison et qui connait toute l’histoire de la famille, du travail effectué auprès des comédiens, presque tous amateurs, par la brésilienne Fátima Toledo, coach d’acteurs de grande réputation. On y apprend aussi, sans surprise, que l’industrie sucrière ne voyait pas d’un bon œil le tournage de ce film ! L’autre supplément, d’une durée de 13 minutes, s’appelle « making off » et il est divisé en 4 chapitres de durées à peu près égales : la réalisation, le lieu de tournage et le son, la photo et la direction artistique, la scène finale (le brûlage). Tout aussi intéressant que le premier, on y apprend, entre autres, l’importance qu’ont eu les peintures de Jean-François Millet et de Andrew Wyeth sur la façon de filmer le monde paysan représenté dans le film.

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