DVD — 29 juin 2018
Test Blu-ray : Wonder wheel

 
États-Unis : 2017
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Woody Allen
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h41
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 31 janvier 2018
Date de sortie DVD/BR : 27 juin 2018

 

 

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, exactrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses…

 

 

Le film

[4/5]

« Il y a quelque chose de Tennessee Williams dans Wonder wheel, le nouveau Woody Allen ancré dans les environs d’un parc d’attractions avec des personnages tristes peinant à surmonter un quotidien trop morne.

Coney Island, à New York, dans les années 50. Ginny, serveuse, est mariée avec Humpty, opérateur de manège. Malheureuse dans son couple, elle entame une liaison avec Mickey, un maître-nageur plus jeune qu’elle, attentif à ses désirs d’être comédienne. Carolina, la fille de Humpty qu’il avait reniée lorsqu’elle avait fui avec un gangster, revient après cinq ans d’absence. Recherchée par les hommes de main de son mari, elle tombe, elle aussi, sous le charme de Mickey. Ginny espérait brûler les planches ou briller sur un grand écran. Elle doit se contenter d’un emploi qu’elle juge indigne d’elle. Sa rencontre avec son amant lui permet de rêver à nouveau de la carrière d’actrice à laquelle elle aspirait avant la disparition de son premier mari. Ce répit dans sa mélancolie ne dure pas, sa belle-fille devenant une rivale potentielle. Marquée par un passé tragique et mariée sans amour, Ginny est affublée d’un petit garçon pyromane. Le désarroi de cet enfant illustre comment la souffrance de sa mère agit insidieusement sur son entourage comme un poison…

Woody Allen ne nous surprend pas vraiment avec son scénario à l’issue prévisible, attentif surtout à nous préparer à l’inéluctable. Comme dans une pièce de Tennessee Williams, « Un Tramway nommé Désir » pour ne citer qu’un exemple, il dépeint les tourments psychologiques d’un petit groupe de personnages reliés par leur souffrance extrême. Kate Winslet est intense en dépressive persuadée d’avoir raté sa vie, captée dans une période de transition qui la fait glisser imperceptiblement de ménagère quadragénaire acariâtre à monstre d’insensibilité. Justin Timberlake est parfait en apprenti écrivain qui a plus de chance de faire tourner les cœurs que d’écrire une grande œuvre. Alors qu’il participe activement au drame, il a tous les éléments d’une grande tragédie sous son nez. Pourtant son personnage, le plus insouciant du quintet, se contentera d’être un narrateur. Juno Temple est une nouvelle femme-enfant dans la filmographie de Woody Allen. Naïve, sensible et sensuelle, Carolina est victime de ses emportements sincères mais néfastes pour son avenir. Le costaud James Belushi est attachant en époux maladroit et bienveillant, malgré une rugosité de façade et un penchant pour l’alcool contre lequel il lutte difficilement.

Depuis des décennies, Woody Allen alterne farces légères et tragédies sombres. Cette « roue de la fortune » – de l’infortune serait-on tenté de corriger – s’inscrit dans la veine la plus noire du cinéaste new-yorkais. Le cadre faussement idyllique, sublimement éclairé par Vittorio Storaro (Apocalypse now) est pour ses « héros » une prison à ciel ouvert dont nul ne sortira indemne. »

Critique signée de la plume inspirée de notre rédacteur en chef Pascal Le Duff.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est aujourd’hui AB Vidéo qui nous offre le plaisir ô combien intense de retrouver Wonder wheel, le dernier opus en date de Woody Allen, sur galette Haute Définition. Et l’on ne pourra que saluer bien bas l’éditeur devant le rendu affiché par le Blu-ray du film : le transfert est littéralement sublime, avec un grain cinéma présent et respecté à la lettre, un piqué net et précis ainsi que des couleurs éclatantes, vives, légèrement saturées, ce qui est probablement une volonté du chef opérateur Vittorio Storaro (véritable vétéran ayant à son actif une poignée de chefs d’œuvres tels que Apocalypse now ou Le dernier empereur). Du côté audio, on se délectera de deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 à la spatialisation discrète, appuyant principalement les effets de foule durant les scènes se déroulant à la foire. Mais comme chacun sait, le cinéma de Woody Allen n’est pas à proprement parler celui de Michael Bay ou de Roland Emmerich, et n’est pas spécialement conçu pour en mettre plein les oreilles. En résulte deux jolis mixages faisant la part belle aux ambiances, et mettant essentiellement les dialogues en avant sur la voie centrale : en d’autres termes, c’est sans éclat, mais ça fait le taf.

On a pris l’habitude depuis quelques années de se retrouver à l’agonie à la vision de la section « suppléments » des galettes DVD ou Blu-ray des œuvres de Woody Allen : cela ne date pas d’aujourd’hui, et pour l’heure, cela ne risque plus de changer, le cinéaste refuse obstinément de s’exprimer sur la puissance géniale de son travail autant que les featurettes revenant sur le tournage de ses films, la préparation de ses acteurs ou le travail de son directeur photo. C’est donc avec une certaine surprise que l’on découvrira le module de « making of » annoncé sur la jaquette ; en réalité, il s’agit d’une featurette de trois minutes environ réunissant une série d’entretiens avec l’équipe du film et probablement enregistrés lors de la Première de Wonder wheel. La traditionnelle bande-annonce complétera le tour de la section.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles