DVD — 13 octobre 2019
Test Blu-ray : Une femme mariée

 
France : 1964
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Jean-Luc Godard
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 4 décembre 1964
Date de sortie DVD/BR : 16 octobre 2019

 

Charlotte, pigiste pour un magazine féminin, est mariée à Pierre, pilote d’avion, et entretient clandestinement une relation avec Robert, acteur. Elle apprend qu’elle est enceinte… Mais qui est le père ?

 


 

Le film

[4/5]

Huitième long-métrage de Jean-Luc Godard, Une femme mariée, dont le sous-titre poétique est « Suite de fragments d’un film tourné en 1964 », est, comme son titre l’indique, un portrait de femme. Ou plutôt une ébauche de portrait, forcément morcelé, parcellaire, comme l’implique cet assemblage façon puzzle de fragments, de morceaux de vie. Une femme mariée raconte aussi une époque, abordant les mœurs des français en cette période pré-révolution sexuelle. Amour, adultère, couple, contraception ou encore divorce sont donc au centre d’un film finalement beaucoup moins décousu que ce à quoi on pouvait s’attendre. Godard opte certes pour une narration volontairement fragmentaire, mais chaque nouvelle séquence apporte finalement au spectateur de quoi se construire mentalement l’histoire et les relations de cette femme, campée à l’écran par une Macha Méril toute en douceur et en retenue. D’un point de vue formel, Jean-Luc Godard ose tous les cadrages, s’amuse avec le montage et les plans très rapprochés, morcelant autant son image que son récit.

Mais Une femme mariée ne se limite pas à l’unique description d’un triangle amoureux : le film s’offre en effet une critique non voilée de la société de consommation des années 1960. Si cette dernière n’est certes peut-être pas aussi poussée que dans 2 ou 3 choses que je sais d’elle, le film propose tout de même une charge à l’encontre de la publicité et du consumérisme forcené, qui envahit littéralement le quotidien – et même les dialogues – de ses personnages. Ainsi, si produits de nettoyage et électronique haut de gamme sont régulièrement placés en évidence dans le cadre, Godard ne s’arrête pas là, dénonçant la superficialité de ces femmes s’abaissant au statut d’objets de consommation courante, cédant à la dictature de la beauté prescrite par les médias, et, surtout, pointant du doigt les amnésiques d’une société semblant être uniquement conjuguée au présent et tourner le dos au passé. Les références au procès d’Auschwitz, qui se déroulait en même temps que le tournage, distillées au cœur des dialogues du film, sont autant de façons pour Godard d’exprimer son désaccord avec cette génération trop superficielle.

Ainsi, on pourra sans doute tiquer du manque de compassion de Godard pour son personnage principal, ravissante idiote passablement irresponsable : le ton est cruel, désabusé, ce qui au final apporte à Une femme mariée une coloration finalement assez triste, aussi déstructuré qu’amer et mélancolique. A découvrir.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Quelques années après son arrivée sur support Blu-ray dans plusieurs pays du monde (Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Espagne et même Japon), Une femme mariée débarque donc dans l’hexagone, sous les couleurs de Gaumont, qui nous offre un ici master sublime, au grain scrupuleusement respecté et aux contrastes d’enfer, renforçant encore l’impact visuel des plans composés par Jean-Luc Godard et son chef opérateur Raoul Coutard. La restauration a vraiment fait des merveilles. La définition est irréprochable, le piqué d’une précision étonnante, bref, c’est un superbe boulot. Côté son, le film est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine. Les dialogues sont clairs et les ambiances bien restituées, sans souffle ni aucun parasite d’aucune sorte.

Côté suppléments, Gaumont nous propose de nous plonger dans plus d’une heure de bonus consacrés au film et à la carrière de Godard. On commencera avec un entretien avec Antoine de Baecque, historien et critique de cinéma (18 minutes), qui replacera Une femme mariée dans son contexte et reviendra sur le tournage du film, extrêmement rapide, et son style unique. On enchaînera avec un entretien avec Agnès B. (21 minutes), qui reviendra en détail sur sa passion pour le cinéma de Jean-Luc Godard, qui remonte à sa découverte d’A bout de souffle. Elle évoquera également les relations de Godard aux actrices. Pour terminer, l’éditeur nous propose un entretien avec Macha Méril (31 minutes), qui évoque ses souvenirs du tournage, ses relations avec le réalisateur ou encore les plans coupés par le comité de censure de l’époque. Les trois entretiens ont été tournés en 2010 et sont présentés en définition standard.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles