Test Blu-ray + DVD : Cette sacrée vérité

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Cette sacrée vérité

Etats-Unis : 1937
Titre original : The awful truth
Réalisation : Leo McCarey
Scénario : Viña Delmar
Interprètes : Cary Grant, Irene Dunne, Ralph Bellamy
Éditeur : Wild Side
Durée : 1h30
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie cinéma : 22décembre 1937
Date de sortie DVD/BR : 12 juillet 2023

Ils avaient tout pour être heureux mais c’était sans compter quelques petits mensonges, et fondé ou non, le soupçon s’est invité chez les Warriner. Rien ne va plus, leur mariage, trop hâtif, était une lubie : c’est décidé, Jerry et Lucy vont divorcer ! Au tribunal, ils se disputent la garde de Mr. Smith, leur cher fox-terrier, mais les choses vont encore se corser avec l’arrivée de potentiels prétendants et conquêtes… Plus espiègles et malicieux que jamais, Jerry et Lucy font tout pour ruiner leurs nouvelles chances respectives de trouver l’âme sœur. Le chassé-croisé est lancé et si tous les coups sont permis, c’est bien que ces deux-là ne sont pas si mal assortis…

Le film

[4/5]

Mari et femme, Jerry et Lucy Warriner se retrouvent après quelques jours de séparation : Jerry a passé du temps à jouer avec des amis dans son club de sport à New-York alors qu’il avait raconté à sa femme qu’il partait pour quelques jours en Floride ; lors de son retour, il est surpris de l’absence de sa femme et se montre très sceptique lorsque Lucy lui dit qu’une panne de voiture l’a obligée à passer la nuit avec Armand Duvalle, son professeur de musique. Soupçons de tromperie d’un côté, soupçons de tromperie de l’autre, il n’en faut pas plus pour que, d’un commun accord, une demande de divorce soit enclenchée. Finalement, leur seul sujet de désaccord a pour nom Mr. Smith : il s’agit d’un chien dont ils revendiquent tous les deux la garde. Cette garde, c’est Lucy qui va l’avoir, Jerry devant se contenter d’un droit de visite. Quant au divorce proprement dit, le juge statue sur un délai de 3 mois pour qu’il soit effectif : pendant cette période, Jerry et Lucy seront toujours légalement mari et femme, ce qui, bien entendu, leur interdit un éventuel remariage durant ce laps de temps.

Pas de mariage, donc, mais des relations amoureuses et pour Lucy et pour Jerry, pas question de se gêner ! Alors que Jerry continue d’avoir des doutes sur le type de relation qu’entretiennent Lucy et Armand Duvalle, Lucy en arrive à envisager le mariage avec Dan Leeson, un propriétaire de puits de pétrole de l’Oklahoma. Quant à Jerry, il a d’abord entamé une relation avec Dixie Belle Lee, une chanteuse de cabaret au fort accent sudiste, avant de se lancer à la conquête de Barbara Vance, une riche héritière. Ces amourettes ont pour Lucy et Jerry une vertu insoupçonnée : elles leur montrent que tous les deux peuvent éprouver de la jalousie, ce qui tendrait à prouver qu’ils sont encore et toujours amoureux l’un de l’autre. Très vite, l’un comme l’autre vont s’efforcer de saboter toute relation en train de se construire chez leur ancien conjoint.

Concernant Cette sacrée vérité, deux éléments méritent qu’on s’attarde sur eux : le réalisateur du film et sa date de réalisation. Même si le film est une adaptation d’une pièce de théâtre de Arthur Richman, jouée à Broadway en 1922, même s’il n’en a pas écrit le scénario, on reconnait facilement la « patte » de Leo McCarey dans les nombreux gags et toutes les réparties qui interviennent d’un bout à l’autre du film. En 1937, année où il réalise Cette sacrée vérité, Leo McCarey est à un moment charnière de sa carrière. En effet, il est bon de se rappeler que, depuis ses débuts comme réalisateur en 1921, McCarey a été un des créateurs du duo Laurel et Hardy qu’il a fait jouer dans un grand nombre de films, qu’il a réalisé La soupe au canard avec les Marx Brothers, qu’il a dirigé de grands interprètes comiques, W.C. Fields, Mae West, Harold Lloyd : la façon d’amener un gag, qu’il soit visuel ou verbal, le rythme à observer, il connait ça par cœur ! Combiné à une intrigue sur les suites de la séparation d’un couple, le comique burlesque qui s’épanouit dans Cette sacrée vérité s’appelle « screwball comedy » à Hollywood, comédie loufoque en bon français. Cette sacrée vérité (traduction approximative de The awful truth, L’affreuse vérité ou la terrible vérité), fait partie des sommets de ce genre particulièrement pratiqué dans les 10 années qui ont précédé la seconde Guerre mondiale. Ce film a permis à Leo McCarey de glaner en 1938 son premier Oscar de meilleur réalisateur. Deux années après Cette sacrée vérité, Leo McCarey va changer de cap en s’orientant vers le mélodrame avec sa première version de Elle et lui, avec Charles Boyer et … Irene Dunne, l’interprète de Lucy. A noter que, pour le remake de ce film, en 1957, Leo McCarey va faire appel à Deborah Kerr et à … Cary Grant, l’interprète de Jerry!

Quant à la date de réalisation, 1937, il faut avoir en mémoire qu’on est en pleine période d’application du fameux Code Hays qui régit ce qu’il est convenable ou pas de montrer à l’écran. Cela explique sans doute la sagesse des relations de Lucy avec Armand Duvalle puis avec Dan Leeson, de Jerry avec Dixie Belle Lee, puis avec Barbara Vance, des relations qui s’apparentent beaucoup plus à des flirts qu’à de véritables relations amoureuses. Par ailleurs, force est de reconnaitre que Cette sacrée vérité n’a rien d’un film social : on est dans la haute société de New-York, on habite des demeures somptueuses tout en paraissant très éloigné de tout ce qui pourrait d’apparenter à un véritable travail. Tout juste remarque-t-on la présence de Céleste, une bonne afro-américaine, et un certain mépris pour le (probablement) très riche propriétaire de puits de pétrole et pour son état d’origine, l’Oklahoma. Dans le rôle de Jerry, Cary Grant construit un personnage rare qui va faire sa renommée durant la suite de sa carrière, celui d’un grand séducteur ne se prenant pas au sérieux, ayant un sens profond du comique et, mettant à profit sa formation d’acrobate, capable de se montrer totalement ridicule lorsque l’histoire l’exige. A ses côtés, Irene Dunne, qui va ensuite retrouver Cary Grant dans deux autres films, Mon épouse favorite et La chanson du passé, confirme ses qualités comiques après, l’année précédente, ses premiers pas dans la comédie loufoque avec Théodora devient folle. Le reste de la distribution est de très haut niveau, avec, en particulier, Ralph Bellamy, Alexander D’Arcy, Cecil Cunningham, Joyce Compton et Molly Lamont. Et n’oublions surtout pas la partie animale de la distribution, avec la star canine Skippy, un fox-terrier qui est à la source de nombreux gags et qui est apparu dans une douzaine de films durant les années 30, dont L’impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks avec … Cary Grant. Autre animal important, un chat noir pousseur de porte  qui apparait vers la fin du film.

Le Combo Collector Blu-ray + DVD + Livret

[4.5/5]

En réunissant dans ce Combo Collector le Blu-ray du film, le DVD du film et un magnifique livret de 50 pages, c’est un magnifique cadeau que nous offre Wild Side, d’autant plus que le Master utilisé est un Master restauré 4K qui permet à ce film en Noir et Blanc d’avoir une qualité visuelle exceptionnelle quand on pense que le film a 85 ans ! Le son mono du film est disponible en Version Originale sous-titrée et en Version Française, DTS Master Audio pour les 2 versions. On notera que la Version Française n’est pas celle de la sortie du film en 1937 : il s’agit d’une VF réalisée en 2006.

Ce combo est particulièrement riche en suppléments, tous d’un grand intérêt : le premier d’entre eux a pour titre « Leo McCarey ou le timing parfait », et il permet à Charlotte Garson, rédactrice adjointe des Cahiers du Cinéma de nous dire en 22 minutes à peu près tout ce qu’il faut savoir sur Leo McCarey, ses débuts dans le burlesque, l’importance qu’il donne au corps dans ses réalisations, son goût pour l’improvisation, son sens du rythme lié à son goût prononcé pour la musique, la présence importante du couple dans tous ses films, etc..  On retrouve Charlotte Garson dans un deuxième supplément de 33 minutes, intitulé « Qui va garder le chien ? », un supplément qui, cette fois ci, se concentre sur le film. Et puis, il y a ce livret de 50 pages, intitulé « Je te quitte … Moi non plus » dans lequel Frédéric Albert Lévy enfonce le clou en matière de détails concernant Leo McCarey, Cary Grant, Irene Dunne et leur film, Cette sacrée vérité.

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