Test Blu-ray : Spawn

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Spawn

États-Unis : 1997
Titre original : –
Réalisation : Mark Dippé
Scénario : Alan McElroy, Mark Dippé
Acteurs : Michael Jai White, John Leguizamo, Martin Sheen
Éditeur : Metropolitan Vidéo
Durée : 1h36
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 10 décembre 1997
Date de sortie DVD/BR : 3 juin 2021

Tueur d’élite pour le compte d’une organisation gouvernementale, Al Simmons, trahi par son patron, disparait au milieu des flammes dans l’explosion d’une usine d’armes biochimiques… Quand il revient à lui, horriblement brûlé, il se retrouve devant le Seigneur des Ténèbres et signe avec lui un pacte : pour revoir sa femme Wanda, il devra mener les armées du Mal dans leur ultime combat. Ainsi nait Spawn, guerrier d’acier aux pouvoirs illimités qui va pourtant chercher d’enrayer l’Armageddon tout en essayant de retrouver son humanité perdue…

Le film

[3/5]

Maison d’édition de comics américaine fondée en 1992 par sept transfuges de chez Marvel, la société Image Comics a réellement compté durant ses premières années d’existence, avec des séries telles que Spawn, Youngblood, WildCATS, Savage Dragon, Shadowhawk ou encore Cyberforce. Presque trente ans plus tard, Image n’a pas réellement réussi à faire vaciller les géants Marvel et DC, même si bien sûr elle compte encore aujourd’hui à son actif une série universellement acclamée de par le monde, The Walking Dead, qui s’avère encore aujourd’hui un phénomène éditorial absolument époustouflant.

Pour autant, dans l’inconscient collectif, Image est encore largement représenté par une série et une seule : Spawn. Avec plus de 200 numéros publiés à ce jour et un nombre incalculable de séries dérivées, le succès de Spawn a probablement largement dépassé les espérances les plus folles de son créateur Todd McFarlane. Très rapidement, les produits dérivés se sont multipliés, des figurines aux divers objets à collectionner, en passant par les jeux vidéo, la série animée et même le long- métrage Spawn en 1997, qui, déjà à sa sortie, avait fait l’objet d’une réception critique absolument désastreuse, ce qui mit un sérieux frein à l’expansion de la franchise en dehors du monde un peu fermé du comic book.

Trente ans après la sortie de Spawn dans les salles obscures, il serait facile de continuer à tirer sur l’ambulance sans chercher à comprendre les raisons de l’échec de cette adaptation. Une petite remise en contexte nous semble donc importante. Nous sommes donc en 1997, soit cinq ans avant la sortie de Spider-Man de Sam Raimi. A l’époque, le comic-book tient la même place dans l’esprit des producteurs de cinéma que le jeu vidéo : il s’agit d’un produit de marché, destiné à un public adolescent considéré comme friand de bagarre, de blagues pipi-caca, de musique bruyante et d’effets spéciaux numériques.

En gros, la construction narrative ne semble avoir aucune importance, et les films produits à cette époque depuis le succès des Tortues Ninja en 1990 le seront tous à peu près sur le même modèle : celui de la série B sans un semblant de cohérence et à moitié gogole. On pense aux deux suites des Tortues Ninja bien sûr, mais également à des films tels que Street Fighter, Mortal Kombat, The Mask, Double Dragon, Power Rangers, Tank Girl, Super Mario Bros, Judge Dredd ou encore Barb Wire – des séries B ayant toutes la même patine narrative, doublé de plus ou moins la même patte visuelle. Les films ne sont pas de très gros succès, mais s’avèrent dans l’ensemble assez rentables, et les exécutifs des studios ne semblent de fait pas forcément motivés à changer une recette qui fonctionne.

Le fonctionnement interne de la société Image Comics a probablement eu également son importance dans la débâcle du projet Spawn. En effet, depuis sa création, le principe fondateur d’Image est de laisser le copyright des personnages de comics à leurs propres créateurs. La société ne gère en aucun cas les relations entre les auteurs et les sociétés cinématographiques lorsqu’un de leurs comics est adapté pour l’écran. C’est donc l’auteur qui traite directement avec les producteurs, Image ne touchant d’ailleurs aucun pourcentage sur les recettes. Dans le cas de Spawn, Todd McFarlane s’est donc retrouvé seul face à la bande de requins de New Line Cinema ; il ne lui faudrait pas longtemps pour se faire bouffer tout cru.

Par essence noir et extrêmement violent, Spawn se verra donc rabaissé au statut de PG-13, avec la bénédiction de McFarlane, et le personnage mué en une espèce de super-justicier. Tout le potentiel du comics est de fait laissé de côté pour se conformer aux codes alors en vigueur dans le genre ; visuellement, la création de McFarlane se verra tout aussi maltraitée, avec des effets spéciaux complètement archaïques et un production design à la ramasse, qui iront de pair avec des personnages semblant toujours parfaitement à côté de leurs pompes. Pour autant, Spawn comporte aussi quelques bonnes choses : le design du personnage principal, ou les maquillages et certains effets spéciaux réalisés par les équipes de KNB valent le détour.

D’une façon assez étrange, Spawn s’avère également, d’un strict point de vue visuel, suffisamment bizarre et « What the Fuck » pour se révéler attachant lors de certaines séquences – on pense au générique de début ou aux passages prenant place en enfer, qui s’avère tellement mal foutus et bizarres qu’ils flirtent avec l’Art vidéo. Dans le même état d’esprit, les nostalgiques de l’émission « L’œil du cyclone » sur Canal+ y trouveront sans doute de quoi se régaler les mirettes tant l’ensemble est psychédélique, de même que pour les amateurs de clips de techno et de trance des années 90, qui devraient retrouver dans les formes presque abstraites se déplaçant à l’écran de quoi planer pendant quelques instants.

La nostalgie peut également avoir son importance avec Spawn. Ainsi, si vous faisiez partie de la « cible » – on va dire grosso-modo si vous aviez onze ou douze ans – lors de votre prime découverte du film, il est possible que vous ayez méchamment pris votre pied devant le film de Mark Dippé. Il y ainsi de fortes chances pour que les cinéphiles qui sortent encore régulièrement Mortal Kombat et ses suites afin de s’amuser de ces spectacles so 90’s s’éclatent aujourd’hui à revisiter Spawn afin de raviver les fantômes d’une ère cinématographiquement révolue.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est Metropolitan Vidéo qui offre aujourd’hui la possibilité à ceux qui l’auraient loupé ou oublié de redécouvrir Spawn sur support Blu-ray. Et comme à son habitude, l’éditeur nous offre une galette de toute beauté : le piqué est d’une belle précision, les couleurs magnifiques, et la définition sans faille si l’on excepte une petite poignée de plans accusant une légère baisse de régime. Les pistes son ne sont pas en reste, puisque VF et VO s’offrent tous deux d’époustouflants mixages DTS-HD Master Audio 5.1, dynamiques, immersifs, dispensant leur quota d’effets multi-canaux bien bourrins. Le spectacle s’apprécie forcément mieux en V.O, et ce même si la VF est très soignée.

Côté suppléments, l’éditeur est allé rechercher les suppléments déjà présents sur l’édition DVD de 2001 : on commencera tout d’abord avec un making of (22 minutes) très orienté promo, et on enchainera avec une série de scènes coupées (12 minutes), ou plus exactement de « plans » coupés afin d’atténuer la violence de certaines séquences. Le bonus le plus intéressant consistera en un entretien avec Todd McFarlane (19 minutes), au cœur duquel le créateur du personnage de Spawn justifiera de façon assez cynique les choix qu’il a faits afin de coller aux demandes des studios, arguant même qu’il aurait pu adapter sa création afin d’en faire un film pour les enfants de 5 à 8 ans.

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