Test Blu-ray : Scanners

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Scanners

Canada : 1981
Titre original : –
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg
Acteurs : Stephen Lack, Michael Ironside, Patrick McGoohan
Éditeur : BQHL Éditions
Durée : 1h39
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 8 avril 1981
Date de sortie DVD/BR : 24 novembre 2022

Une organisation secrète a pour but d’étudier les Scanners, des mediums aux pouvoirs surnaturels et aux facultés mentales surdéveloppées. Elle recrute un jeune medium pour détecter tous les Scanners qui lui sont opposés. Il va découvrir les aspects cachés de cette périlleuse mission…

Le film

[3,5/5]

Scanners est le film qui, en 1981, a révélé David Cronenberg au plus grand nombre. En France, le film était parvenu à attirer environ 600.000 spectateurs dans les salles obscures, mais surtout, il fit un véritable carton dans les vidéo-clubs tout au long des années 80. Et si on ne peut pas réduire le film de Cronenberg à une seule séquence, il semble tout de même que l’immense succès rencontré par Scanners auprès des cinéphiles de l’époque soit lié à une impressionnante scène à effets spéciaux versant dans le « gore », et mettant en scène une tête qui explose dans un spectaculaire feu d’artifice de tripaille. Le visuel choisi par BQHL Éditions pour illustrer la nouvelle édition Blu-ray du film reprend d’ailleurs cette image pour le moins marquante.

Une des autres particularités les plus marquantes de Scanners au sein de la riche carrière de David Cronenberg est probablement le fait qu’il s’agisse de l’un de ses films les plus accessibles, ou en tous cas beaucoup moins « viscéral » que beaucoup de ses œuvres aussi bien antérieures qu’ultérieures. Cronenberg y délaisse pour un temps son obsession des mutations de la chair et se range, avec Dead Zone – L’accident, du côté des réflexions du cinéaste sur le pouvoir de l’esprit. D’ailleurs, l’histoire du film trouve ses sources dans un autre roman de Stephen King, « Charlie », paru en 1980, ainsi que dans le scandale provoqué par certains médicaments tératogènes administrés aux femmes enceintes dans les années 50, tels que la Thalidomide ou le Distilbène. Dans Scanners, c’est également un médicament, l’Ephemerol, qui transforme les fœtus en des êtres capables de télépathie et de télékinésie.

Conçu et structuré à la manière des grands thrillers paranoïaques tournés par Alan J. Pakula ou Sydney Pollack dans les années 70 (avec une petite touche de Michael Crichton pour la méfiance vis-à-vis de la science), Scanners s’impose donc presque comme une œuvre « grand public ». En toile de fond, Cronenberg critique et met en garde tout autant contre la prise de pouvoir de la société par de grands conglomérats industriels, tels que le ConSec du film, que contre l’inconséquence des entreprises pharmaceutiques et/ou scientifiques, qui pour engranger plus de bénéfices font l’impasse sur les tests et mettent sur le marché des produits dangereux. Un discours qui, au lendemain de la crise sanitaire du Covid-19, semble n’avoir jamais été autant d’actualité.

Bien sûr, David Cronenberg ajoute à l’entreprise une large touche de fantastique doublée d’un certain fétichisme, et qu’on ne pourra nier que les préoccupations et plus largement les motifs chers au réalisateur canadien sont tout de même bien présents, en filigrane, au cœur de Scanners. Sombre et très en avance sur son temps, le film de David Cronenberg s’avère au final un spectacle intéressant, intense, mais également très inégal. Les effets visuels sont bons, mais les dilemmes moraux auxquels le personnage de Stephen Lack est confronté ne parviennent jamais à se montrer réellement convaincants. Le sentiment de lourde paranoïa qui imprègne le film est formidable, mais Scanners compte tout de même clairement quelques longueurs. Le méchant du film, Revok, incarné par Michael Ironside, est excellent, mais la révélation finale semble presque être conçue comme un clin d’œil moqueur à L’Empire contre-attaque.

Par ailleurs, la redécouverte de Scanners après de nombreuses années nous permet de réaliser que le film préfigurait également une des idées narratives utilisées par la saga Matrix. En effet, si on se souvenait surtout du film pour sa séquence de tête qui explose, on avait oublié la formidable séquence de la cabine téléphonique : le fait que David Cronenberg ait pu envisager cette idée au début des années 80, bien avant l’apparition d’Internet, est en effet tout à fait remarquable et pour tout dire assez incroyable.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc BQHL Éditions qui nous propose aujourd’hui de (re)découvrir Scanners en Blu-ray, après une première édition datant de 2014 et aujourd’hui totalement épuisée. Le transfert Haute-Définition utilisé par BQHL pour cette édition semble être exactement le même que pour l’édition précédente, et à l’exception de quelques bruits extrêmement légers et d’artefacts de compression mineurs, Scanners conserve ici un aspect visuel très solide. Le niveau de détail est bon, la profondeur de champ également, et les couleurs sont stables et naturelles. L’image est donc assez enthousiasmante, avec un grain « cinéma » préservé et un piqué satisfaisant. Malheureusement, le film est proposé en 1080i (25 images/seconde), ce qui réduit sa durée de 1h43 dans les salles obscures à 1h39 en vidéo. Dommage. Côté son, VF et VO sont toutes deux proposées en mono d’origine et mixées en LPCM Audio 2.0. Les deux versions restituent les dialogues de façon relativement claire et équilibrée, l’ensemble fait occasionnellement preuve d’un certain punch dans la restitution de la mythique musique d’Howard Shore.

Du côté des suppléments, BQHL Éditions nous propose de retrouver l’intégralité des suppléments déjà disponibles sur le Blu-ray de 2014. On commencera donc par un entretien avec Stephen Lack (24 minutes), qui évoquera ses souvenirs du tournage ainsi que ses interactions avec le réalisateur David Cronenberg et le responsable des effets spéciaux Dick Smith. On enchainera directement par un entretien avec le directeur de la photographie Mark Irwin (15 minutes). Ce dernier reviendra dans un premier temps sur sa carrière, de ses débuts dans le X jusqu’à la transition horrifique en collaboration avec David Cronenberg. Le directeur photo reviendra sur son travail avec David Cronenberg, sur la fameuse scène de la tête qui explose, ainsi que sur ses soucis relationnels avec l’actrice Jennifer O’Neill, inoubliable Emmurée vivante de Lucio Fulci.

On continuera ensuite avec un entretien avec Pierre David, producteur du film (14 minutes), qui reviendra sur les nombreuses difficultés rencontrées par l’équipe sur Scanners. Entre un scénario non terminé, les caprices de Diva de Jennifer O’Neill ou les difficultés d’obtenir un jeu satisfaisant de la part du débutant Stephen Lack, les problèmes sur le tournage furent visiblement assez nombreux… On terminera enfin par un entretien avec Stephan Dupuis, superviseur des maquillages spéciaux (10 minutes), qui parlera de sa contribution à Scanners et bien sûr de la tête qui explose, ainsi que par un entretien avec Lawrence Dane (6 minutes), qui jouait le rôle du bras droit du grand méchant du film.

Last but not least, BQHL Editions nous propose également un supplément inédit : une présentation du film par Sébastien Gayraud (50 minutes), auteur et historien du cinéma spécialisé dans le cinéma fantastique. Il replacera Scanners dans la carrière de David Cronenberg, reviendra sur de nombreux aspects, techniques et thématiques, du film et élargira au reste de la filmographie du cinéaste. Très intéressant !

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