Test Blu-ray : Queens

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États-Unis : 2019
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Lorene Scarafia
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h50
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 16 octobre 2019
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2020

 

Des stripteaseuses se lient d’amitié et décident de conjuguer leurs talents pour arnaquer et prendre leur revanche sur leurs riches clients de Wall Street. Leur plan fonctionne à merveille, mais argent et vie facile les poussent à prendre de plus en plus de risques…

 


 

Le film

[4/5]

Pour son arrivée en France, le thriller de Lorene Scafaria intitulé Hustlers a été retitré par un autre mot anglais : Queens. Au Québec, le film s’est offert un titre francisé, mais que certain(e)s pourront sans doute trouver réducteur : Arnaque en talons. La volonté des distributeurs semble cependant être la même dans les deux cas : il fallait trouver un titre capable de placer directement le film dans l’esprit du spectateur comme faisant partie de cette nouvelle vague de films portés par un casting – et parfois même une équipe technique – quasi-uniquement composé de femmes. S.O.S. Fantômes, Wonder Woman, Ocean’s 8, Birds of prey sont ainsi autant de blockbusters qui s’affichaient comme des films 100% Girl Power, que les hommes pourront, selon leur sensibilité, trouver profondément « excluants » ou pas (ne riez pas, on en connaît). Si cette « mode » aux allures violemment revendicatrices prendra sans doute fin d’ici quelques années pour laisser la place à une autre, elle permet néanmoins à des actrices dont la carrière est en perte de vitesse de s’affirmer de nouveau fièrement à Hollywood, levant le poing et/ou tendant le majeur pour protester contre un système toujours prompt à se débarrasser des actrices de plus de 35 ans.

Dans le cas de Queens, l’autre avantage, c’est qu’étant donné que le casting du film est uniquement composé d’actrices et que celui-ci est également écrit et réalisé par une femme, on peut y aller franco, et enchainer les scènes de strip-tease, de pole-dance, et foutre des nanas à oilpé dans tous les coins du cadre sans prendre le risque d’être taxés de misogynie, ou de développer – voire même d’encourager – un regard lubrique, pervers ou phallocentré sur les corps dénudés se déhanchant à l’écran, à la façon, par exemple, d’un Paul Verhoeven sur Showgirls. Hou ! Le vilain pervers phallocrate. Alors, bien sûr, si vous ne voyez pas la différence à l’écran entre un full frontal filmé par un homme et un full frontal filmé par une femme, on vous conseille de consulter d’urgence – vous êtes sûrement déjà atteint de perversion aggravée. Nan, parce que la différence est manifeste. Dans le premier cas, le regard de la caméra respire le stupre, la luxure, la dépravation et les pensées impures : c’est dégueulasse. Dans le deuxième, la caméra renforce l’idée d’affirmation de soi, et d’acceptation de son corps : c’est formidable. Les éclairages, les cadrages et les gros plans ont beau être les mêmes, tout est différent ; et si tout est différent, hé bien ça change tout. Vous ne pourrez pas dire le contraire. D’ailleurs, si vous aviez encore d’éventuels doutes concernant la nature féministe 2.0 de Queens, un rapide coup d’œil sur l’Instagram de la rappeuse / influenceuse suffira sans doute à vous convaincre qu’on est vraiment en présence de talents dont le rayonnement ne pourra que faire avancer la cause des femmes à travers le monde. C’est bien simple, s’il y avait un prix Nobel du féminisme, Cardi B l’obtiendrait probablement haut la main.

Queens, c’est donc une classique histoire d’arnaque tirée de faits réels, avec en parallèle plein de culs et de nichons qui nous montrent à quel point les femmes sont fortes, et passent vraiment un message d’acceptation de soi à toute une génération de frustrées / complexées par le regard à la fois inquisiteur et vicelard des hommes. D’ailleurs, si votre ado achète Queens en cachette pour le regarder dans sa chambre et que vous le surprenez en train de se branler, vous pourrez le féliciter de faire avancer la cause des femmes avec ce film plutôt qu’en achetant un vulgaire Penthouse ou Hot Vidéo phallocrate et infamant. D’ailleurs, on vous encourage à le laisser terminer sa petite affaire et à évoquer, les yeux brillants et la voix tremblante d’émotion, cette anecdote au prochain repas de famille : il ne manquera pas de recevoir les encouragements émus de tous les membres féminins de la famille.

Mais revenons plutôt au film : Queens se situe à la croisée des chemins entre plusieurs genres, développant un parfum de scandale, de cupidité et bien sûr de pouvoir lié à l’utilisation du sexe et de son propre corps. L’intrigue se targue également d’une volonté plus large de reconstitution sociopolitique de l’après-Crise des Subprimes aux États-Unis, et de la crise financière mondiale de 2007-2008 vue du « caniveau » en quelque-sorte, du côté des couches les plus modestes de la société. Étonnamment intelligent et assez remarquablement bien construit, le film de Lorene Scarafia propose une plongée dans la « Crise » aux côtés d’un petit groupe de femmes pour qui une existence désespérée appelle forcément des actes désespérés afin de sortir la tête du trou. Malgré le côté ouvertement racoleur de certaines scènes, on ne pourra nier que Queens développe un sentiment d’authenticité très fort, le film se concentrant d’ailleurs plutôt à retranscrire des « tranches de vie » qu’à se focaliser sur les arnaques. La réussite indéniable du film est bel et bien de raconter une histoire certes amorale, mais sans émettre le moindre jugement, le récit étant amené au spectateur par le prisme de l’existence d’un petit groupe de personnages profondément humains, dont on comprend finalement les décisions, ne se résumant pas juste à de la cupidité ou l’attrait de l’argent facile. Cet attachement aux personnages passe forcément par une interprétation solide, dominée par le jeu puissant – et forcément très prégnant en termes d’acceptation de soi – de Jennifer Lopez et Constance Wu, qui offrent à leurs personnages une profondeur pour le moins inattendue. Une surprenante réussite qui, contre toute attente, dépasse de très loin le statut du simple film d’arnaque auquel Hollywood nous a habitué jusqu’ici.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

C’est Metropolitan Vidéo qui nous propose aujourd’hui de découvrir Queens sur support Blu-ray, après une belle petite carrière en salles ayant tout de même attiré 280.000 spectateurs. Comme à son habitude, l’éditeur nous propose un master assez sublime. La définition est purement et simplement irréprochable, le piqué d’une précision à couper le souffle… L’image est d’une limpidité extraordinaire, les couleurs en envoient plein les mirettes et les contrastes sont d’une solidité à toute épreuve. Tout est parfait, le rendu est épatant : une galette de démo de plus à ajouter au giron de l’éditeur français, ce qui est d’autant plus remarquable que les partis pris esthétiques de Scarafia et son directeur photo Todd Banhazl sont assez extrêmes, avec des éclairages rouges / roses très accentués et des noirs profonds. Niveau son, Metro se révèle également fidèle à ses habitudes, en nous offrant deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1, tous deux très immersifs, bien spatialisés et enveloppants, qui se révéleront particulièrement efficaces lors des scènes dans le club.

Du côté des suppléments, Metropolitan nous propose, outre la traditionnelle sélection de bandes-annonces, un très intéressant commentaire audio de la réalisatrice Lorene Scarafia (VOST), qui reviendra sur l’intrigue, le casting et les personnages, l’équipe et les partis pris esthétiques (aussi bien visuels que sonores), le choix de tourner dans un vrai club de strip, etc. L’ensemble est assez passionnant, sans temps mort, et s’il n’évite pas quelques lieux communs (on vous laisse deviner lesquels), dénote d’une réelle « vision » de la part de la cinéaste.

 

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