Test Blu-ray : Ouvre les yeux

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Espagne, France : 1997
Titre original :
Réalisation : Alejandro Amenábar
Scénario : Alejandro Amenábar,
Acteurs : , Penélope Cruz,
Éditeur :
Durée : 1h59
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 18 novembre 1998
Date de sortie DVD/BR : 1 mars 2021

César était jeune, riche et beau. Il venait de trouver Sofia, l’amour de sa vie. Mais son excopine Nuria, jalouse, provoque un accident de voiture à la suite duquel César sera horriblement défiguré. N’acceptant pas sa nouvelle apparence, il porte un masque avant d’accepter une opération lui permettant de retrouver son visage. Cette dernière est un succès. Mais de violentes hallucinations lui viennent en tête, et sa vie se transforme peu à peu en cauchemar…

Le film

[4,5/5]

Fantastique espagnol

Pour bien des cinéphiles, la découverte d’ à la fin des années 90 fut une double-révélation : celle d’Alejandro Amenábar, cinéaste singulier promis à un grand avenir, mais également plus largement celle de l’existence d’une véritable « vague » de cinéma fantastique en provenance d’Espagne – un genre à part entière qui inonderait littéralement les salles du monde entier durant la décennie suivante.

Un peu plus de vingt ans après la sortie d’, les choses ont un peu changé cependant : le « cinéma fantastique espagnol » a quasiment disparu, de la même manière qu’Alejandro Amenábar d’ailleurs. Depuis Agora en 2009, on n’avait pu revoir son nom à l’affiche d’un long-métrage qu’à deux reprises, avec les plutôt confidentiels Régression (2015) et Lettre à Franco (2019).

Mais ces disparitions mystérieuses n’enlèvent en rien les qualités d’, deuxième film d’Amenábar après l’intéressant Tesis (1996). Connu pour avoir fait l’objet d’un remake américain en 2001, fait partie de ces films sur lesquels le temps n’a pas énormément d’emprise, même si bien entendu les ficelles utilisées par le film souffrent peut-être aujourd’hui d’avoir été par trop réutilisées durant les vingt ans qui nous séparent de sa sortie.

Une intrigue labyrinthique

nous raconte, « façon puzzle », l’histoire de César (), jeune playboy aussi riche que séduisant. Le soir de son 25ème anniversaire, César rencontre Sofía (Penélope Cruz), compagne de son ami Pelayo (), et pense avoir trouvé sa femme parfaite. Le lendemain matin, en voiture avec Nuria (), il est victime d’un accident de la route le laissant défiguré. Le reste du récit nous sera présenté de façon non chronologique, en suivant les propos de César, interné dans un hôpital psychiatrique pour un meurtre qu’il ne se souvient pas avoir commis. Il porte un masque ne laissant pas transparaître la moindre expression afin de cacher son visage détruit par l’accident.

Au fur et à mesure des échanges de César avec le psychiatre (), le spectateur pourra tenter de reconstituer le fil des événements, en tentant de démêler le vrai du faux, la réalité du fantasme et/ou de la paranoïa. Évoluant de façon irrationnelle, en suivant presque une mécanique de rêve, tord et triture son intrigue au fur et à mesure qu’elle évolue, plongeant de plus en plus le personnage de César au cœur d’un véritable cauchemar, rythmé par les apparitions d’un mystérieux docteur (Gerard Barray), aperçu pour la première fois lors de la première soirée avec Sofía pour vanter à la TV les avantages de la cryogénisation.

La question du regard

Film ambitieux aux multiples niveaux de lecture, jongle avec les genres et les thématiques, mélangeant réalité et illusion et passant du mélodrame au thriller avec quelques détours par le fantastique pur et la science-fiction. Au fur et à mesure que les limites de la personnalité et de la perception de la réalité par le personnage principal sont explorées, flashbacks et scènes de rêves se côtoient, brouillant toutes les pistes d’une intrigue alambiquée qui se se démêlera qu’au terme de la séquence finale, inoubliable.

Mais comme le suggère le titre du film en lui-même, permet surtout à Alejandro Amenábar de proposer une intéressante réflexion sur la notion de vision et de regard (et par ricochet sur la mise en scène, avec une réflexion forte sur ce qui est montré ou caché). Toute la mise en scène d’ fonctionne sur un principe d’illusion ou de regard biaisé. Plutôt que « croire ou ne pas croire » à l’histoire blindée de « trous » que nous narre le personnage de César au fil du récit, tourne surtout autour de la question de « voir ou ne pas voir ». Habile, Amenábar manipulera le spectateur de la première à la dernière image : ce qui lui est donné à voir – ainsi qu’aux personnages – est-il la vérité ou juste une perception déformée ? Sortez les copies, vous avez deux heures.

Le Blu-ray

[3,5/5]

Débarquant en Blu-ray sous les couleurs de , s’offre aujourd’hui une galette Haute Définition très attendue, qui dénote d’une volonté nette de la part de l’éditeur de remettre en avant quelques-uns parmi ses films de catalogue à mériter une seconde chance auprès du public, près de vingt ans après leur sortie en DVD.

bénéficie de plus du savoir-faire indéniable de l’éditeur français en matière d’encodage Haute-Définition  : le piqué est d’une belle précision, les contrastes sont nets et affirmés, les couleurs dépotent et surtout les noirs affichent une densité exceptionnelle – ce qui est assez important étant donné que le film se déroule en partie de nuit. Tout n’est cependant pas parfait du côté du master, qui présente les mêmes défauts que la galette Blu-ray sortie en Espagne en 2015 : le grain a en effet un côté très artificiel et envahissant, créant quelques scintillements parfois gênants. On notera également, sur certaines séquences, un lissage du grain sur les visages des personnages. Au final, si la grande majorité des plans sont parfaits, de toute beauté, une poignée de courtes séquences montrent donc de malheureux signes de faiblesse, que l’on suppose de fait inhérents au master espagnol d’origine. Côté son, les deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 (VF/VO) privilégient l’ambiance, la scène arrière est omniprésente, permettant une immersion optimale pour le spectateur.

Côté bonus en revanche, on n’aura rien à se mettre sous la dent : le Blu-ray ne propose en effet aucun supplément. C’est dommage, mais le fait de proposer à une nouvelle génération de cinéphiles de découvrir ce film fondateur du fantastique espagnol n’a pas de prix !

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